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Articles taggués ‘★★★★☆’

BURNETT Frances H. – Le jardin secret

28/05/2019 7 commentaires

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Couverture du livre "Le jardin secret" par France BurnettTitre : Le jardin secret
Autrice : Frances H. Burnett
Plaisir de lecturenote : 4 Livre à découvrir

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Une épidémie de choléra a touché toute la maisonnée dans les Indes. La mort de ses parents oblige le rapatriement de la jeune Mary Lennox dans le Yorkshire : elle est recueillie par son oncle Archibald. Cet homme ne peut plus voir sa maison en peinture après le décès de sa femme bienaimée. Il va par monts et par vaux et n’a pas le temps de s’occuper de l’enfant. Mary Lennox, entourée par les domestiques va apprendre l’autonomie, se requinquer et courir à travers la lande et les jardins. Sauf la parcelle fermée par de hauts murs et à double tour depuis dix ans déjà.

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Privée d’affection et d’attention de la part de ses parents, Mary est une fille solitaire et n’avait de contact qu’avec les domestiques indiens qui étaient présents en permanence pour répondre à ses moindres désirs. Mary est l’anti-héroïne par excellence : solitaire, taciturne, maigrelette et un peu hautaine.
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C’est un véritable choc culturel qu’elle va vivre : elle découvre les mœurs, la vêture et la nourriture de l’Angleterre victorienne… mais aussi la météo et l’atmosphère liée aux landes.
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Bien qu’entourée de lourds secrets familiaux, la protagoniste va apprendre à sourire, tout simplement. Elle découvre alors la joie, l’amitié et se retrouve bien entourée : Martha une domestique, le jardinier et son rouge-gorge et Dickon, un garçon du même âge.

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« Le jardin secret » est une véritable madeleine de Proust puisque j’ai retrouvé en boîte à lire, le livre dans la même édition dans laquelle je l’avais découvert plus jeune. Ce fut marrant de voir que des souvenirs assez précis revenaient à la mention d’un événement ou d’une action.
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« Le jardin secret » a été publié pour la première fois en 1911. Qualifié de livre d’apprentissage, il est destiné à la jeunesse. D’ailleurs, la mention d’une orpheline n’est pas rare, si l’on repense à la seconde héroïne de Frances H. Burnett « Sara, la petite princesse ».
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Parfois j’ai trouvé limites les réflexions formulées à l’encontre des enfants : l’autrice arrive à s’en sortir en indiquant – de manière assez floue tout de même – qu’il s’agit des pensées de certains adultes et qu’elles ne sont pas partagées par tous.
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La période de l’enfance ! où la découverte de soi, des autres et de tout en est au cœur. Il y a aussi le respect d’autrui, quelques leçons apprises qui vont façonner l’adulte en devenir.
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Mary bénéficie d’un temps privilégié, exempt de responsabilités et même de devoir puisqu’elle sera libre comme l’air, sans percepteur/rice pour guider son éducation. Elle apprend donc à observer, respecter, soigner. Et comme elle est présentée avec autant d’innocence que de candeur, il est facile de s’attacher à cette petite fille facétieuse et à l’imagination débordante.
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Il est aussi question de l’amour à la nature. De courts chapitres sont centrés sur le changement avec le printemps : l’éclosion, le parfum des fleurs, le comportement des animaux aussi. Les descriptions des odeurs, des paysages, des textures même, se révèlent très justes. Le tout est intensifié justement par ses relations avec le jardinier et Dickon en qui faune & nature trouve un formidable allié. Et puis l’on se rend vite compte qu’il n’y a pas que les fleurs qui éclosent. Le potentiel du jardin interdit, et aussi le potentiel de Mary.

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Livre "Le jardin secret" de Frances Burnett pris en photo dans les fleurs

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Défi Valériacr0 écrit en lettres retro à ampoulesCe livre a été choisi pour mai dans le cadre du défi Valériacr0 avec la meilleure acolyte du monde (au moins). Aussitôt cueilli en boite à lire, aussitôt lu !

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Les petites addictions de CranberriesMargaud Liseuse et The Books Howl (May) ont aussi vu les rosiers fleurir.

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COSTE Nadia – Comment je suis devenue un robot

21/05/2019 8 commentaires

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Couverture du roman "Comment je suis devenue un robot" de Nadia CosteTitre : Comment je suis devenue un robot
Autrice : Nadia Coste
Plaisir de lecturenote : 4 Livre à découvrir

Lire les deux premiers chapitres

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Margot et Ambre sont amies. Pourtant leur amitié va être mise en péril car Margot a eu un accident de voiture avec pour séquelle, l’amputation d’une main et d’un pied. Ambre, de nature joyeuse et à l’humour percutant, ne sait plus comment percer la carapace de Margot et elle a peur de l’embêter avec ses « problèmes de riches ». Toutes deux ne savent plus communiquer alors qu’elles ont fondamentalement besoin de leur confidente.

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La plume de l’autrice Nadia Coste est une valeur sûre pour moi : peu importe le sujet, le roman est à découvrir. Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre « Comment je suis devenue un robot », cette fois, il n’y a pas d’imaginaire au programme.
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On retrouve deux adolescentes de 14 ans : Margot a l’impression que son corps mutilé ne sert plus à rien. On va suivre son cheminement avec cette nouvelle donne physique. C’est en pilotage automatique qu’elle vit maintenant. Elle veut mettre de la distance à tout : à la douleur, à son corps, à ses émotions, aux réactions de ses parents.
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Ambre aussi est préoccupée par son corps : sa grosse poitrine semble être un problème – surtout pour les autres – et se pose la question de la réduction mammaire. Ambre ne veut pas être un fardeau supplémentaire pour son amie et absolument pas perdre cette amitié.

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Ce roman donne la voix aux deux adolescentes par des chapitres alternés. La trame est indéniablement enrichie par les deux points de vue. Ils renforcent le caractère dynamique que l’écriture de l’autrice possède déjà.
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Dans le récit, il est marqué qu’à l’adolescence « tout est prétexte à commentaire » : une particularité physique, une tenue ou une attitude. Cette période charnière s’articule autour : d’un problème personnel, d’interrogations de la part de l’adolescent et de la recherche de la solution en soi.
Mais du soutien d’une de ses pair.e.s est tout aussi important et c’est justement cette impossibilité à communiquer qui éloigne Margot et Ambre l’une de l’autre.

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Ce texte est sensible et humain. Nadia Coste s’investit sur une thématique impactante : l’acceptation de soi. À souligner, l’histoire ne tourne pas uniquement autour du handicap.
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« Comment je suis devenue un robot » possède un titre astucieux, comme un joli pied de nez. Le livre se lit d’une traite et s’avère impossible à lâcher avant d’en connaitre la fin.

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Mise en scène du livre "Comment je suis devenue un robot ?" de Nadia Coste

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Book en stock (Phooka), L’atelier de Ramettes ont aussi voulu que tout s’arrange très vite entre les deux protagonistes.

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SPJUT Stefan – La chasseuse de trolls

14/05/2019 6 commentaires

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Couverture de "La chasseuse de trolls" de Stefan Spjut, roman paru aux éditions Actes sudTitre : La chasseuse de trolls (Susso, tome 1)
Auteur : Stefan Spjut
Plaisir de lecturenote : 4 Livre à découvrir
Lire les premières pages

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Susso est cryptozoologue et rêve de voir un troll. Alors quand une grand-mère aperçoit un étrange être à travers les carreaux de la fenêtre, Susso fonce jusqu’à ce patelin pour installer un appareil photo à déclencheur par mouvement pour espérer capturer un cliché. Peu de temps après sa visite, le petit-fils venu faire un tour chez sa mamie disparait. Il est connu que les trolls sont particulièrement attirés par les enfants. D’ailleurs, le triste événement rappelle la disparition locale de Magnus voilà vingt-cinq ans.

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La cryptozoologie est l’étude des animaux dont l’existence ne peut pas être prouvée de manière irréfutable. Ce sont les trolls qui passionnent Susso. D’ailleurs, elle leur consacre un site web et rêve d’en voir un de ses propres yeux.
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Dans ce récit, Stefan Spjut nous emmène au contact des habitants. Il prend son temps pour nous lier aux personnages et cela fonctionne. Au fur et à mesure de la lecture, on apprend à connaître les brisures personnelles des personnages.

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On plonge aussi bien dans une partie du folklore scandinave que dans les profondeurs de la forêt. L’ambiance froide est bien retranscrite tout comme la puissance de la nature. Le point central est le peuple des stallos, mieux connus sous le nom de trolls. Ces créatures sont accusées de quelques maux, notamment le kidnapping.
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Les trolls ne sont pas en dehors de la civilisation, comme un lointain mirage mais évoluent au sein de la société : dans le garage des voisins, dans la parcelle forestière d’à côté. Ce qui fait naître un intérêt croissant pour que nous espérions nous aussi, en tant que lecteurs, croiser un troll par les yeux de la protagoniste.

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« La chasseuse de trolls » est le premier tome d’une trilogie nommée « Susso ». Je pensais qu’il s’agissait d’un one-shot. La fin est ouverte et m’a paru un peu étrange mais pas assez pour me convaincre d’une suite ; surtout que je ne connais pas les codes de la littérature suédoise et me suis dit que c’était peut-être une clôture habituelle. À vrai dire, j’aurais aimé savoir qu’il s’agissait d’une trilogie avant de commencer le livre.
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L’atmosphère est marquante car lourde et tout aussi riche. Elle peut s’avérer oppressante à certains moments mais absolument rien d’insupportable, j’estime qu’on est loin du sentiment de malaise permanent.

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Le roman est singulier : ce polar prend une direction fantastique.

La base est policière avec l’enlèvement d’un enfant et l’impact du fantastique nous amène à toujours douter de la réalité. On remet en cause les éléments donnés car ce sont les personnages qui les rapportent : a-t-il vraiment vu ça ? N’exagère-t-il pas la situation ?
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J’ai aimé l’alliance de la modernité de la Suède et de la mythologie scandinave. Ma plongée a été immédiate grâce au réalisme, celui du quotidien : le kilométrage à effectuer et cette fatigue cumulée : sur la route, la neige à gérer, les personne à contacter avant d’arriver chez eux (logique), son entourage à prévenir.
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L’alternance entre deux points de vue permet de garder un certain équilibre. Une partie du jeu consiste à replacer les éléments dans la chronologie, ce qui permet de comprendre ce qui est arrivé. J’ai aimé les indices distillés, la rupture de rythme choisi par l’auteur. Plusieurs récits s’entrecroisent : on ne se trouve pas sur une balade bien balisée. Il faut chercher, s’interroger et se demander avec quelle intensité intervient le surnaturel.

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Couverture du livre La chasseuse de trolls aux éditions Libri Kiadó Couverture du roman La chasseuse de trolls de Spjut aux édiitons forlaget oktober

Mise en scène du livre "La chasseuse de trolls" de Stefan Spjut : plaid pour la neige, une cage pour la chasse et un ruban rouge pour la recherche et le sang

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Cunéipage (Sylvie Sagnes) s’interroge elle aussi sur les dimensions des stallos.

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Illustrations : #01 Couverture des éditions Libri Kiadó ; #02 Couverture des éditions Forlaget Oktober.

VALLS DE GOMIS Estelle – Les Gentlemen de l’Étrange

05/04/2019 8 commentaires

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Couverture du roman "Les Gentlemen de l'Étrange" d'Estelle Valls de Gomis publié aux Black Book Editions  Couverture du roman "Imago" d'Estelle Valls de Gomis, le tome 2 des Gentlemen de l'étrange publié aux éditions Sombres Rets

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Titres : Les Gentlemen de l’Étrange ; Imago
Autrice : Estelle Valls de Gomis
Plaisir de lecturenote : 4 Livres à découvrir

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Londres, XIXe siècle. Wolfgang Bloodpint et Manfred Glastone sont spécialisés dans la résolution d’affaires surnaturelles. Leur bon flair et leurs compétences les emmènent dans les ruelles sombres de la capitale mais aussi aux quatre coins de la planète. Il faut dire que leurs exploits les précèdent.

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Manfred et Wolfgang se sont rencontrés à l’université et c’est une amitié franche et profonde qui les lie depuis. Manfred est devenu psychiatre d’un asile et criminologue réputé. Wolfgang, rentier de son état, est passionné par la chasse aux spectres. Il semble avoir des compétences mystérieuses qui restent floues.
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D’autres individus viendront rejoindre le duo de dandys : Whilelmine officie comme gouvernante, Ernest, une souris mesurant cinquante centimètre viendra trouver refuge permanent chez eux ; tout comme Arpad Nocturnaeru, un zburator roumain qu’ils sortiront d’affaire. Ils adopteront Dita, une labrador noire et Gustock Mespin de Scotland Yard viendra leur prêter main forte.
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Ils sont connus sous l’appellation « la petite équipe de Belgravia », le quartier où ils résident. Je me suis attachée à tous les personnages, phénomène qui se révèle assez rare au cours de mes lectures.
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Les enquêtes auxquelles ils prendront part les amèneront à voyager : Italie, US, sud de la France, etc. Pour y rencontrer ou découvrir différentes créatures : vampire, goule, zombie, wendigo, fantôme, kraken, et des profils humains comme serial killer, nécrophile ou encore savant fou. Traquer le monstre leur fera aussi parcourir de nombreuses ruelles ténébreuses londoniennes. Ils croiseront Bram Stocker qui leur apportera une aide ponctuelle tout comme Alester Crowley. Ils recevront une lettre de Sherlock Holmes et validée par Scotland Yard leur demandant de faire moins de vagues.

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Avec « Les Gentlemen de l’Étrange », Estelle Valls de Gomis nous emmène en pleine époque victorienne, dans le Londres de la fin du XIXe siècle et lieu de terreur.
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Le texte se compose de dix nouvelles : j’aurais tendance à conseiller de les lire dans l’ordre car elles fonctionnent comme un roman-feuilleton, format de l’époque que l’autrice a emprunté.
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Chaque nouvelle est riche en rebondissements et se révèle aussi trop courte. C’est presque dommage car l’on reste un peu sur la faim et que certaines redondances naissent entre les différentes nouvelles. Presque dommage… car cela ne saurait diminuer l’intérêt porté au duo esthète. Et même si parfois les personnages trouvent des solutions un peu trop facilement à mon goût, j’ai aimé les suivre dans leurs aventures rocambolesques.

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Dans « Imago », le second tome : Wolfgang blessé va essayer de se recentrer pour mieux se retrouver. Estelle Valls de Gomis va davantage mettre l’accent sur ce personnage plutôt que sur le quatuor. On va découvrir la nature du protagoniste alors que le lecteur n’avait émis que quelques hypothèses jusque-là. J’ai aimé les jeux de miroirs avec Vesper qui montrent que c’est le temps de l’introspection durant laquelle les dernières illusions meurent.
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Alors que je possède le premier tome au format poche publié aux Black Book Editions, le second est un grand format publié aux éditions Sombres Rets. Le roman inclut des illustrations d’Estelle Valls de Gomis – dont certaines en couleurs – qui s’avèrent un véritable bonus et permettent une meilleure plongée dans l’univers. J’ai une légère frustration concernant la taille de ce second volume (132 pages) et la fin qui m’apparait quelque peu bancale me donne un petit goût d’inachevé.

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Le surnaturel côtoyant notre monde est plus que perceptible avec ces deux romans. Il se dégage des textes, un humour avec une certaine classe à l’anglaise, des personnages aussi courageux et courtois et baignés de nonchalance. « Crimes, châtiments, absinthe et opium » pourrait être un sous-titre explicite.
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Les personnages semblent vivre dans la vie de l’écrivaine depuis plusieurs années pour avoir une telle consistance. On dirait qu’elle écrit tout simplement des faits et actions qui se déroulent devant ses yeux. J’ai apprécié les références et clins d’œil discrets – qui n’alourdissent pas le texte – tant à la période choisie qu’aux personnalités qui en sont issues. L’originalité de l’histoire et de la plume m’a réellement séduite !

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Illustration en couleurs d'Estelle Valls de Gomis pour son roman Imago Illustration en couleurs d'Estelle Valls de Gomis pour les Gentlemen de l'étrange

Mise en scène des romans "Les gentlemen de l'étrange" écrit par Estelle Faye

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Les lectures de ShayaAsmodée de Vampirisme, pour le tome 1,
Les carnets d’une livropathe (Strega), Vladkergan de Vampirisme pour le tome 2,
ont été eux aussi interpellés par le zburator.

Illustrations : #01 et #02 par Estelle Valls de Gomis

CHOLLET Mona – Sorcières, la puissance invaincue des femmes

26/03/2019 20 commentaires

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Couverture de l'essai "Sorcières, la puissance invaincue des femmes" de Mona CholletTitre : Sorcières, la puissance invaincue des femmes
Autrice : Mona Chollet
Plaisir de lecturenote : 4 Livre à découvrir
Lire les premières pages

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La Sorcière ! Cette figure importante de l’Histoire.
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À travers cet essai, Mona Chollet, journaliste et cheffe d’édition au Monde diplomatique de métier, dresse un portrait de la sorcière moderne. Mais qui est-elle ? La femme indépendante, celle qui prend ses choix par elle-même sans rien devoir à la société et à sa cargaison d’idées bien-pensantes frelatées ou de poussiéreux us et coutumes.
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Mona Chollet revient sur le traitement des femmes dans la société occidentale actuelle ; avec le sexisme ordinaire qui prend racine dans tous les domaines. Le patriarcat veut brider l’autonomie à tout prix, réduire au silence les femmes qui gênent. Et c’est plutôt une affaire qui roule bien puisque dès la naissance, une fille sera sous la coupe d’une éducation liberticide (dans des proportions variant d’une individu à l’autre selon l’environnement). Avec une telle pression quotidienne, on peut comprendre l’intériorisation des femmes et cette obéissance remarquable.

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L’introduction se concentre sur le portrait de la sorcière d’antan et de sa chasse ; profondément misogyne. L’essai s’articule ensuite en trois parties, reprenant trois achétypes : la femme indépendante, la femme qui ne désire pas d’enfant et la femme âgée. Vous pouvez consulter la table des matières dans son entièreté, à l’avant dernière page de l’extrait.
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Si l’on est tatillon.ne, on pourrait trouver un certain déséquilibre dans les parties, mais il repose davantage sur la structure du texte et non l’argumentation. L’autrice ne brosse pas le portrait d’une femme aux idées que l’on pourrait qualifier d’extrémistes mais celui simple, d’une femme qui assume ses choix.
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J’ai été singulièrement interpellée par différents points : par ces femmes qui demandent une stérilisation volontaire ; par la répartition des femmes sans enfant par rapport à leur attitude vis-à-vis des enfants : attitude de la mère, celle de la tante ou celle qui n’aime tout simplement pas les enfants (et sans velléité à leur égard) ; par l’existence de ces femmes qui aiment leurs enfants sans aimer être mère (état qui ne m’a pas surprise, puisque des personnes de mon entourage ont parlé de leur conclusion) ; par le jugement vis-à-vis des femmes vieilles qu’il faut cacher.
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De quelques avis disponibles sur les Internets ressortait l’opinion que les écrits manquaient de nuance concernant la maternité. Je n’ai aucunement senti que Mona Chollet labellisait que pour être « sorcière » il ne fallait pas avoir d’enfant. D’abord, car l’on reste sur le concept de « sorcière = femme indépendante », pas sur le fait d’en être une-testée-approuvée-diplômée. Puis, elle écrit et développe son argumentation sur deux points fondamentaux : une non-maternité et un non-désir d’enfant qui doivent faire partie des possibilités pour les femmes. Tout compte fait, je note une distinction entre ce qu’il est écrit dans cet ouvrage et l’interprétation du/de la lecteur.rice. Ressenti qu’il est important de prendre en compte mais qui variera d’une personne à l’autre (maternité ou non-maternité vécue) ; je ne me suis nullement sentie jugée dans mes propres choix en lisant « Sorcières, la puissance invaincue des femmes ».

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Dès les premiers mots, Mona Chollet désamorce toute volonté scientifique : elle exprime son point de vue personnel – et donc subjectif. Elle dresse un constat bordé de son opinion et sans imposer de vérité absolue.
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L’esprit de synthèse et d’analyse de l’autrice permet d’offrir un essai d’une grande accessibilité grâce à la vulgarisation des informations. Il se révèle riche et bien documenté. D’ailleurs, elle cite toutes les sources avec autant d’humilité que celle qui berce sa démarche intellectuelle. L’abondante bibliographie est un des aspects le plus passionnant du livre, nous invitant à étendre notre curiosité au-delà de ces couvertures.
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L’écriture est fluide, simple et non pas simpliste. Il est agréable à lire tant sur la forme que sur le fond. L’humour nait de l’autodérision que l’on retrouve dans les anecdotes personnelles rapportées. Ajoutées à des représentations issues de la résonance, le rapport de connivence entre lectrice et autrice est intense.

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Mona Chollet met en lumière des femmes qui font des choix « difficiles » par rapport à ce qui est attendu d’elles. Elle invite à inverser la perspective : et si les femmes transmuaient ? Au lieu de cataloguer certaines personnes ayant un caractère subversif ou une attitude rebelle, il serait « bien » de les considérer comme intégrant la normalité féminine. S’affranchir des injonctions faites aux femmes doit être une volonté de tous les jours et peut-être que la reconnaissance et la solidarité nouvelles seraient aussi une base bienvenue (le concept de sororité).
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La lecture est instructive et même nécessaire.

Elle peut renvoyer le/la lecteur.rice à beaucoup de questions personnelles et peut provoquer une remise en question de sa vision.
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Si vous êtes intéressé.e par la très vaste thématique du féminisme, vous trouverez certaines redondances – qui n’en sont pas moins qualitatives – avec d’autres écrits. J’ai une préférence pour l’essai « Ainsi soit-elle » de Benoite Groult qui retrace davantage l’Histoire des femmes, notamment sur leurs droits et leurs conditions (tout aussi accessible et argumenté).
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C’est un ouvrage passionnant, à offrir à toute personne pour qui la thématique peut résonner (de près et même de très loin). Il peut entraîner une prise de conscience de cet aspect sociologique à travers des femmes réelles ou fictives.
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Pour moi, il est particulièrement complexe de parler d’un tel essai avec mes propres mots. Je suis donc consciente de ne pas même pas avoir parlé de l’ensemble des aspects dont traite ce livre ; donc d’avoir été réductrice et d’avoir surtout souligné certains faits sans même réussir à indiquer tous les points qui m’ont questionnée. C’est la vie 😜. Conclusion : lisez-le ! 

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Mise en scène de l'ouvrage "Sorcières" de Mona Chollet

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Dans le chaudron : des essais englobant une part du féminisme
Quelques mots sur « Ainsi soit-elle » de Benoît Groult, sur « La chair interdite » de Diane Ducret et sur « Libres » d’Ovidie & Diglee ; ma chronique sur « Enfin insécurisée » d’Eve Ensler et celle sur les deux romans graphiques de Liv Strömquist.

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Défi Valériacr0 écrit en lettres retro à ampoulesCette lecture est sorti de la marmite de Valériane pour célébrer le printemps et pour fêter le début de notre septième année de challenge « Défi Valériacr0 ».

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Des galipettes entre les lignes (Lili Galipettes)Les petites addictions de CranberriesMargaud Liseuse ont elles aussi relevé de nombreux passages.

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JAWORSKI Jean-Philippe – Même pas mort, tome 1

01/03/2019 18 commentaires

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Couverture du roman "Même pas mort" de Jean-Philippe Jaworski, éditions Folio SF. Premier tome de la série "Rois du monde".

Titre : Même pas mort (Rois du monde, tome 1)
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Plaisir de lecturenote : 4 Livre à découvrir

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Bellovèse se retrouve jeté en pâture dans la guerre. Au premier assaut, Il reçoit un sévère coup de lance : il est considéré comme perdu et pourtant il n’est pas mort. Chez les Celtes, un tel homme revenu d’entre les morts est un monstre puni des Dieux. Pour lever l’interdit, il doit se rendre auprès des Gallicènes, sur l’île des Vieilles.

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C’est un vieil homme que l’on découvre à la première page : Bellovèse revient sur son existence et conte son parcours depuis l’enfance.

Il est élevé, avec son frère Segovèse, par une mère consciente de son rang. Bellovèse est un prince banni par son oncle, le haut roi Ambigat. Devenu guerrier celte, il reçoit un mauvais coup et n’en meurt pas. Le Grand Druide lui imposera une épreuve pour lever l’interdit qui pèse sur lui. C’est ainsi qu’on le retrouve en compagnie de Sumarios et Albios qui attesteront de la réussite du challenge.
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Bellovesos et Segovesos sont considérés comme légendaires : ils doivent trouver de nouveaux territoires pour leur oncle, le roi Ambigatos qui règne sur les Bituriges. Ils sont mentionnés dans l’histoire romaine rapportée par l’auteur Tite-Live de « Ab Urbe condita libre » écrit au VIe siècle avant J.C. , traduit par « Histoire de Rome depuis sa fondation », se révèle à l’origine être un recueil de 142 livres dont seuls 35 volumes ont traversé les années.
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Les personnages sont bourrins : empli de bravoure mais aussi avec une certaine arrogance qui les rend parfois inconscients dans leurs actes, sous caution de prouver leur virilité.

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Pas de tombe pour moi. Pas de fin paisible au milieu des miens. Pas de grandes cérémonies royales, pas de sacrifices, pas de bûchers rouges ni de banquet funèbre. Pas de trésor abandonné dans la nuit d’une chambre funéraire. J’irai chercher ma mort sur le champ de bataille. Je me détacherai des rangs de mes guerriers pour la défier. Une lame longue de cavalier dans la main droite, une lame courte de fantassin dans la gauche, je lui offrirai une danse des épées. C’est une vieille ennemie, et ce fut parfois une alliée de circonstance. Je connais bien ses ruses, ses lâchetés, ses trahisons. Je lui cracherai toutes ses bassesses, je lui tirerai la langue, je me rirai de sa puissance, je lui affronterai le masque peint du guerrier.

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Bellovèse fait part aux lecteurs de son cheminement spirituel, avec des retours en arrière sur son enfance et ses premières batailles. Son monde est constitué de vengeance, d’ambitions, d’un lot de rancune et bordé de croyances païennes. C’est un monde violent avec des scènes d’assauts, de lutte et de combat.
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L’univers est ancré dans le concret et empli de personnages fantastiques. L’aspect onirique nait des liens qui se construisent entre réel et surnaturel. La forêt est un lieu habité par de nombreuses créatures invisibles. La magie est plus élémentaire car sauvage, elle est attachée à différents éléments : la forêt que je viens de citer, la foudre, le froid et la rivière entre autres.
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Le folklore a une grande influence sur les Celtes : les rites, les présages et même les lieux sont empreints de fantastique. Les Dieux et autres puissances sont présents de manière permanente dans les pensées et les gestes des hommes. Plus qu’une guidance, leur traitement influe sur tous les aspects de la vie des humains. D’ailleurs, certains comportements peuvent s’expliquer par ce lien constant, mais souvent une digression apparait : la réalité se mêle à la magie et au rêve en formant des frontières floues.
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L’importance des druides se repose sur leur unique symbole d’être le trait d’union entre humains et dieux. Ainsi, ils possèdent un fort pouvoir de persuasion par le verbe et la prédiction. Rites de réconciliation, exorcisme sont autant d’éléments qui façonnent le quotidien des Celtes.

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Je suis riche de passé comme d’avenir, et parce que je vacille au bord du monde, l’abîme tonne que je ne suis qu’une chrysalide, que la vraie grandeur reste à construire.

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Beaucoup d’avis élogieux ont été émis sur la série. À la parution du premier tome, j’ai attendu ; au point que la sortie poche ait lieu. C’est dans ce format que l’on me l’a offert en 2016. J’ai encore décidé d’attendre que la série soit plus avancée. On peut noter une Patience de Haut Niveau (ou une Force Intense pour relever mon défi Fin de Série). Et puis, en janvier dernier, on m’a offert les tomes 2 et 3 au format poche… qui a eu lieu en même temps que l’annonce de la clôture prochaine de la série. C’était donc le bon moment pour enfin la commencer ; avec un petit coup de pouce de Valériane pour dévorer le premier volume en février.
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Jean-Philippe Jaworski a pour envie de faire vivre une société disparue, l’âge de fer européen. Loin des clichés des barbares, le contexte historique s’appuie sur des recherches documentées.
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Notre arrivée se fait sous la pluie et dans la peur : le bateau où se trouve Bellovèse est malmené par la houle. Le récit initiatique démarre. Les (més)aventures se succèdent et les frissons dans le dos arrivent. On se retrouve à la croisée du roman historique, de l’épopée héroïque et de la fantasy mythique.
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Avec les premières pages, on suit le déroulé de journées celtes. Cela donne un aspect assez informatif à l’intrigue et j’avais l’impression davantage de lire un documentaire sur un peuple plus que d’entrer dans une histoire. C’est le temps de s’imprégner d’un monde étranger aux accents celtes et d’un environnement que l’on croise peu souvent comme contexte (le Moyen Âge est plus répandu).
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Le réalisme est poussé : ce roman est exigeant et va demander une concentration dans sa lecture. La langue est recherchée mais le style d’écriture reste fluide. Ce dernier demandera juste un calibrage pour le lecteur en début de livre.
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Pourtant, j’ai été déstabilisée par le récit non linéaire. Le mode de narration s’appuie sur une construction emboîtée : un souvenir en appelle un autre. Bellovèse revient sur sa vie de manière non chronologique. J’ai trouvé cette construction temporelle un brin confuse et l’immersion n’a pas été aisée pour moi. Je m’attendais à plonger immédiatement et totalement comme les autres lecteurs. Sensation qui s’est dissipée après quelques pages.
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L’enchevêtrement des histoires repose sur un rythme de progression que je juge plutôt lent. Le cadre doit être mis en place, aussi bien pour l’environnement que pour l’aspect géopolitique (lutte de pouvoirs). Le roman demande à être dégusté pour mieux assimiler l’enfance et l’adolescence des deux frères, frangées de passages plus oniriques.

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Livre "Même pas mort" de Jaworski mis en scène avec des éléments de décoration de la nature : mousse, feuille sechées, pommes de pin

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Logo du défi Fin de Série LivrementVoilà une nouvelle série à mon compteur du défi Fin de Série. Il serait de bon ton que je la lise au fil des mois pour « mieux » profiter de l’histoire et de ne pas la laisser plus prendre la poussière.

Logo défi Valériacr0

Ma lecture était donc la sélection de février par mon binômette de choc Valériane dans le cadre de notre défi Valériacr0.

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233°C (Baroona)Lectures trollesquesLe monde d’Elhyandra, Les histoires de Lullaby, Les lectures de XapurLorhkanMes Imaginaires (Sandrine), NeVertwhere, The Library at Hurtfew (Perlesvaus), Un papillon dans la Lune ont aussi observé la forêt en ayant mille questions en tête.

 

DELANEY Joseph – Le pacte de Sliter, tome 11

12/02/2019 14 commentaires

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Couverture du roman "Le pacte de Sliter" de Joseph Delaney, le onzième tome de la série L'épouvanteur publiée aux éditions Bayard JeunesseTitre : Le pacte de Sliter (L’Épouvanteur, tome 11)
Auteur : Joseph Delaney
Plaisir de lectureetoile 4 Livre à découvrir
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Tome 1, tome 2, tome 3, tome 4, tome 5, tome 6, tome 7, tome 8, tome 9, tome 10recueil sur les sorcières

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En tant que mage Kobalos, Sliter supervise son domaine Haizda près du cercle Arctique. Sur son territoire, il exploite des humains pour se nourrir de leur sang. À la mort du fermier Rowler, Sliter se souvient du pacte passé ensemble : il doit emmener en lieu sûr les filles cadette et benjamine pour que l’aînée lui appartienne. Afin d’honorer sa part du marché, ils prennent la direction du foyer avunculaire de la fratrie. Un long voyage semé d’embûches s’ouvre alors à eux.

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Sliter est un Kobalos : bien qu’il marche sur deux pieds et parle comme un être humain, il ressemble à un loup. Il possède une queue qui lui permet de donner des informations sur ce qui se passe autour de lui (comme une antenne). Une méfiance nait à son encontre mais ce protagoniste va surprendre plusieurs fois au cours du récit.
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Rebelote : pour ce tome, Joseph Delaney change de narrateur. J’avoue que j’étais sceptique en découvrant les premières pages. Après un premier changement avec Grimalkin au neuvième tome, c’est la deuxième fois que l’on se retrouve de côté de l’obscur. En réalité, deux personnages se partageront la narration : Sliter et Nessa, la fille aînée de feu le fermier Rowler.

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Je suis partagée concernant ma lecture :
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J’ai aimé découvrir une légende des pays scandinaves revisitée grâce à un personnage issu du Comté. J’ai trouvé le clin d’œil satisfaisant du duo au conte La Belle et la Bête. Joseph Delaney nous raconte les jeux de pouvoir, la condition de Sliter, les informations concernant son peuple et les us & coutumes. Le décalage par rapport à l’intrigue principale est bienvenu.
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Mais je suis aussi un poil agacée car c’est une façon un peu grossière de la part de l’auteur d’intégrer maintenant des Kobalos pour nous faire comprendre que Tom Ward n’a pas fini d’en découdre avec eux dans les prochains tomes. L’intrigue générale n’avance pas… alors qu’il y a toujours le Malin à tuer ! Le voyage est assez linéaire, avec quelques accidents et retournements de situation bien placés. Ceci dit, l’histoire n’intègre pas de temps mort et verra l’arrivée d’un personnage déjà connu des lecteurs à mi-course.

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Couverture anglaise du roman Le pacte de Sliter écrit par Joseph Delaney Illustration d'un Kobalos, issue du roman Le pacte de Sliter écrit par Joseph Delaney

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Dans le chaudron :
Des univers fantasy estampillés jeunesse
¤ Harry Potter de J.K. Rowling
¤ Rose de Holly Webb
¤ Narnia de C.S. Lewis
¤ A la croisée des mondes de Philip Pullman
¤ Eragon de Christopher Paolini
¤ Cœur d’encre de Cornelia Funke

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Les escapades culturelles de FrankieMargaud LiseuseSyl. (Thé, lectures et Macarons) ont aussi apprécié Sliter plus qu’elles ne le pensaient en commençant le livre.
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llustrations : #01 Couverture anglaise ; #02 Illustration d’un Kobalos extraite du livre

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