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Articles taggués ‘horreur’

BENNETT Robert Jackson – American Elsewhere

02/11/2018 20 commentaires

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Couverture du roman "American Elsewhere" de Robert Jackson Bennett paru aux éditions Albin Michel imaginaireTitre : American Elsewhere
Auteur : Robert Jackson Bennett
Plaisir de lecture : note : 4Livre à découvrir
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Au décès de son père, Mona hérite d’une maison dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Elle se rend au Nouveau Mexique, à une ville qu’aucune carte ne mentionne : Wink. Elle déboule au volant de sa flamboyante Dodge et freine devant le monument aux morts, où elle peut lire qu’un orage a décimé une partie de la population locale le 17 juillet 1983, date de la mort de sa mère. D’ailleurs, personne ne semble connaitre cette dernière alors qu’elle y a vécu et a travaillé au laboratoire Coburn qui n’existe plus. Les étranges rencontres avec cette communauté ne cessent de s’enchaîner.

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Il est un type d’obscurité particulier qu’on ne peut imaginer tant qu’on n’y est pas plongé. Des ténèbres si profondes et totales qu’elles vous font douter d’avoir jamais vu la lumière, et de l’existence du monde même.

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La narration est essentiellement tenue avec le point de vue de Mona Bright. Elle apparait comme une femme forte, réaliste de par son passé, ancienne flic et un peu abîmée par la vie. Elle ne semble pas comprendre la vraie nature d’une partie de la population de Wink.
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Madame Benjamin, Parson et Gracie sont d’autres personnages qui graviteront autour de la protagoniste. D’autres personnages ne feront qu’un passage éclair dans l’histoire et l’on pourra se questionner sur leur intérêt. On retiendra que personne n’arrive à et personne ne part de Wink : la venue de Mona est vécue de manière fracassante.
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On a tendance à tenir pour acquis que la conscience est chose unique et unifiée : on est, tout simplement, on est là, vivant, on sait qu’on est vivant, et rien de plus.
Mais la vérité est un peu plus compliquée que ça.

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Robert Jackson Bennett n’est pas inconnu aux yeux du monde, mais pour moi, si. Heureuse traduction qu’est celle de la nouvelle collection Albin Michel Imaginaire dirigée par Gilles Dumay. J’aime bien l’illustration réalisée par Aurélien Police mais je reste encore dubitative quant à la présence des pointillés en bord de maquette (mais on ne peut pas plaire à tout le monde).
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« American Elsewhere » baigne dans le fantastique ; bien que je ne l’estampillerai pas « roman d’ambiance » à proprement parlé. Il devrait plaire au plus grand nombre (de lecteurs) car si le roman bascule dans l’horreur quand Mona comprend enfin certaines évidences, il n’y a pas d’effusion de sang à tout va, on y note tout de même quelques moments bien glauques.
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Son visage ne traduit pas très bien ses émotions ; au mieux, il parvient à communiquer une déception cynique, comme s’il s’était attendu à ce que tout parte à vau-l’eau depuis le début et que ses pires soupçons concernant le monde s’avéraient fondés. Par chance – ou par malchance, peut-être –, c’est précisément l’expression qu’il est contraint d’arborer la plupart du temps.

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L’intrigue très visuelle offre un beau cadre à l’angoisse par son aspect perturbant et son atmosphère réussie : on imagine aisément les quartiers de Wink, l’architecture des maisons, on cartographie le voisinage et on apprend bien vite les règles de la ville (ne jamais sortir de chez soi la nuit).
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Wink est une ville qui se situe au pied d’une mesa. Elle semble coincée dans les années 60 dans la ville parfaite : tout le monde est beau, propre, poli… et surtout à sa place. La recherche de la cité parfaite (enfin, surtout le jour) entraine avec elle les thématiques des aberrations, du jugement, du quid de la réalité et de son modelage. On y retrouve aussi des allusions à la passerelle entre humanité et grandes divinités, un peu au bon goût de « La bibliothèque de Mount Char » de Scott Hawkins.
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Je pourrai aussi citer la place de la métaphore non pas de l’arbre qui cache la forêt, mais celle complètement inventée de l’éléphant qui se trouve caché derrière un arbre rachitique. En tant qu’ancienne flic, c’est vrai que j’en attendais davantage de Mona concernant ses compétences d’enquêtrice. L’auteur intègre tellement d’implicité dans son récit que les explications faussement « incompréhensibles » ne le sont plus depuis longtemps (il ne faut pas détenir un doctorat en Sens Caché pour tout comprendre). Le parallèle est vite établi, dès qu’on nous raconte l’histoire du grand oiseau à vrai dire.
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L’intrigue reste relativement classique, moins « convenue » dans certains détails. Cela reste un plaisir à la voir se dérouler avec quelques éléments novateurs malgré la prévisibilité de l’axe principal.
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L’emménagement de Mona à Wink est plutôt lent et représente un tiers du roman. On retrace l’histoire originelle par flash et cela reste obscurément un bon moment.
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Je n’ai pas été surprise par l’intrigue mais le style fluide et énergique m’a permis de passer un bon moment de lecture. La montée de la tension est bien réalisée et permet d’apprécier ces 800 pages. Si ce n’était pas bien écrit/traduit, s’il n’y avait pas un intérêt pour l’histoire, je n’aurais pas dévoré pas un tel pavé (ceci est un vrai argument, c’est juste que cela traduit mal ma pensée). Je pense que l’auteur aurait pu laisser des zones d’ombre – attendu dans ce type de littérature –, son récit aurait gagné en percussion et en force.

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Couverture d'Orbit pour American Elsewhere de Bennett Couverture d'Agave Konyvek pour American Elsewhere de Bennett
Couverture d’Orbit | Couverture d’Agave Konyvek

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Mise en scène automnale du livre American Elsewhere de Robert Jackson Bennett

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Logo défi Valériacr0

Logo challenge Halloween 2018Pour cette sélection d’octobre, Valériane a choisi un titre par-fait pour me plonger dans l’ambiance d’Halloween. Un peu de glauque, un peu d’horreur, je l’inscris à ma participation au challenge Halloween.

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Chut… Maman lit ! (Anne-Laure), Le Bibliocosme (Boudicca)Le Chien critique, Le culte d’Apophis, Le monde d’Elhyandra, L’épaule d’Orion, Les lectures de XapurL’ours inculte, Un papillon dans la LuneVibration littéraire (Mayumi), se sont demandé s’ils voulaient rencontrer Dame Poisson.

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CLAVEL Fabien – L’évangile cannibale

24/07/2018 6 commentaires

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Couverture du livre "L'évangile cannibale" de Fabien Clavel, publié aux éditions ActuSFTitre : L’évangile cannibale
Auteur : Fabien Clavel
Plaisir de lecture Livre avec regrets
Lire les premières pages

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Cela fait maintenant quarante jours que les pensionnaires de la maison de retraite des Mûriers sont cloitrés. Maglia, la doyenne, rêve qu’un fléau s’abat sur le monde. Malgré cette prédiction, Mat et les autres décident de sortir coûte que coûte, quitte à se mouvoir dans un Paris dévasté en déambulateur, en fauteuil roulant ou à l’aide d’une canne tripode.

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C’est la rébellion à l’hospice ! Mat, protagoniste de 90 ans, est aussi le narrateur à la première personne de cette histoire. Antipathique, il est autant sauveur des autres que salaud à leur égard. Coincé dans ses délires sénilo-paranoïaques, il assure aussi la survie d’un groupe de fossiles dans la capitale.
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Ce roman de moins de 300 pages inclut une introduction pour planter le décor avant que les zombies n’envahissent les lignes. Ce court livre se veut une transcription écrite de bandes audio enregistrées par Mat. Ce qui entraine un langage très parlé en plus d’être un exercice de style. Les références religieuses sont bien intégrées, s’ajoutent quelques clins d’œil cinématographiques et littéraires. L’absence de majuscule pour tout nom propre – nom des personnages, villes, lieux – est assez étrange ; et voulue pour dé-personnifier l’ensemble.
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L’idée est innovante : partant∙e pour un match petit vieux VS zombies ?

L’auteur se concentre sur la psychologie des humains et particulièrement sur la vieillesse, le désir d’immortalité et l’impératif basique de repeupler la planète. Ici, la méthode de zombification est liée à un médicament et à sa mauvaise formulation chimique.
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Les vieillards sont une grande source de scènes cocasses et le récit tourne en farce. Si je n’ai pas ressenti une tension palpable, on remarque rapidement que le groupe diminue progressivement. Pourtant, l’intrigue se teinte de violence et quelques scènes sont glauques. Comme d’autres lecteurs, j’ai eu du mal avec le passage qui se déroule dans les jardins du Luxembourg : par la volonté de repeupler la Terre, une jeune fille de 14 ans est en ligne de mire des petits vieux. J’ai trouvé ça non seulement de mauvais goût, mais aussi superficielle car elle n’apporte rien au récit. La scène reste crue même si l’effet est recherché.
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Bien que j’aime l’aspect décapant des titres issus de la littérature Z, j’ai décroché à partir de cette scène et le devenir de ce petit groupe n’a pas réussir à maintenir mon attention.
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À noter, la postface qui se présente sous la forme d’une interview dans laquelle Fabien Clavel revient sur l’écriture de ce roman.

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Dans le chaudronMétro Z, un autre livre de l’auteur avec des zombies !

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Blog-O-Livre (Blackwolf)La Croisée des Chemins (Tesrathilde), La lectrice hérétique (Olivia Lanchois)La Prophétie des ânes (Cornwall), Le Bibliocosme (Boudicca et Dionysos), My zombie culture (Squeletor), Sorcelleries (Sita)Un papillon dans la Lune ont aussi réflechi à leur mode d’attaque zombiesque quand ils seront vieux.

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BURGESS Tony – La contre-nature des choses

01/03/2018 18 commentaires

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Couverture du livre "La contre-nature des choses" de Tony BurgessTitre : La contre-nature des choses
Auteur : Tony Burgess
Plaisir de lecture Livre à oublier
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Le narrateur erre dans un monde aux allures de fin du monde. Les morts reviennent sous forme de zombies et ils grignotent de plus en plus le territoire des vivants. Pourtant son souci principal réside en la personne de Dixon, un vendeur de cadavres, aux addictions barbares et pornographiques.

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Mon intérêt principal était la présence des zombies. C’est basique : un livre avec des zombies dedans, je veux découvrir. Je n’ai lu qu’en diagonale la quatrième de couverture et mon cerveau a clairement mal interprété la phrase « Dixon pratique des tortures d’une barbarie et d’une sophistication pornographique qui en font l’homme le plus redouté parmi ce qu’il reste de survivants ». J’ai dû certainement traduire que souvent l’horreur s’invite quand il y a des zombies, et qu’après lecture, le roman se révélait abordable pour la lectrice que je suis. Ce qui ne fut pas le cas cette fois-ci.
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Dans cet univers, les zombies sont présents mais ils n’attaquent personne. Leur surnombre est un réel problème, notamment sur la question de la place disponible pour les survivants. La solution est de les envoyer littéralement en orbite. C’est ce qu’on appelle la gestion des déchets. Pourtant, c’est cette solution qui mettra fin à l’humanité puisque le soleil ne pointe plus sur la terre et l’air vicié provoque des maladies.

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L’objectif du narrateur est de tuer Dixon. Alors, j’ai compris qu’il pouvait vaguement y avoir un facteur de vengeance. Mais ensuite : l’attrait du pouvoir ? De l’argent ? Je n’ai pas compris l’intérêt de cette quête.
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J’ai conscience de l’exercice stylistique auquel se prête Tony Burgess. L’aspect narratif par l’introspection, des phrases percutantes et le tout mené par des chapitres courts.

Mais l’histoire devient de plus en plus gore. Les zombies ne sont finalement que le premier niveau (comme si la « glauquerie » avec neuf zones circulaires comme les cercles des Enfers).
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C’est une véritable perdition qui se déroule sous nos yeux. Il y a de violence dans les actes décrits. C’est une débauche de gore dans le sens viscéral et visuel. J’ai été sidérée par la tournure du récit en « torture porn ». C’était de toute évidence beaucoup trop brutal pour moi (et ce n’est qu’un point de vue totalement subjectif).

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Bien que j’aie vite compris le titre, je ne sais pas dans quelle direction le roman a voulu se diriger alors que l’intrigue ne mène nulle part. La fin est pitoyable dans le sens où l’auteur donne l’impression de lui-même ne plus savoir où aller, comme s’il avait mis un point de ponctuation et s’il était exclamé « Bon, je vais arrêter là, je suis fatigué, cela ne m’amuse plus ». Pour écrire le mot fin, faut-il encore en prévoir une.
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J’ai l’impression que ce livre est une légère fumisterie à vouloir surfer sur la vague du post-apo. Je pense qu’on pourrait voir dans cette histoire une sortie de pied de nez. Mais en fait, non. Il aurait fallu au moins une fin pour ça.

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Photo du livre "La contre-nature des choses" de Tony BurgessOui, j’ai physiquement mis le livre au coin

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Logo défi Valériacr0Ce livre est la sélection de février de Valériane dans le cadre de notre défi. Il venait d’arriver dans ma pile à lire et heureusement, elle me l’a choisi. J’aurais été sans doute frustrée de l’avoir laissé traîner pendant plusieurs mois avant de l’attaquer et de réaliser que ce roman n’était pas pour moi.

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Anudar a aussi lu ce roman et employé le même qualificatif « fumesterie ».

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HAWKINS Scott – La Bibliothèque de Mount Char

12/12/2017 16 commentaires

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Couverture du livre La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins.
Titre
: La Bibiothèque de Mount Char
Auteur : Scott Hawkins
Plaisir de lecture Livre sympa
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Douze jeunes bibliothécaires ne peuvent plus rejoindre leur fief, dans la ville de Garrison Oaks. Une force surnaturelle semble créer une barrière invisible et impalpable. Sous la tutelle de Père jusqu’alors, ils doivent enquêter pour connaître la raison de sa disparition.

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L’intrigue est bien plus profonde que ce que pourrait laisser supposer le quatrième de couverture (et mon synopsis). On se trouve en présence d’un thriller surnaturel, d’une histoire fantastique avec une dimension mythologique. L’apparence de simplicité est bien trompeuse.
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12 enfants ont été recueillis par l’homme qu’ils nomment Père. Appelés « bibliothécaires », chacun d’entre eux doit se consacrer à son domaine d’études. Les catalogues sont hétérogènes : l’art de la guerre, la médecine, le règne animal, les mathématiques et les langues entre autres. Toute tromperie par un adolescent – intérêt pour un autre domaine que le sien, apprentissage non assidu – entraine de lourdes représailles.
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On rencontre pour la première fois la protagoniste Carolyn : après l’arrêt d’une voiture sur le bas-côté, elle grimpe à toute allure le talus, dans une tenue ensanglantée. Sa présentation est aussi surprenante que les personnes sont hors normes.

Carolyn semble vulnérable, fragile mais aussi énigmatique. Un véritable paradoxe se crée entre ses forces et ses faiblesses et ce qui nous rend très curieux à son égard. Dans l’ensemble, ces jeunes sont devenus des adultes décalés et même sauvages, violents et sans morale.

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Aux premiers mots, j’avais l’impression qu’un monde en upside down se dessinait : un univers connu mais dans une dimension totalement différente ; comme si ces jeunes vivaient à notre époque mais sur un autre fil alternatif. Si le monde ne semblait pas se rendre compte de leur présence, ils semblaient pouvoir circuler d’un espace-temps à l’autre. Ce n’est pas le cas de cette histoire mais c’est pour vous montrer la force de la dissonance pour moi. « Qu’est-ce qui râpe ma compréhension de cet univers ? La construction ? Son fonctionnement ? »

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Autant vous dire que ce livre a été pour moi un coup d’éclat ! Un page turner qui a envoyé de l’adrénaline en abondance à mon cerveau. La tension a très bien fonctionné sur moi.
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L’appréhension du système éducatif a accéléré mon palpitant : le mode opératoire de Père, les règles tacites des adoptés qui doivent apprendre exclusivement leur catalogue, les tests passés sur les apprenants, la vision des non vivants et du monde actuel. Rien que d’y penser, j’ai quelques frissons.
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J’aimerais noter, là, bien en évidence : l’horreur attend au coin des pages. Il y a quelques scènes cruelles et particulièrement glauques. Mais aucune de celles-ci n’est gratuite ni bancale.
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L’auteur maintient le lecteur avec un degré de suspense assez fort et éparpille ses indices. C’est un puzzle : il faut assembler les pièces, mais avant ça, il faut les trouver et surtout appréhender leur forme (un peu comme si vous aviez les yeux bandés).
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L’auteur prend extrêmement soin de tout éclairer au fur et à mesure ; on peut se laisser porter. Ceci dit, le dernier tiers du roman a été trop halluciné pour moi et j’ai décroché (Après la visite au petit cabinet médical pour ceux qui l’ont déjà lu). J’en suis presque agacée, car vraiment, j’aurais voulu l’aimer jusqu’au bout tant il m’a emportée sur une majorité de pages.
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La fin semble télescopée par les seules envies/besoins de l’auteur « Moi, ça me ferait plaisir de mettre cet élément et celui-là ensemble, même s’ils ne vont finalement pas trop bien ensemble ». Le final s’enclenche à la perfection après des scènes qui s’étirent et s’étiolent à mes yeux.
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Ceci dit, le récit maintient une cohérence dans son tort ensemble et j’ai aimé la profondeur du complot vis-à-vis des conséquences pour tous les impliqués.

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Fan art autour du livre La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins

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BlackWolf (Blog-O-Livre), Gromovar (Quoi de neuf sur ma pile), Le culte d’ApophisLutin82 (Albédo), Olivia Lanchois (Lectrice hérétique)Sandrine BM (Mes imaginaires), Sylvie (Cunéipage)Un papillon dans la Lune sont aussi aller observer le taureau en bronze poli.

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Illustrations : #01 Covertart par Jian Guo ; #02 par 鲨鱼丹 (SharksDen)

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LAYMAN John & GUILLORY Rob – Tony Chu

03/11/2017 8 commentaires

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Mosaïque de tous les tomes de Tony Chu de Layman et Guillory

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Saga : Tony Chu (12 tomes)
Auteur : John Layman
Illustrateur  : Rob Guillory
Coloriste : Taylor Wells
Plaisir de lecturenote : 4 Livres à découvrir

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Tony Chu est un inspecteur cibopathe. En plus de la faculté de traçage psychique de l’origine des aliments qu’il goûte, il reste un policier professionnel. Une pandémie de grippe aviaire a décimé 116 millions de personnes à travers le monde. Le poulet est devenu interdit et le premier produit de contrebande. Tony traque le trafic illégal mais les choses se gâtent quand il devra bientôt goûter à la victime d’un meurtre, pour ne faire qu’une bouchée de l’identité du coupable.

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Tony Chu fait partie de la R.A.S., Répression des Aliments et Stupéfiants. Il est surtout un inspecteur insolite car il est cibopathe. En goûtant un morceau, il est capable de retracer l’histoire de l’aliment qu’il mange depuis son origine. Tony Chu n’est pas cannibale comme peut le laisser penser la traduction française – quelle faute de goût ! – et l’on perd aussi le sens de son nom originel, Tony Chew puisque le verbe chew peut être traduit par mâcher, mastiquer.
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Oui, Tony Chu viendra à manger de la chair humaine et c’est ainsi qu’il se retrouve coincé entre ses désidératas personnels et les obligations vis-à-vis de la société. Tout une pelletée de personnages gravite autour du protagoniste. Le profil de Tony Chu est consistant (il vaut mieux si on le suit durant douze tomes) ; les personnages secondaires sont également sympathiques.

Tout le monde trouve sa place, son utilité et s’avère apprécié aux yeux du public : John Colby, Toni, Mason Savoy, Amelia Mintz, Lin Sae Woo, Mike Applebee, Poyo… Les tomes sont peuplés de créatures fantastiques et l’on découvre des humains endossant des pouvoirs surnaturels liés à la nourriture. Exemples : Mnémocoquus : peut intégrer des souvenirs dans la nourriture ; lagamousikien : peut accorder une guitare avec des nouilles ; cibocélérent : peut cuisiner un plat très vite.

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Concernant les illustrations, l’expressivité des personnages est sans doute l’élément le plus réussi : exaspération, peur, dégoût, tristesse, joie, surprise. Les pages révèlent beaucoup d’informations visuelles. Le tout est servi par des compositions graphiques fantastiques. Les traits sont caricaturés en incluant des formes exagérées. Les couleurs vives virent vite au psychédélisme, il faut être prêt de la rétine.
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Cet univers d’anticipation est accessible aux néophytes (comme moi). L’atmosphère est délirante, les pouvoirs sont loufoques et on trouve pléthore de gags visuels. Les dialogues sont acérés et pleins d’ironie.
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Tony Chu va suivre différentes enquêtes mais sa vie – et ses péripéties ! (nombreuses) – sont le fil rouge de la série. On s’attache très vite à ce dernier et c’est un vrai déchirement qu’on éprouve pour lui quand des événements tournent au vinaigre.
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Certains passages sont sanguinolents bien que d’excellente facture. On compte beaucoup de références à des personnages célèbres, le Père Noël, Elvis Presley, le Grinch, Cthulhu entre autres. L’humour est cynique à souhait et au énième degré (il va de soi).
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Chaque tome en version française comprend 128 pages en moyenne. Le premier volume donne bien le ton. Si vous n’accrochez pas, ne poursuivez pas. Le reste sera tout aussi décapant. La série est parfaite pour les personnes au bon goût : enquêtes policières, bonne bouffe, aspect fantastique et humour.

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Tony Chu, planche de bagarre

Tony Chu et Chow Chu

Tony Chu croque un doigt

Illustration de Tony Chu et Mike Applebee

Illustration dans Tony Chu : Amelia Mintz ouvre le feu

Planche issue de Tony Chu de Layman : l'attaque des carottes

L'enfer personnel, vision de la série Tony Chu

Poyo à l'attaque, illustration de la saga Tony Chu de Layman

Illustration d'un tyrannosaure licorne de la BD Tony Chu de Layman

Tony Chu fan art réalisé par Jisuk Cho

Tony Chu fan art réalisé par Irene Strychalski

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logo challenge Halloween 2017


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Inspecteur cibopathe, créatures surnaturelles et pouvoirs étranges. Éléments parfaits dans une préparation en chaudron pour le challenge Halloween.

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Fan art : #01 par Jisuk Cho ; #02 par Irene Strychalski
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LINDSAY Jeff – Dexter fait son cinéma, tome 7

19/10/2017 14 commentaires

 

Dexter fait son cinéma de Jeff Lindsay, couverture du tome 7Titre : Dexter fait son cinéma tome 7
Auteur : Jeff Lindsay
Plaisir de lecture :  Livre à regrets
Tome 1, tome 2, tome 3, tome 4, tome 5, tome 6

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Dexter et Deb Morgan se retrouvent avec une tâche supplémentaire dans leur planning à la police scientifique de Miami. Deux acteurs – deux célébrités ! Robert et Jackie – viennent les suivre dans leur quotidien professionnel pour mieux s’inspirer et faire vivre les personnages qu’ils vont bientôt incarner.
Sauf qu’ils n’ont pas le temps de se reposer car une nouvelle enquête s’ouvre : un tueur de jeunes femmes blondes œuvre, et l’énucléation n’est pas le pire acte qui leur fait vivre avant de leur donner la mort.

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Dans « Dexter fait son cinéma », Dexter est plus humain que jamais. On assiste à l’éveil des émotions et à la non-résistance à des pulsions autres que meurtrières. Les sentiments qu’ils traversent sont variés : jalousie, possession, attirance…
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Mais alors qu’est devenu le sociopathe ? Jeff Lindsay se fourvoie complètement : les incohérences sont trop grosses pour paraitre ne serait-ce qu’un peu crédibles. On ne peut pas construire son personnage en six tomes et le présenter au lecteur pour en proposer un nouveau au septième. Le bon sens manque au protagoniste dans toute situation. Si jusque-là, le passager noir aux ailes caoutchouteuses s’avérait un fidèle allié, Dexter se trompe maintenant dans le « profiling » dérogeant à la seule et unique règle d’Harry, son père adoptif.

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Dans ce tome, c’est le calme avant la tempête qui se déchaine. Les deux tiers du livre suivent un rythme tranquille avant l’accélération finale. Finalement, le seul lien – ténu – qu’on pourrait formuler entre le titre du livre et Dexter, c’est que ce dernier est déjà bien un acteur (son rôle d’humain « typique » dans une vie « standard »).

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Deux éléments dans la série « Dexter » me dérange particulièrement :

  • D’abord, l’ignoble et immense misogynie dont fait preuve l’auteur. Tous ses personnages féminins sont ratés et on voit même que les traits grossis à l’extrême sont un fait voulu. Elles sont toutes hystériques, point barre.
  • Le mode opératoire de l’auteur : le même schéma se répète à chaque tome. La police de Miami enquête sur un meurtre avant de découvrir qu’il s’agit d’un serial killer qui possède lui-même un mode opératoire (l’équipe voit très vite le lien entre plusieurs meurtres semblables). Mais ce qui retient l’attention du lecteur, c’est la vie de Dexter. Parallèlement à l’enquête du volume, Dexter doit généralement régler un souci venu enrailler la douce mélodie de sa vie en carton. Il doit alors régler le sort dudit serial killer révélé dans sa vie professionnelle – avant la police de préférence – et souvent le sort d’un témoin de ses manigances. Il a la vie sauve, son secret est bien gardé. On peut passer au tome suivant !

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La fin, bien que complètement ratée du genre « Tout ça pour ça ? » est finalement réussie par rapport au reste de la saga. La fin est ouverte et me convient. Le titre anglais est d’ailleurs explicite : Dexter’s final cut.

Depuis, l’auteur a publié un huitième et ultime tome – non traduit en français – titré « Dexter is dead » pour donner encore un peu de mou à ses lecteurs conquis. Je ne souhaite pas le découvrir.

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Petit point honnêteté : à mes yeux, le seul élément réussi  de la série s’avère le protagoniste. Un serial killer qui en tue d’autres, ainsi que des personnes « mauvaises » ; c’est du Très Bien Vu. Son environnement – travail à la police scientifique de Miami, mariage avec Rita, femme abîmée, les enfants accompagnés d’une ombre, etc. – et ses choix sont aussi exquis.

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Logo du livre au cinéma

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Ce n’est pas pour rien que le scénariste James Manos Jr. s’est emparé du personnage pour en réaliser une série télévisée. Pour rappel, la diffusion de la première saison fut en octobre 2006, Jeff Lindsay n’avait publié alors que deux tomes.
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Conséquences :
∗ On sent l’appât de l’argent pour l’auteur qui a continué sa série au-delà de ce qu’il aurait dû.
∗ La série télévisée est autrement mieux réussie, car on s’attache irrémédiablement à Dexter. La qualité des intrigues est aussi à souligner. Moi qui ai lu les livres après avoir vu la série télévisée, je ne suis pas sûre que j’aurais tant accroché à la série papier si je n’avais pas déjà eu cet attachement au serial killer.

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Saga Dexter de Jeff Lindsay découpée au couteau

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Dans le chaudron :
logo challenge Halloween 2017Des livres qui mettent un brin mal à l’aise
¤ Les contes de la fée verte Poppy Z. Brite
¤ Dancing Lolita de Gudule
¤ Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle

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Un serial killer a toute sa place pour le challenge Halloween auquel je participe. Alors, check !

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DESIENNE Stéphane – Zoulag

02/10/2017 19 commentaires

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Zoulag de Stéphane Desienne : le syndrome finlandais et la filière sibérienne

Titres : Zoulag, le syndrome finlandais ; Zoulag, la filière sibérienne
Auteur : Stéphane Desienne
Plaisir de lecturenote : 4 Livre à découvrir
Lire un extrait

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Zoula, le syndrome finlandais : Mona Nuss, scientifique lyonnaise a été invitée par le très célèbre Horace Trent afin de diffuser en live un documentaire animalier en plein zoulag finlandais. Si elle a l’habitude d’effectuer des prélèvements, elle redoute la séquence où elle sera enfermée dans la fameuse « baignoire », une cage en polycarbonate mille-feuilles de 150 millimètres d’épaisseur. Cette dernière a résisté aux assauts d’ours, de requins, de lions, de buffles en migration, qu’en sera-t-il avec les zombies ?

Zoulag, la filière sibérienne : Boris et sa partenaire Nikki s’enfoncent dans la Sibérie pour atteindre le zoulag. Leur contrat stipule un nombre de zombies à récolter pour leur commanditaire puis de les emmener jusqu’à la frontière. Le système de réfrigération du camion tombe en panne et c’est le début des ennuis.

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« Zoulag, le syndrome finlandais » et « Zoulag, la filière sibérienne » sont deux épisodes qui fonctionnent indépendamment l’un de l’autre. La preuve, j’ai commencé par le deuxième paru sans éprouver de manque d’informations (bien que j’aie moult questions en tête).
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Ces deux courts romans « pulp » se lisent d’une traite, ils se dégustent en une heure à l’apéritif (ou « comme un shoot de vodka » me répondait Stéphane Desienne ; l’alcool étant à consommer avec modération)

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Quand est-il des zombies dans ces aventures ?

L’expression apparait tardivement dans le récit bien qu’aucun doute ne soit permis sur cette créature. Ici, le zombie est lent, il sort des bruits gutturaux, ne semble pas avoir d’intelligence ni même de conscience. Il se déplace à la vitesse d’un être humain mais « ils ne sont pas lents même si leur démarche est chaotique ». Il possède une force herculéenne pour atteindre la seule cible qui l’intéresse : la chair humaine. Les hordes existent aussi et on suppute qu’à l’origine, il y a un fléau, un virus Z qui transforme un individu lambda en monstre.
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Les zombies sont contenus dans des zoulags, des zones géographiques où le froid permet de mieux contrôler leurs mouvements. À notre connaissance de lecteur, sont portés deux endroits : le zoulag au Nord de la Finlande et le zoulag en Sibérie extrême orientale.

 

Côtoyer de nouveau des zombies m’a fait du bien. Tant pour leur présence, avec les causes et conséquences que cela implique que pour le texte concis, clair et efficace. Ces aventures légèrement série B intègrent un humour cynique qui fonctionne avec moi (pour rappel, le premier texte se concentre sur un documentaire animalier… sur les zombies !).
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L’intrigue n’est pas en reste, elle s’avère percutante, avec des personnages intéressants – Qui sont-ils ? Quelles sont leurs véritables motivations ? Des duos antagoniques – et une chute insolite.
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Au nombre de deux, un ultime épisode qui se déroule du côté de Singapour devrait paraitre durant les prochains mois.

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Permis Zoulag Nord Finlande de Stéphane Desienne

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logo challenge Halloween 2017

Caput Mortuum, Kobaitchi, Lutin (première nouvelle, deuxième nouvelle) ont aussi obtenu un permis de visite pour les zoulags.
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Un peu de zombies, c’est PAR-FAIT pour débuter l’édition 2017 du Challenge Halloween !

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