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CARRIGER Gail : Le pensionnat de Mlle Géraldine – Jupons & poisons, tome 3

05/08/2019 10 commentaires

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Couverture du roman Jupons et Poisons de Gail Carriger, troisième tome de la série Le pensionnat de mademoiselle GéraldineTitre : Jupons & Poisons (Le pensionnat de Mlle Géraldine, tome 3)
Autrice : Gail Carriger
Plaisir de lectureetoile 3 Livre sympa
Tome 1, tome 2.

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Sophronia Temminnick continue sa deuxième année au Pensionnat de Mlle Géraldine. Tout comme Dimity, Preshea et Agatha, elle se rend compte que Sidheag semble mal au point. Elle décide de ramener leur amie dans son clan. Comme à chaque décision illégale dont la punition serait d’être exclue de l’école – et même pire : de ne pouvoir assister aux prochains bals ! – seule Dimity se résout à l’accompagner. Avec l’aide du soutier Savon et de Lord Felix Mersey, ils montent à bord d’un train en direction de l’Écosse. Ils sont loin de se douter qui voyagent à bord du même convoi.

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Le Pensionnat de Mlle Géraldine œuvre pour élever en société des jeunes femmes anglaises… et former des espionnes de haute voltige. Cette école a pris ses quartiers dans un dirigeable qui flotte essentiellement au-dessus du même quartier. Il existe un pendant masculin, avec Bunson, une école de garçons qui forment des génies du mal.
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Dans « Jupons & Poisons » l’intrigue se déroule en dehors de l’école : Sophronia va mener l’enquête au sol. L’aspect « école » avec les cours et les professeurs est plus secondaire, il leur faudra mettre l’éducation reçue en application : selon les situations, statuer… tout en gardant leur élégance en toutes circonstances. Sophronia prend des décisions pour son futur, côté cœur et côté professionnel.
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Avec ce tome, on approfondit les enjeux sociétaux et technologiques. Dans un univers steampunk, les Mécaniques sont présents dans le quotidien de tous. Le surnaturel est bien intégré : le meurtre de Kingair soulève non seulement les loups garous qui se retrouvent sans Alpha mais aussi la société entière : les Vinaigriers veulent mettre la main sur une innovation et la Ruche de Westminster n’a pas dit son dernier mot.

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Il est plaisant de voir évoluer les relations entre les personnages : la scène politique se clarifie et l’avenir est mieux cadré pour Sophronia, notre protagoniste. Cette dernière se montre perspicace, fringante et quelque peu tête brûlée.
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« Le Pensionnat de Mlle Géraldine » se déroule vingt-cinq ans avant le Protectorat de l’ombrelle et les connexions entre les deux sagas sont indéniables.
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J’ai lu « Etiquette & Espionnage » et « Corsets & Complots », les deux premiers tomes de cette série en 2015. Je l’avais alors mise de côté car je la trouvais plus fade, à l’humour moins décapant que la première série, et ma lecture restait mitigée. Malgré cette pause de quelques années, je n’ai eu aucun mal à raccrocher les wagons du récit.
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Du fait que l’intrigue se déroule sur sol, les possibilités sont beaucoup plus nombreuses et donc les actions plus trépidantes. Elles s’enchainent et bénéficient d’une pincée humoristique. Les pages se tournent toutes seules sur une intrigue assez linéaire au style délicieusement surannée.

La série est conseillée à partir de 10-12 ans.

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 Portrait dessiné de Sophronia Temminnick, personnage de Gail Carriger Portrait dessiné de Sidheag Maccon, personnage de Gail Carriger

 Dessin d'une bibliothécaire steampunk Affiche pour le Pensionnat de Mlle Géraldine : photo de l'éventail amélioré de Sophronia, personnage de Gail Carriger

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Logo du défi Fin de Série Livrement.
Pour cette neuvième année de défi « Fin de Série », je me suis octroyée comme objectif de terminer des vieilles tétra/trilogies. Donc j’acte avec l’avancement dans « Le Pensionnat de Mlle Géraldine ».

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Bulle de livre (Snow), Les lectures de NyxVampirisme (Vladkergan) se sont aussi retrouvés mortifiés en tombant nez à nez avec le Dewan dans le salon privé des Temminnick.

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Illustrations : #01 Sophronia #02 Sidheag par Natasza103, #03 Bibliothécaire steampunk par Mikemaihack, #04 Affiche promotionnelle

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MITCHELL David – Slade House

01/08/2019 5 commentaires

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Couverture du roman "slade house" de David Mitchell aux éditions de l'olivierTitre : Slade House
Auteur : David Mitchell
Plaisir de lecture Livre sympa

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1959, Nathan et sa mère se rendent à l’adresse prévue dans Slade Alley comme l’indiquait l’invitation. C’est par une petite porte qu’ils entrent dans l’immense jardin et sont accueillis par leur hôtesse, Lady Grayer. C’est la dernière fois qu’ils ont été vus, ils semblent être disparus pour toujours. Neuf ans plus tard, en 1988, Gordon Edmunds part sur leurs traces et suit le même parcours avant de s’évanouir dans cette maison… maudite ?
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En pénétrant dans une ruelle aux murs de brique, vous trouverez peut-être la minuscule porte donnant sur Slade House. C’est dans cette maison au style victorien que sévissent Norah et Jonah Grayer, des jumeaux.
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Avec « Slade House », David Mitchell reprend le mythe de la maison hantée. Le récit contient les poncifs du genre auquel l’auteur incorpore une dose d’originalité en empruntant le concept de boucle temporelle. Au croisement du paranormal, de pouvoirs occultes et du désir d’immortalité de ses propriétaires, la maison s’adapte aux fantasmes et aux peurs de l’invité.

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L’histoire est séparée en cinq parties pour partager cinq points de vue narratifs. Une partie pour chaque personnage ou groupe de personnages ; chacune se déroulant à neuf ans d’intervalle.
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La trame est identique pour tous : présentation de l’invité, découverte de la maison, glissement vers l’étrange pour terminer avec la chute. À chaque chapitre, l’angle d’attaque change : on découvre les éléments mis en place d’une autre façon et les pages défilent tant la curiosité est aiguisée.
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Ce récit horrifique est bien mené grâce à un environnement soigné et une intrigue cohérente. J’insiste sur l’aspect horrifique qui tient davantage de la frayeur que de la véritable et profonde angoisse.
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L’écriture est très visuelle, avec peut-être une projection de l’auteur dans une adaptation à l’écran (?) Le suspense est bien dosé, la partie énigmatique léchée mais j’ai trouvé que les explications traînaient en longueur. Ceci dit, j’ai aimé découvrir ce que cachait la théorie de suasionisme, inventée par l’écrivain.

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Même si j’ai aimé découvrir la nouvelle aventure de David Mitchell, je termine sur un goût de trop peu. Découvrir une adaptation de la maison hantée était intéressante mais pas assez nourrissante. Je ne me suis pas attachée aux personnages et ma seule intention tournait autour du pourquoi Norah & Jonah agissaient ainsi et le fonctionnement même de Slade House.
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L’auteur a annoncé que tous ses romans font partie du même univers, Slade House s’inscrivant dans cette Continuité. Je n’ai vu que quelques légers clins d’œil « L’âme des Horloges » (suis-je donc une lectrice peu concentrée et pas assez fan ?) ; « Slade House » peut se lire de manière totalement autonome.
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Je ne cache pas la seconde cause de mon état d’affamée : Slade House se termine en 272 pages, alors que l’auteur nous emmenait par monts et par vaux – et par 672 pages pour la Cartographie des nuages et par 784 pages pour L’âme des horloges. C’est un détail sur la forme et non sur le fond de ce roman, mais impactant mon ressenti de lecture.

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   Mise en scène du livre Slade House de David Mitchell

Couverture de Slade House de Hodder & Stoughton Libri  Couverture de Slade House par Penguin Random House

Couverture poche de Slade House par Hodder & Stoughton Libri  Couverture du roman Slade House par Editions Alto

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Aussitôt arrivé en pile à lire, aussitôt lu. Son arrivée en PAL n’était pas très raisonnable – mais c’était le petit dernier de l’auteur ! – alors je l’ai ajouté à ma liste estivale. Valériane a donné un petit coup de pouce en le sélectionnant pour l’édition de juillet de notre défi Valériacr0.

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Cunéipage (Sylvie Sagnes) est aussi entrée dans le pub Renart & Mâtins.

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DALCHER Christina – Vox

19/06/2019 13 commentaires

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Couverture du roman "Vox" de Christina DalcherTitre : Vox
Autrice : Christina Dalcher
Plaisir de lecture : Livre sympa
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Depuis qu’elle possède son bracelet, Jean McGann est bien en peine à rester chez elle. Elle a interdiction de se rendre à son laboratoire alors qu’elle est doctrice en neurosciences. Il faut dire que communiquer avec son équipe est impensable avec seulement 100 mots par jour. C’est le nombre maximal quotidien de toutes les personnes de sexe féminin – femmes et filles – depuis qu’ont été créés les bracelets compteurs de mots. Pourtant, elle pourrait se débarrasser du sien si elle acceptait de travailler sur la formule d’un sérum contre l’aphasie pour sauver le frère du président.

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En deux pages, on se retrouve puissamment plongés dans le contexte dystopique. Ces bracelets compteurs de mots ont été créés pour la liberté des femmes « Vous avez le droit de garder le silence » annonce le texte officiel. C’est la dernière invention du Mouvement Pur, le parti politique qui se trouve à la tête de ce pays.
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La liberté de… mieux choisir ses mots, de ne pas perdre son temps en discussions futiles et de se concentrer sur la vie de famille et la tenue du foyer, évidemment. C’est vrai : avec 100 mots par jour, il y a intérêt à bien les choisir ! Et si l’on dépasse la limite ? Petite décharge électrique !… qui s’intensifie selon le pourcentage de dépassement au point de devenir mortelle.
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La colère et la détresse de Jean, protagoniste sont palpables et amenées de manière réaliste dans le récit. J’estime que les personnages sont réussis quand ils nous font travers des émotions. C’est pourquoi le fils de Jean l’est certainement étant donné que j’ai eu envie de le défenestrer à chaque fois qu’il ouvrait la bouche. Il faut dire que les différences entre hommes et femmes sont un tel gouffre dans ce monde horrible, que l’avis cet adolescent sur la place des femmes (de son entourage) retourne totalement l’estomac.
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Évoquons-le maintenant : oui, cette dystopie rappelle fortement « La servante écarlate » de Margaret Atwood. Les récits se basent sur le même procédé : on « tombe » dans la vie d’une femme à instant T, on découvre par les pensées de la protagoniste la société dans laquelle elle vit. On a accès à sa vision et son ressenti. Et on construit au fur et à mesure, par les bribes d’informations données, les règles sociétales de l’univers et le basculement fatidique.
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Cette société patriarcale est poussée à son paroxysme dans les droits des femmes et aussi dans le rôle des hommes ; même si l’histoire ici stigmatise un peu l’absence de réactions des hommes face à l’injustice (même c’est un processus compréhensible si l’on se souvient que c’est le discernement de Jean qui octroie ce filtre).

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L’immersion est rapide grâce à un style fluide. Dans son ensemble, le livre se dévore, « mais…». Et c’est rageant pour moi d’écrire que la fin ne me semble pas aussi soignée que le reste. D’ailleurs, je me demande si c’en est réellement une : l’autrice nous quitte sans nous dire ce que deviennent les rescapés et les victimes du mouvement « rebelle ». La fin est non seulement rapide et quelque peu bâclée mais d’une résolution beaucoup trop facile alors que Christina Dalcher avait pris soin de donner de la consistance à l’épreuve que doit traverser Jean.
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Le positif est à considérer : ce livre trouvera son public, dont la majorité n’aura pas découvert « La servante écarlate » (incomparablement mieux construit et intense).

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La prise de conscience est donc un élément bénéfique pour questionner les lecteurs sur leurs propres choix ; voire de se projeter dans la personnage principale en se demandant comment l’on agirait à sa place. L’existence d’une telle société est effrayante ; mais aussi déstabilisante tant la situation décrite ne me parait pas si lointaine.
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Je pense qu’à l’époque du #metoo, de la libération de la parole des femmes, de la priorisation à la sororité, certains livres amenant à une réflexion dans ce sens sont tout simplement bons à prendre.
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Je me permets de terminer ce billet sur une citation très à-propos de Simone de Beauvoir : «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.»

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Mise en scène du roman "Vox" de Christina Dalcher

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Lune a eu un coup de cœur pour ce récit féministe, Margaud Liseuse note aussi l’importance du roman, Elessar a été moins convaincu sur l’aspect réaliste de l’histoire.

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CAUSSARIEU Morgane – Rouge venom

11/06/2019 6 commentaires

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Couverture du roman rouge venom de Morgane CaussarieuTitre : Rouge venom, tome 2
Autrice : Morgane Caussarieu
Plaisir de lecture Livre sympa
Tome 1

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Les cadaver sanguisugus doivent trouver un moyen d’arrêter leur prédateur, ennemi numéro 1. Faruk et Barbie sont complètement paumés : qu’attendent-ils de la (non) vie ? Leurs acolytes ne leur facilitent pas la tâche, chacun visant un objectif différent. Il faut trouver un vaccin : une bactérie d’un vampire originel pourrait-elle être une solution ? Il leur faut donc rechercher Gabriel… et se confronter à Sa personne.

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Rouge venom est la suite directe de Rouge toxic. Si vous souhaitez découvrir cette histoire, je vous invite à commencer… par le premier tome ; sous peine d’être spoilé∙e dès les premières lignes (le premier paragraphe !).
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C’est avec entrain qu’on retrouve les personnages de Rouge toxic. Le duo atypique que forment Faruk et Barbie est toujours secondé par les acolytes peu piqués des vers. A contrario du premier tome, tous les personnages passent par la narration à la première personne. Les chapitres s’alternent et s’enchainent, c’est le point fort pour faire vite avancer l’histoire. La multiplication des points de vue apporte des éléments nouveaux. Tous ont une façon de parler, qu’on reconnait par l’utilisation d’un vocabulaire propre et d’un style familier bien marqué.
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C’est un plaisir de retrouver Morgane Caussarieu et ses personnages. La cible « jeune adulte » (young adult) ne lui permet pas de s’attarder sur certaines scènes contrairement à ses autres romans ; notamment Je suis ton ombre que j’ai dévoré. Mais l’hémoglobine est présente par litres entiers. Le tome est plus animal et un poil plus trash même si l’on reste sur un niveau bas/acceptable concernant l’aspect horrifique.
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L’autrice maîtrise les codes liés aux vampires. Pour répondre à la problématique de l’intrigue, elle revient à leurs origines. Elle stipule que « Les gentils vampires n’existent pas » et ne peuvent donc pas échapper à leur nature. Avec « Rouge venom » elle arrive à nous faire aimer les vampires méchants, comparaison plus flagrante face à l’indécision de Barbie et Faruk. Les vampires ne peuvent échapper à leur nature et pourtant Morgane Caussarieu évite toute forme de manichéisme.
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L’atmosphère se révèle plus lourde. Les addictions – alcool, sang, sexe – ont un poids plus important aussi. Le tout est bordé d’un humour noir des plus appréciables. J’ai été un peu gênée par la pusillanimité des personnages – j’y vais, j’y vais pas, j’y vais… – qui pourtant, montre bien l’expectative dans laquelle ils sont plongés. Les actions s’enchaînent et le roman se lit très vite.

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L’encre sous la peau [de l’Ancien] avait étonnamment bien tenu et n’avait pas trop diffusé, pour un type qui avait quoi… mille ans ? Deux mille ? C’était rassurant, mes tatouages ressembleraient encore à quelque chose dans quelques siècles, si je survivais jusque-là. On dit souvent que ça vieillit mal, sauf que moi, à l’époque où je les avais faits, j’étais plutôt du genre autodestructeur et no future, pas encore au courant que je risquais de vivre pour l’éternité.

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Mise en scène du roman "Rouge venom" de Morgane Caussarieu avec des éléments noirs et rouges

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HEINE Colin – La Forêt des araignées tristes

20/03/2019 9 commentaires

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Couverture du roman "La forêt des araignées tristes" de Colin Heine publié aux éditions ActuSFTitre : La Forêt des araignées tristes
Auteur : Colin Heine
Plaisir de lecture Livre sympa
Lire les premières pages

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L’événement qui va changer la société vient de démarrer : une machine volante télécommandée va prendre son envol. Elle est destinée dans un futur proche à remplacer les gargouilles et tous autres moyens de locomotion. Bastien, curieux de nature, est venu pour le premier essai lors de l’Omniexposition. Alors que l’appareil largue les amarres avec succès, elle est désaxée et tombe à l’eau, occasionnant de multiples morts. Accident ou préméditation ? Qui a commandité cette machine ? Qui l’a construite ? N’aurait-elle pas d’autres buts que de véhiculer humains et marchandises ?

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Plongée dans la Belle Époque, l’histoire prend pied dans un univers steampunk par son ambiance et son vocabulaire : la description des vêtements, l’existence de sociétés secrètes, l’exposition des avancées technologiques et un récit mâtiné d’aventure.

Nous nous retrouvons en Gallande dont Gale est la capitale, dont la Germanie est un pays voisin. Il existe une multitude de gargouilleries : leiux où l’on trouve des gargouilles, servant de montures, d’attelage pour les transports et qui veillent sur les maisons. Notons que les gargouilles semblent dotées d’une conscience propre.
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C’est par touches que Colin Heine nous plonge dans cette histoire steampunkée : on découvre l’existence chantier transvapien, le gigantique (qui reprend la construction d’un paquebot bien connu).
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L’aspect « boulons & ballons » se nourrit aussi de l’existence de la vape : un brouillard né de la pollution d’un ancien monde. Cette dernière masque une partie du monde : les humains ont construit des piliers sur lesquels vivre : les riches se trouvent bien au-dessus de la vape alors que les pauvres doivent la côtoyer de près.

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Les personnages sont des gens « standards » : sans grand pouvoir ni même capacité spécifique. Bastien a tendance à s’empêtrer dans ses explications et n’établit pas de procédure méthodique pour enquêter alors qu’il est paléontologue et doté d’un esprit cartésien. Le lecteur sera davantage attiré par Agathe, une femme bien campée ou encore Ernest par le biais duquel on voyagera.
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J’ai trouvé que les personnages annexes passaient beaucoup de temps sur le devant de la scène. Alors que cela aurait pu se comprendre pour dérouler une série à venir, l’effet a eu tendance à m’embrouiller.
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Il y a beaucoup de personnages et le lecteur demeure le possesseur de toutes les cartes. La mise en place m’est apparue un peu superficielle dans la représentation sociétale : la politique, les rapports entre les classes et même la ville.

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Le titre poétique m’a autant attirée que la couverture dessinée par Dogan Oztel.

Mon immersion dans l’univers fut simple et réussie. La plume est fluide et sert l’imagination de l’auteur. Bien que je sois réceptive aux longues descriptions – comme celles particulièrement connues des romans d’Anne Rice – j’ai trouvé ici qu’elles étaient trop nombreuses car elles n’apportaient pas de jus ni à l’ambiance, ni au récit. J’ai aussi été surprise de l’usage du présent.
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Un agent, des secrets, des mystères pour emberlificoter le lecteur… et pourtant, l’enquête est assez facile à percer. Je pense que deux intrigues auraient pu être développées chacune dans un roman distinct. Je pense que ce qu’il m’a manqué, c’est l’exploration des Vaineterres, ce territoire recouvert de vape et symbole de tous les mystères (et de créatures). La frustration nait car l’on y fait un tour pour que l’auteur puisse donner un élément au lecteur et on repart immédiatement pour rester confiné.e.s en ville.
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C’est un goût de trop peu que je ressens : chaque arc narratif n’a pas été exploré à sa juste valeur. Il n’y a pas d’expédition en terre inconnue ; je dirais même que cette histoire est plus une excursion qu’une aventure alors que le cadre était prometteur.

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Mise en scène du roman "La forêt des araignées tristes" de Colin Heine : mousse, boulons et écrous, motifs victoriens

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Dans le chaudron : si vous êtes curieux du poids de la vape comme élément toxique, vous pourriez être intéressés par la brume de « Terre de Brume » de Cindy Van Wilder. Si vous êtes intéressés par les habitations « verticales », vous pouvez découvrir « Rhizome » de Nadia Coste. Ces deux romans placent l’écologie au centre de leur histoire. Et si vous aimez le steampunk, j’ai étiqueté mes chroniques d’autres romans de ce « genre » littéraire.

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Blog-o-livre (BlackWolf)Inspirer et Partager (Erine), L’ours inculte, OmbreBones, The Books Howl (May)Un papillon dans la Lune, ont aussi sorti leurs lunettes en cuivre.

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LACKEY Mercedes – Les Hérauts de Valdemar

21/02/2019 14 commentaires

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Couverture du roman "Les flèches de la reine" de Mercedes Lackey, tome 1 des Hérauts de Valdemar, publié aux éditions MiladyCouverture du roman titré "La chute de la Flèche" de Mercedes Lackey, tome 3 des Hérauts de ValdemarTitres : Les Flèches de la reine, L’envol de la Flèche, La chute de la Flèche (nommée les Hérauts de Valdemar ou la Trilogie des Flèches)

Autrice : Mercedes Lackey
Plaisir de lecture Livres sympa

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À l’aube de ses treize ans, Talia doit se préparer à devenir une épouse docile comme toutes les femmes de sa famille. Sidérée, elle fuit la tâche ménagère qui vient de lui être donnée pour se terrer dans ses pensées. C’est à ce moment précis que Rolan, un Compagnon, vient la chercher pour l’emmener au Collegium, une école pour former les Hérauts de demain.

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Talia est une jeune femme qui ne veut qu’une chose : réussir à sortir du carcan de son éducation. Elle vient du canton des Hold, une famille aux valeurs puritaines. Par l’entremise d’un Compagnon, la jeune fille austère va quitter sa vie étriquée pour découvrir la vie de Héraut. Cette protagoniste est plutôt niaise même si elle se manifeste aussi forte, droite et honnête.
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La trilogie des Flèches – aussi nommée trilogie des Hérauts de Valdemar – est l’une des séries du cycle des Hérauts de Valdemar, l’œuvre majeure de Mercedes Lackey. Il est conseillé de découvrir cette grande saga dans l’ordre chronologique et non de parution. Quant à moi, j’ai commencé tout simplement par les livres que je possédais, un coffret que l’on m’a offert en 2010. Cette trilogie s’avère être la première écrite par l’autrice et s’étale sur trois années de vie à Valdemar.

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Valdemar est un royaume où seuls vivent les Hérauts, des soldats voués aux têtes régnantes. Les Hérauts proviennent de toutes les couches de la population et possèdent au moins une capacité spécifique appelée « Don » – parfois en dormance – comme la télépathie, la télékinésie, la vue à distance, la précognition, le boutefeu, la lecture par le toucher, l’empathie.
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Ces Hérauts sont choisis par des Compagnons : ils ressemblent physiquement à des chevaux mais n’en sont pas. Ce sont des Hérauts qui se sont réincarnés en équidés, car par définition, un cheval passe inaperçu. Ils sont tous identiques : une robe blanche avec des yeux bleus ; ils possèdent les aptitudes intellectuelles des humains. Chaque Compagnon élit son Héraut avec qui il formera un duo spécial, en relation profonde. Les discussions entre Compagnons et humains ne peuvent être que mentales.
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En moyenne, la préparation demande aux élèves cinq années d’apprentissage pour devenir Héraut et enfiler l’uniforme blanc qui les caractérise. Il existe le titre de Héraut Personnel du/de la roi/reine pour une seule personne en qui il/elle placera toute sa confiance.

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À l’entrée de Talia à Valdemar, 53 élèves se trouvent au Collegium des Hérauts. C’est la reine Selenay qui officie et sa fille, Elspeth est la prétendante au titre d’Héritière. Très vite, elle souhaite promouvoir Talia comme Héraut Personnel de la Reine ; elle lui assigne dès à présent la mission de veiller sur les études de la princesse.
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C’est par Talia que l’on découvre cet univers. On y suit son apprentissage avec les cours et ses difficultés, le contact avec les autres et surtout son avancée psychologique. Elle se frotte aux autres étudiants qui la prendront en grippe ; et d’un niveau autre qu’à lui faire des croche-pieds : ils vont l’anéantir. C’est très basique : les élèves sont habillés en bleu, les méchants sont habillés en bleu, les méchants sont donc les élèves.
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L’autrice prône la tolérance, par les cultures, les religions et les amours. Pour emballer son intrigue, nous trouverons de l’action, des complots, des rebondissements et une touche d’humour aussi.
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La narration suit le point de vue de Talia à la troisième personne du singulier. Pourtant, l’autrice organisera des changements de point de vue qui seront subis comme des sauts très bancals qui n’apporteront pas grand-chose à l’intrigue si ce n’est de décoincer la situation (notamment quand Talia est inconsciente). La traduction française est aussi inégale dans la tournure des phrases et la concordance des temps.
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L’univers est particulièrement manichéen avec des méchants basiques et peu brillants. Le récit reste gentillet : tout se résout parfaitement car à une problématique donnée, l’arrivée d’un élément/personnage/idée pourra la solutionner.
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Cette fantasy écrite en 1987 accumule les clichés mais elle trace le cheminement d’un être humain catapulté de sa zone de confort. En plus de s’épancher sur des épreuves intérieures, l’intrigue est un brin féministe : elle propose une protagoniste indépendante et maîtresse de son destin.

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Illustration du Compagnon Valera, issue de l'histoire "Les hérauts de Valdemar" écrite par Mercedes Lackey

Couvertures anglaises de la trilogie "Les hérauts de Valdemar" de Mercedes Lackey

Mise en scène cocooning - plaid et fleurs de coton - de la trilogie des Hérauts de Valdemar de Mercedes Lackey

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Logo du défi Fin de Série Livrement.

C’est un triplet gagnant pour mon défi Fin de série ! Aussitôt commencée, aussitôt lue (et aussitôt archivée)
Cette trilogie est aussi une relique de ma Pile à Lire car elle a été acquise en 2010.

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Vert et Phooka (tome 1, tome 2, tome 3) attendent aussi qu’un Compagnon les choisisse.

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Illustrations : #01 Compagnon Valera par Sara Kate Sams Otero ; #02 Couvertures anglaises des brochés.

 

HOWEY Hugh – Outresable

06/02/2019 16 commentaires

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Couverture du roman Outresable de Hugh Howey paru aux éditions Actes SudTitre : Outresable
Auteur : Hugh Howey
Plaisir de lecture :  Livre sympa
Lire les premières pages

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Depuis des siècles, le sable prend du terrain : il a englouti les villes de la civilisation précédente et contraint femmes et hommes à survivre sur les immenses dunes. Pour subsister, certains humains plongent pour récupérer des objets qui se monnaieront à la surface. Les premiers mètres ont été complètement ratissés : ils doivent atteindre une profondeur dangereuse pour laquelle leurs équipements ne sont pas viables afin de leur assurer un minimum de sécurité.

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Toute vie est pareille au sable profond, avait appris Vic. De la naissance au trépas, ce n’est qu’une succession de constrictions violentes, l’une après l’autre, un poing graisseux agrippant des âmes infortunées qui crèvent la surface juste le temps de remplir leurs poumons d’air avant d’être aspirées vers le bas de nouveau. C’était la vision du monde que Vic avait fini par se faire. Partout où elle portait le regard, elle voyait la vie qui broyait les gens, les arrachant d’une situation difficile pour les précipiter dans la suivante, avec les paumes cruelles du malheur serrées autour de leur pauvre cou.

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Avec « Outresable », Hugh Howey nous présente une famille éparpillée. Si j’étais honnête, je dirais que chaque membre de la famille cherche à creuser lui-même sa propre tombe. J’ai une problématique toute personnelle : je mélangeais les personnages masculins en début de roman (description physique, prénoms), ce qui m’a demandé de revenir en arrière pour bien comprendre les premières actions et leurs conséquences. J’ai une préférence très marquée pour Vic car elle ne sait pas toujours ce qu’elle fait, mais elle le fait. Elle reste plus ancrée dans leur réalité et se trouve dans l’action.
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L’intrigue prend place aux USA, dans un futur éloigné. Le sable a tout recouvert et continue de progresser. Les personnes se sont regroupées en cités éphémères pour éviter l’enfouissement. La survie se base sur la plongée dans le sable : les plongeurs tirent des villes enterrées, les ressources nécessaires. Ces objets, tels des trésors des anciennes civilisations sont troquées contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Pour vous donner une idée, une culotte – sale, certes – est un trésor. Ce n’est évidemment pas le gros lot sur lequel tout le monde espère tomber.

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Le secret pour survivre à pareilles souffrances consistait à rester parfaitement immobile dans cette étreinte, elle l’avait découvert. Apprendre à ne pas respirer, là résidait la solution. La seule différence entre l’étouffement et l’accolade, c’est une voie ouverte. Raison pour laquelle Vic avait appris d’elle-même à retenir sa respiration. Alors la vie était devenue une série ininterrompue d’embrassades.

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Pour se mouvoir dans le sable, les plongeurs enfilent une combinaison qui ressemble à celle d’un astronaute. La technologie leur permet de modeler le sable pour s’y mouvoir comme dans l’eau. Il existe des techniques de plongées et de déplacements en modelant le sable, en s’appuyant sur les halos repérés avec leurs lunettes. Découvrir cet aspect technique m’a vraiment botté mais l’auteur a spécifié dans une interview que cet aspect scientifique ne relevait d’aucun réalisme.
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En plongée, le sable s’immisce partout dans la combinaison et même dans la bouche, c’est pourquoi il existe le phénomène de cercueil où le cerveau peut arriver à crier au danger. Leurs équipements sont construits en mode « système D » avec les pièces qu’ils arrivent à troquer et des connexions réalisées à la main. Je me suis surprise à ralentir ma respiration et même à tenter plusieurs fois au cours du roman à retenir mon souffle pour voir si je ferai une bonne plongeuse (la réponse est non, définitivement).

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Hugh Howey nous emmène dans un nouvel univers âpre : après l’environnement toxique de Silo, la mer houleuse de Phare 23, on réalise une plongée dans le sable avec Outresable. A fortiori, j’ai bien aimé le titre de ce roman et la couverture.
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On se retrouve en pleine dystopie avec un monde perdu, des civilisations englouties et la survie des êtres humains. On se confronte à l’effet dévastateur du changement climatique puisque l’envahissement du sable est omniprésent mais l’eau est aussi devenue rare.
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L’axe principal du roman est le suivi et le développement de cette famille dysfonctionnelle. Pour ma part, j’ai eu quelques pages de flottement pour comprendre les relations qui liaient les personnages. J’ai aimé le rapport de l’aridité entre leurs contacts et celle de leur environnement. La plongée, leur survie, l’existence de villages provisoires et le questionnement autour de la grande faille sont autant d’éléments venant nourrir cet univers mais pour lesquels Hugh Howey restera assez sommaire pour cette intrigue.
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Entrez dans cette histoire si vous souhaitez découvrir le portrait de personnages aussi rudes que leur environnement. Si vous cherchez plus de profondeur sur le quid de l’univers, la problématique des personnages et leur avenir, votre lecture risque d’être inassouvie.

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Le regard de Palmer passa de cette lanière de joyaux à la bande dansante de feu givré qui s’intensifia de nouveau quand la tente fût refermée. Ce groupe d’étoiles innombrables s’étirait d’une dune jusqu’au ciel de l’horizon lointain. Il était impossible d’apercevoir le feu givré en ville, pas avec toutes ces flammes de gaz qui brûlaient pendant la nuit. Mais c’était la marque du désert, le tampon au-dessus de sa tête qui disait au garçon qu’il se trouvait très loin de chez lui, qui lui faisait savoir qu’il était au milieu des étendues de sable. Et pas seulement les étendues de sable et de dunes, le fin fond de nulle part dans l’existence, quand il avait rejeté le refuge de la jeunesse et avant qu’il prenne la peine de construire son propre abri. Les années sans tente. Les années lumineuses, aveuglantes, durant lesquelles les hommes vagabondaient, comme les planètes le faisaient.

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Palmer consulta la jauge de sa visière. La distance était transmise par le transpondeur laissé derrière eux. Cinquante mètres. Cent mètres. Leu respiration devenait de plus en plus difficile, et il leur fallait accentuer leur concentration pour écarter le sable. Plus Hap et lui s’enfonçaient et plus la colonne de sable au-dessus d’eux se tassait et se faisait pesante. À ce stade, beaucoup de plongeurs cédaient à la panique et au phénomène dit « du cercueil », quand ils laissaient le sable se solidifier autour d’eux. […] Lorsque le désert referme ses deux bras géants autour de votre poitrine et décide que vous ne respirerez plus, vous prenez conscience de votre insignifiance. Vous n’êtes qu’un grain de sable écrasé au sein d’une infinité de grains de sable.

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Mise en scène de livre Outresable de Hugh Howey

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Dans le chaudron : un roman « opposé » car l’exploration de l’environnement se passe au fond des mers « Les océans stellaires » de Loïc Henry.
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Cunéipage (Sylvie) a bien enfilé sa combinaison mais elle aussi est restée à la surface.