Challenge Pierre Bottero (2010)

25/11/2009 4 commentaires

En hommage à Pierre Bottero, Edelwe lance un challenge spécial en son nom. Il va sans dire que c’est une occasion en or pour découvrir ses livres, chose que je n’avais encore jamais faite. Et puis, il vaut mieux tard que jamais, non ?

Ce qui vous est proposé :
¤ de (re)lire UNE saga de Pierre Bottero ou UN de ses livres uniques
¤ de lire DEUX livres de genres littéraires qu’il affectionnait (SF et Fantasy, à répartir comme on le souhaite)
¤ de vous inscrire par commentaire chez Edelwe.

Il va sans dire que dans mon cas, « lire deux livres de SF ou Fantasy, » c’est fingers in ze nose, quoi. Because, si vous l’aviez raté, je lis ça. Voire que ça.  Mais découvrir Bottero, ça oui, j’le ferai !

Ceux et celles qui sont de la partie : Alexielle, Bladelor, Edelwe, Elfe, Emeralda, Emmyne, MaijoMarie L., Midola, Olya, Sophie

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COE David B. – La couronne des sept royaumes ~ Le prince Tavis, tome 2

14/11/2009 6 commentaires

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Le prince TavisTitre : Le prince Tavis (La Couronne des sept royaumes, tome 2)
Auteur : David B. Coe
Note : etoile 4 Livre à découvrir
Tome 1tome 7tome 8tome 9tome 10

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Les Terres du Devant tremblent. Dans le royaume d’Eibithar, tout va à vau l’eau : l’alliance prometteuse entre les duchés de Curgh et Kentigern échoue, la tension est palpable, la guerre civile va-t-elle être déclarée ? Le prince Tavis, au centre des accusations, proclame son innocence et obtient asile par le duc de Glyndwr. Simultanément, le château de Kentigern est pris d’assaut par un royaume adverse et la conspiration des sorciers Qirsi prend de l’ampleur. Qui saura faire front ? Les bonnes décisions seront-elles prises ? Et si au pays des dieux Qirsar et Ean, les personnes jouaient un double rôle ? Et si, depuis la nuit des temps, malgré les percussions, les Tisserands existaient toujours ?

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)°º•. Sur les Terres du Devant, après la chute de Cartach, un Qirsi obstiné, les nobles Eandi règnent. Cet empire est alors séparé en plusieurs royaumes à la tête desquels régentent des rois et reines, eux-mêmes gouvernant leurs duchés et peuple. A leurs côtés, race vaincue, les sorciers Qirsi ont le rôle de conseillers. Cependant, la justice n’est pas une valeur tellement respectée dans ce bas monde et malgré la qualité de leur préconisation et la richesse de leur personnalités, les Qirsi ne sont pas considérés comme leurs égaux.
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Certains cheveux-blancs Qirsi militent secrètement pour rétablir leur suprématie, la conspiration s’infiltre dans toutes les cours, s’informe, endoctrine, enrôle, sème la peur et frappe. Cet mouvement qui ne semblait être qu’une rumeur, un léger murmure des plus craintifs se révèle être une menace, réelle et prononcée.
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Dans le royaume d’Eibithar, une alliance prometteuse entre les duchés de Kentigern et Curgh échoue. Aindreas de Kentigern suspecte lourdement Tavis, fils de Javan (duc de Curgh) d’avoir un rôle primordial dans la terrible tragédie qui s’est déroulé en ses terres. Les nerfs tendus, la guerre civile est proche. Les allégations divise le royaume en deux camps.
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Grinsa, glaneur du festival et celui de la révélation du prince Tavis décide de l’aider dans son malheur et de prouver coute que coute son innocence. Bon gré, mal gré, ils décident ensemble de partir pour un long chemin. Parallèlement, le Tisserand à la tête du mouvement Qirsi se lance dans une quête de longue haleine pour la coercition de son peuple.
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Entre prise d’assaut de château de Kentigern, guerre civile en marge de devenir réalité, et divers accidents de moindres mesure mais non mystérieux, le royaume d’Eibithar est complètement ravagé. Le tout sur fond de conspiration de certains Qirsi, les Terres du Devant se résument à une guerre des nerfs.

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)°º•. Dans ce tome, l’histoire prend une violente expansion : des alliances se forment et d’autres, cessent. La confrontation Qirsi/Eandi est on ne peut plus forte. Le complot, dirigée via un Tisserand, entraine des conflits même entre Qirsi. La trahison et la méfiance se trouvent à tous les coins de rue. Le point fort du roman demeure l’entrecroisement des relations, son point faible reste la confusion qu’entrainent à prime abord, les diverses ententes.
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Ce livre-ci relate seulement quelques jours de l’histoire des Terres du Devant : cette focalisation permet d’étaler devant nos yeux les diverses scènes, le rôle des maisons puissantes des royaumes, de leurs relations intrinsèques, et met le doigt sur la chronologie des événements. C’est simple, David COE vous présente un joli méli-mélo organisé. Alors, certes, on est carrément paumé au début de livre, mais tout aussi vite, on s’invente une cartographie des événements et on prend goût à la lecture.
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Il y a de l’action, en veux-tu, en voilà. L’ambiance guerrière est omniprésente : on se questionne sur les raisons ou les excuses à invoquer pour lancer le combat, on piétine, on y va, franco ou à reculons. Quelles ambitions stratégiques faut-il prévoir ? Quelles seront les causes sur le moyen terme ? Le tout ne risque-t-il pas de fragiliser encore plus les relations entre les duchés, pouvant profiter à d’autres royaumes adversaires, voire même servir la conspiration Qirsi ?

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Enfin, un dernier point, et relativement essentiel, sur les personnages.
Une bonne histoire, des intrigues politiques, des hésitations humaines, des hasards bien décidés reposent, pour ce cycle, sur un bon nombre de personnages.
Commençons par le fait que chaque noble Eandi se voit accompagné par un premier ministre conseiller Qirsi et par des dizaines d’autres. Au sein de chaque duché, nous entrons dans une conjecture de cinq Eandi pour un Qirsi. Au sein du seul royaume d’Eibithar, nous comptons pas moins de cinq maisons majeures (Curh, Kentigern, Glyndwr, Thorald et Galdasten) et bien d’autres, mineures. Le tout dans les Terres du Devant qui compte pas moins de sept royaumes. Connaitre et reconnaitre, le rôle, le statut, la personnalité de chaque personnage présenté est primordial : c’est l’essence même du livre. C’est pourquoi, je préconise, à titre légèrement exceptionnel, de ne pas trop espacer vos lectures des tomes, pour pouvoir savourer ce cycle. Vous serez surpris de la complexité des engagements et autres dépendances de chaque individu. Le facteur humain est l’excellence de ces histoires si bien ficelées.

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Pour ce second tome, David Coe met les bouchées doubles : il annonce, et met en scène un nombre de personnages incalculables : si chacun représente un fil, les tisserands sont les rois du monde. Entre complot de Qirsi, décisions politiques  des Eandi, les relations se font et se défont. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Feux à moitié couverts, nerfs à vif, les Terres du Devant représentent le plus théâtre fantasyien que vous pourriez imaginer. Magie, meurtres et intelligence sont au rendez-vous.

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)°º•. Biographie

David B CoeDavid B. COE, romancier fantasyste etasunien.
Extrait de wikipedia :
David suit ses études à la Brown University puis à la Stanford University d’où il sort diplômé en histoire en 1993. Son premier roman Children of Amarid, premier volume de la série The Lontobyn Chronicle est édité en 1997 puis suivi par les deux tomes suivants en 1998 et 2000. En 1999, il reçoit le prix William L. Crawford Memorial Fantasy Award pour cette série.

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La Couronne des sept royaumes est un long cycle composé de 10 tomes en VF (5 en VO, ça va « de soi »)
Le complot des magiciens, tome 1
– Le prince Tavis, tome 2
– Les graines de la discorde, tome 3
– Le combat des innocents, tome 4
– Les fruits de la vengeance, tome 5
– Le sang des traîtres, tome 6
¤ L’armée de l’ombre, tome 7
¤ La guerre des clans, tome 8
¤ L’alliance sacrée, tome 9
¤ Le pacte des justes, tome 10

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SAKURAZAWA Erica – Entre les draps

02/11/2009 8 commentaires

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Titre : Entre les draps
Auteur : Erica Sakurazawa
Plaisir de lecture :  Fantas… tique

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Saki et Minako sont deux meilleures amies. Sauf que Saki plait. Elle plait aux hommes, elle fait l’objet d’une passion dévorante de la part de son amie Minako. Un beau jour par jalousie, cette dernière dort avec Ken, le chéri de Saki. Et tout bascule ou presque. Amours, amitié et autres (dés)illusions.

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Cette relation ambiguë entre les deux femmes est la base et la force l’histoire. Tout simplement… Partagées entre amours passionnantes et amour fraternel, les deux jeunes femmes s’offrent une vie complexe. Entre elles deux, il y a ces amours indéfinissables ; entre elles deux, il y a aussi des hommes. Nous retrouvons bon nombre de sentiments : jalousie, trahison, amours sincères et désarroi.

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Ce one shot est sur le net, classé en tant que Yuri. Mais en est-ce vraiment un ?
Selon la définition de Wikipédia : Au Japon, le terme yuri (百合 qui signifie littéralement « lys », les noms de plantes étant souvent utilisés pour les prénoms féminins) fait référence aux relations homosexuelles entre femmes.
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Je vous dirai que … non. Non, ce n’est pas un Yuri, c’est beaucoup mieux que ça. Ce n’est pas de l’érotisme soft, c’est juste une relation quelque peu nébuleuse entre deux femmes qui se portent un attachement sans limite. Ce manga « libéré » permet à Erica Sakurazawa de travailler sur le nu : il est présent dans ce manga uniquement en fonction des situations ; ainsi la nudité des corps est plutôt une appréciation libre et non incitative au sexe « exécutoire ».  Cependant, l’histoire comprend des scènes de sexe explicites, à bon entendeur…

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De par les dessins quelques fois brefs, extraits de simples gestes, en découlent une atmosphère elle aussi faite d’ambiguïté et d’incertitude. Les aplats noirs et les trames en grand nombre accentue le psychologique : finalement, à sa lecture, notre propre sensibilité ressort.  Ce manga propose peu de personnages, mais suffisamment travaillés et le rythme parait très naturel et aisé à suivre.

Découvert au hasard des rayons bibliothécaires, je ne pensai pas rencontrer une œuvre pareille. Tout simplement parce que les manga, c’est une palette tellement large qu’on n’en oublie souvent les œuvres un peu « à part », un peu trop « sérieuses » et qu’on s’imagine fort bien, en idée reçue,  des adolescents lisant du Naruto, point.

J’ajouterai que cette œuvre japonaise ne peut pas plaire à tous : 1°) parce qu’il est pour public averti (+18 ans), 2°) parce que le sujet traité ne peut pas plaire 3°) parce que ce manga présente une certaine maturité.

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CITRIQ

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ANTHONY Piers – Lunes pour Caméléon

30/10/2009 4 commentaires

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Titre : Lunes pour Camélon (Xanth, tome 1)
Auteur : Piers Anthony
Note : Livre à découvrir
Tome 2, tome 3, tome 4

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Bink est un homme comme les autres. Ou presque. Agé de 24 ans, nous apprenons qu’il est à la veille de se faire exiler. En Xanth, condition nécessaire pour que les natifs continuent d’y vivre au-delà de leur vingt cinquième année : posséder un don. Cependant celui de notre cher compagnon ne s’est toujours pas révélé. Pour garder l’amour de sa vie, Sabrina et sa patrie, Xanth, Bink est prêt à tout. Même à partir sur des sentiers inconnus pour rejoindre le bon magicien Humpfrey qui pourrait l’aider dans sa révélation. Avec la trouille au ventre et armé d’une grande motivation, Bink chemine au travers les bibiniers, les raizinzins et autres cyprès detoimondieu… Mais il n’est pas au bout de ses surprises. Xanth, empreint de magie est peuplé de créatures magiques… pas piquées des vers !

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)°º•. Xanth, en pleine fantaisie.

Bon, quand tu lis du Xanth, on dit que t’es dans la light fantasy.

Oui, une étiquette. Mais ce qui est important, c’est qu’il y a plein de créatures. Mais plein de chez plein.

En Xanth, la magie est particulière mais… banale. C’est même pire, tout être humain n’ayant pas de pouvoir magique ne peut pas vivre au delà de ses 25 ans et se voit vulgairement éjecté en Vulgarie. Les personnes peuvent révéler des dons qui peuvent être très forts (c’est le cas, notamment, des magiciens) et d’autres, des dons un peu… inutiles : je citais changer la couleur de l’urine, mais cela peut être faire flétrir et mourir une feuille, produire l’odeur du lait tourné ou faire jaillir du sol un rire dément.

Le roman commence très fort puisque nous sommes plongés directement dans cet univers… en y apprenant la sentence de Bink. Il fait alors le choix de partir chez le bon magicien Humpfrey pour qu’il l’aide à trouver son don et subséquemment, pour rester à Xanth avec Sabrina, l’amour de sa vie. Idéalement, tout devrait se dérouler sans encombre. Sauf que… les plans géographiques ont changé, on ne se débarrasse pas si facilement d’un centaure énervé, en échange d’un couchage on se retrouve quelques fois juré dans un procès de village et on rencontre tout un tas de monde qu’on aurait préféré ne pas croiser.

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)°º•. Bien belle brochette

Bink, notre Sans-Don-de-presque-25-ans est bien déterminé à positiver. Certes, il n’a pas de don, mais a bien du mal à se trouver d’autres qualités. Il essaye de faire le nécessaire pour rétablir une situation stable de jeune héros et de potentiel futur mari génial auprès de sa donzelle. Cependant, la vie n’est pas si facile et Bink s’entremêle les idées : il a beaucoup de mal à appréhender tout modèle féminin qu’il soit. Comment se projeter dans l’avenir quand sa seule quête est d’arriver chez Humpfrey ?
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Même si les autres lecteurs ne l’ont pas ressenti, moi, Bink et bah, il m’énerve dans sa quête de la femme-mariée-parfaite et de ses sauts dans le futur pour savoir comment elle deviendra chiante et comment il y survivra. Après, il est tout aussi touchant dans son approche bancale avec elles. Somme toute, il s’agit d’un bon gaillard avec un bon fond, et finalement, cela suffit largement. Quelque couardise sera vite supprimée par son envie de faire bien. Auprès de tout et de tout le monde… car il en rencontre, du monde. Beau, hum…
Commençons par les femmes. Qu’elles s’appellent Sabrina, Iris la sorcière, Fanchon, Dee ou Wynne, Bink ne sait tout simplement pas les gérer. Quand elles ne sont pas réellement moches (comme Fanchon, mais pourtant terriblement intelligente), elles sont soit très belles… soit elles usent de leurs dons d’illusion. Comment déterminer le vrai du faux ? Et si finalement, la beauté était un critère secondaire ? Car ces donzelles, il faut les supporter. Elles n’ont pas leur langue dans leur poche, sont caractérielles ou quelques fois très bêtes. Les femmes, pour Bink, sont une grande énigme. Bilan ? Elles lui donnent du fil à retordre et le voir si embarrassé et empêtré est relativement… comique !

Après, bien sûr, vous avez des hommes. Et des méchants.

Du genre, Trent, le mauvais magicien. Des pouvoirs maléfiques, une envie de conquête, et puis un bannissement. Quitter Xanth, c’est considéré les gens comme morts… quoique. Il a l’air bien vivant, et terriblement… méchant.

Par la suite, il y a les magiques.

Nous y croisons un couple de centaures, Chester & Chérie. A sang chaud ou exquis bonbon, ces deux-là ne sont pas prêts de passer inaperçus. Au même titre que le Château Roogna qui a bien l’air de mener sa vie tout seul. Evidemment, on y croisera une foultitude d’êtres comme vous les aimez : des basiliques, des dragons, des harpies, des licornes, des mandragores et la non moins attachante Manticore du château du bon magicien Humpfrey.

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)°º•.  D’un conte

Un roman. Une aventure à chaque chapitre : beaucoup de rencontres. On leur dit bonjour, on leur fait la bise et on repart… dommage ? Le rythme est plaisant, on rentre facilement dans le livre.

Ce qui caractérise vraiment ce livre est le côté fendard. Il reste léger… et c’est d’autant plus appréciable : on goûte les chapitres et on les aime. Selon les situations, l’humour est plus ou moins présent : un dosage savant. Est étroitement lié à l’humour, le jeu de Piers ANTHONY avec ses personnages : ils sont bancals, attachants, un peu vicieux et rigolards, ce qui rajoute une sacrée dose d’épices dans cette histoire.

Enfin, et non des moindres, l’histoire est truffée de calembours, des jeux de mots, des mots valises et d’autres, inventés. Et croyez-moi, la traductrice a tenu la route !

Ils sont quelques fois faciles, d’autres fois tirés par les cheveux, mais les jeux de mots m’ont ravie. C’est simple, je me suis largement bidonnée. Nous pouvons trouver entre autres : lézarve, mite-railleuse, raizinzin, le bibinier, le cresthon, le lassaule-pleureur et d’autres phrases du genre « Rien Nasser de courir », « Tel qui rit vendredi, dimanche pleure Râ », « très sphinx nitouche ». Mon préféré reste le « cyprès detoimondieu ».

Et à tous ceux et celles qui se permettraient des rapprochements du genre… ça ressemble à du Terry Pratchett ou à du Catherine Dufour, je dirai « que nenni ». Lisez et vous comprendrez 🙂

Vous l’aurez compris : une histoire fraiche, légère, humoristique et … magique. Que du bon !

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)°º•. Alors

Piers ANTHONY est un écrivain américain, né en 1934. Ses œuvres les plus connues restent (les livres magiques de) Xanth.

Malheureusement pour nous, pauvres francophones ;  A l’heure actuelle, seuls… NEUF tomes d’origine sur trente six existants ont été traduits et publiés en français (37e en cours d’écriture). La première édition appartient aux Presses Pocket, sous le nom de «les livres magiques de Xanth ». Milady, en 2009, s’applique à les rééditer au format poche. De disponibles :
Lunes pour Caméléon, tome 1
La source de magie, tome 2
Château-Roogna, tome 3
L’(A)ile du centaure, tome 4
– Amours, délices et ogres, tome 5
– Cavale dans la nuit, tome 6
– Dragon sur piédestale, tome 7
– La tapisserie des gobelins, tome 8
– Un golem dans le potage, tome 9

A ce jour, les vingt-trois autres restent disponibles en anglais.

A noter que le cycle a été adapté en jeu vidéo pour PC sous le titre Companions of Xanth, sous Legend Entertainment en 1993.

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La lecture de ce livre s’est réalisée dans le cadre du Cercle d’Atuan : Arutha, Iani, Olya, Ryuuchan, Spocky, Tigger Lilly, Tortoise.
Chez Biblioblog, retrouvez l’avis de Coeur de Chêne
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DESPLECHIN Marie – Verte

08/10/2009 10 commentaires

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Titre : Verte
Auteur : Marie Desplechin
Plaisir de lecture : Livre à découvrir

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Ursule est une sorcière. Mais une moderne, pas de celles qui portent des chapeaux pointus et voyagent en balai. Non, Ursule est une sorcière moderne et maman. Elle entend bien que sa fille Verte aura un grand destin, celui de devenir elle-même une sorcière. Cependant, son rejeton ne voit pas sa vie du même œil. Ulcérée, Ursule envoie sa fille Verte chez sa propre mère, Anastabotte pour la remettre dans le droit chemin. Mais que peut devenir une jeune fille qui ne pense qu’aux garçons et souhaite, ô cauchemar ultime, un superbe mariage ?

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)°º•. Verte a commencé sa vie avec cet incroyable prénom. Sa mère, Ursule et Sorcière de profession a ensorcelée l’employé de l’état civil pour que le papa n’appelle pas sa fille « Rose ». Parce que ce n’est pas un prénom pour Sorcière. Pourquoi pas Marron-CacaBoudin, aussi ? Puis Verte a continué son bonhomme de chemin, jusqu’au jour de ses onze ans. Elle venait d’entrer dans l’âge critique où les pouvoirs d’une future sorcière apparaissent. Cependant, Verte ne fait que penser aux garçons, et même pire : à vouloir se marier et à fonder une famille. Elle devient alors la cause des ennuis de cette pauvre Ursule qui s’en arrache les cheveux. Cette dernière envoie Verte chez sa propre mère, Anastabotte, dans l’espoir secret qu’elle saura la remettre dans le droit chemin.
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Le premier mercredi après-midi entre petite-fille et grand-mère commence… Avec horreur, Verte découvre l’atelier de sa grand-mère et assiste à la première réalisation magique et joyeuse d’Anastabotte ; Cependant à l’heure du goûter, arrive Soufi, l’intrigant garçon que Verte dévore des yeux…

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)°º•. Nous voici donc en compagnie de Verte. Petite fille ordinaire de son état, elle manque légèrement de respect envers sa grand-mère et mère. Elle ne voit pas pourquoi elle devrait porter ce trop lourd héritage sans qu’on lui demande son avis. Au cours de ces quelques pages, nous assisterons à ses quelques (més)aventures.
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Sa mère, Ursule est très très légèrement agressive. Elle passe son temps à la préparation de mixtures pour tuer le chien des voisins… et les voisins eux-mêmes si elle les entend trop râler. Elle a abandonné son mari voici quelques années dans l’unique but de se consacrer à son temps plein de sorcière. Elle en vient à se désespérer de la grâce qui ne se décide pas à toucher sa fille… qui est forcément, vouée à être une très grande sorcière, cela va de soi.
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Quant à sa grand-mère Anastabotte, elle n’est pas reste. Déchirée entre fille et petite-fille, elle base sa vie sur l’optimisme – et les formules magiques- et espère bien pouvoir satisfaire les deux parties. Bonne et très attachante, son personnage m’a ravi !

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)°º•. Ce roman à quatre voix permet à chaque narrateur de développer son point de vue face à l’histoire… et de ne pas se gêner pour critiquer autrui; ce qui fait du livre, son très grand point fort. Le roman commence très fort avec les propos peu tendres d’une Ursule indépendante au caractère de cochon. J’avoue que l’humour, plus que cynique est un peu particulier aux premiers abords : les critiques fusent et ne sont pas forcément empreints d’un très grand amour envers son prochain. Cependant, l’histoire demeure fraiche et drôle.
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Au travers des yeux des protagonistes, le livre traite avec légèreté des problèmes intergénérationnels, du passage de l’enfance à l’adolescence avec la construction de la personne, et bien évidemment des premiers amours ! Un livre plein de sentiments à mettre entre toutes les mains…

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 )°º•. Biographie
Marie Desplechin une auteure française qui écrit des romans et nouvelles pour jeunes et adultes. Ces derniers rencontrent succès et récompenses. Elle est impliquée au niveau de la littérature (éditions L’Olivier, éditions L’Estuaire, projets collectifs) et est également membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de la non-violence

Récompenses du livre « Verte »
•  Prix du Livre le plus drôle de l’année décerné par la ville de Beaugency en 1997,
• Prix Tam-Tam/J’aime lire décerné par le Salon de Montreuil en 1997,
•  Prix Graines de Lecteurs décerné par la ville de Billière en 1998,
• Prix des 1000 Jeunes Lecteurs en 1998.
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Sa lecture est conseillée à partir de 9 ans et a été choisie par le ministère de l’éducation nationale pour son étude en classes. Il existe par ailleurs une suite, dont le livre porte le titre de « Pome ». Le roman a été adapté en dessin animé (que Marie Desplechin n’aime pas beaucoup).

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)°º•. Des extraits…

Les sorcières ne peuvent passer leur pouvoir qu’à l’aînée de leurs filles. Voilà pourquoi la plupart d’entre nous se contentent de donner le jour à une seule gamine. C’est bien assez de souci. Franchement, quand on n’aime pas beaucoup les enfants, pourquoi s’encombrer de toute une tripotée de braillards sans le moindre avenir dans la profession ?

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Sorcières : je n’aime pas le mot. Il sent le château fort et le bûcher, le bonnet pointu et le manche à balai, j’en passe et des meilleures. Tout un folklore désuet qui date du Moyen-âge.
Moi, de ma vie, je n’ai jamais porté de chapeau, et encore moins de chapeau pointu. Pointu pour pointu, je préfère les escarpins à très hauts talons. Quant au balai volant, laissez-moi rire. Quand je veux voler, je prends l’avion comme tout le monde.

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_ Qu’est ce que c’est que CA ? A-t-elle fini par demander d’un ton accusateur en tendant le doigt vers un mur.
_ Eh bien, ce sont de petites chauves-souris. On les ouvre en deux et on les met à sécher pour les conserver. N’est-ce pas mignon, ces bestioles éventrées ? On dirait de petits manteaux taillés pour des gnomes.
_ Et ces trucs, là-bas, dans les bocaux posés sur l’étagère ?
_ Hum, ce sont des mandragores dans du formol.
_ Mais c’est dégueulasse, on dirait de monstrueux petits hommes avec des racines.
J’ai toussoté, un peu gênée.

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_ Si tu veux, je peux t’apprendre quelques tours. Pour commencer, je peux t’enseigner celui de l’ombre bleue. A moins que tu n’aies une meilleure idée.
_ Justement, j’ai une idée. Voilà ce que je voulais te demander…
_ Pas question de revenir dans le passé, ni d’autres blagues de ce type. Nous sommes des sorcières, pas des écrivains de science-fiction. D’accord ?

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Mary Book et Petite Noisette l’ont également aimé.

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GAIMAN Neil – Neverwhere

25/09/2009 28 commentaires

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Titre
: Neverwhere
Auteur : Neil Gaiman
Plaisir de lecture Livre avec entrée au Panthéon

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Le visage crasseux s’adoucit.
_ Tiens, mon pauvre, dit-elle en fourrant une pièce de cinquante pence au creux de la main de Richard. Alors, ça fait combien de temps que t’es à la rue ?
_ Je ne suis pas à la rue, répondit Richard avec embarras en s’efforçant de restituer la pièce à la vieille. Je vous en prie – reprenez votre argent. Je vais très bien. Je suis simplement sorti prendre l’air. Je pars demain pour Londres, expliqua-t-il.
Elle lui jeta un coup d’œil soupçonneux, avant de récupérer ses cinquante pence qu’elle fit disparaître sous les strates de manteaux et de châles qui l’emmitouflaient.
_ J’y ai été, à Londres, lui confia-t-elle. Et j’m’y suis mariée, à Londres. Mais c’était un sale type. Ma m’man m’avait prévenue, de pas me marier à l’extérieur. Mais j’étais jeune et j’étais belle, on le dirait pas maintenant, et j’ai écouté que mon cœur.
_ Je n’en doute pas, répondit Richard, gêné.
La certitude qu’il allait vomir commençait peu à peu à s’estomper.
_ Ca m’a fait une belle jambe. J’y ai été, à la rue. Alors, je sais comment c’est, poursuivit la vieille. C’est pour ça que j’ai cru que z’étiez. Et z’allez faire quoi, à Londres ?
_ J’ai trouvé du travail, lui répondit-il fièrement.
_ Dans quoi ?
_ Euh, les placements financiers…
_ J’étais danseuse, fit la vieille.
Et elle se déplaça en titubant sur le trottoir, tout en se fredonnant une mélodie indistincte. Puis elle se mit à tanguer d’un bord sur l’autre comme une toupie en fin de course, avant de s’immobiliser face à Richard.
_ Donnez vot’main, lui ordonna-t-elle. J’vais vous dire la bonne aventure.
Il fit ce qu’on lui demandait. Elle posa la main du jeune homme dans sa vieille paume et la serra fermement, avant de cligner plusieurs fois des yeux, tel un hibou qui vient de gober une souris et ressent les premières atteintes de l’indigestion.
_ Z’avez un long chemin à faire, dit-elle, surprise.
_ Jusqu’à Londres.
_ Non, pas seulement. (La vieille observa un silence.) Pas un Londres que je connais, en tout cas.
A ce moment, la pluie se mit à tomber doucement.
_ Pardon, dit-elle. Ca commence par des portes.
_ Des portes ?
Elle hocha la tête. La pluie redoubla, tambourinant sur les toits et l’asphalte de la rue.
_ J’me méfierais des portes, à vot’ place.

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Voilà, c’est ce passage qui m’a charmé. Je crois que je l’aurai trouvé sur le net, je n’aurai même pas lu le quatrième de couverture.
Une rencontre qui n’avait pas lieu d’être, deux mondes différents, une rencontre hors limite du temps, « intemporelle ». Mais exactement, le ton et l’ambiance du livre: magique !

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)°º•. Richard Mayhew est un homme heureux. Enfin, presque. Coincé entre les visites de musées, Jessica et ses trolls, il est persuadé de l’être. Il ne semble pas éprouver de difficultés à vivre un quotidien qui ne lui ressemble pas. Convaincu d’avoir une vie à chérir, il s’enfonce dans des habitudes qui ne sont pas les siennes, empruntées.
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Un soir, sur le chemin d’un restaurant, Richard et Jessica tombent sur une femme ensanglantée. L’une la traite d’alcool et veut poursuivre son chemin, l’autre ne décolle pas ses yeux. Il faut la sauver, elle est sacrément amochée. Richard se trouve alors en compagnie d’une demoiselle fragile à soigner, en l’absence d’une compagne vexée et furieuse. La demoiselle repêchée dort d’un sommeil profond quand deux inconnus Messieurs Croup & Vandemar sonnent à sa porte.
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Tout s’enchaine : il leur ouvre mais, les yeux écarquillés, il ne voit plus la demoiselle endormie. Quelques minutes plus tard, il constate qu’elle parle aux animaux. Une fois sur pied, elle se volatilise.
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Abasourdi et se sentant complètement à côté de ses pompes, il tente de reprendre sa vie. Sauf qu’… il est devenu invisible au monde. A son monde… Et le voilà projeté dans un Londres d’En-Bas avec ses rencontres, ses vices, ses ruelles labyrinthiques et ses faits magiques complètement irréalistes. Bienvenue à London Underground !

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)°º•.  Parlons tout d’abord des personnages. Ils sont sinistres, horripilants, magouilleurs, roublards, dandy, fragiles, frêles, discrets, sombres et énergiques. Et pourtant, difficile d’en croire à des archétypes. Ils sont tous hauts en couleurs, on les imagine très bien grâce au style de Gaiman qui favorise cette « réalité » visuelle qui nous vient en lisant le livre. Qu’il soit Marquis de Carabas, Old Bailey, Chasseur, Porte, Vandemar, Croup ou encore Islington, on s’y attache énormément ou moins, selon leurs traits de caractères… particuliers. J’avoue avoir une préférence pour la jeune demoiselle Porte ainsi que pour Lamia Velours… sans aucun doute, c’est leur portrait qui m’a séduit : l’un avec une certaine fragilité, des vêtements en superposition, un côté très « petit peuple », de l’autre, les yeux mangeant le visage, le côté doux, le gris, le violet et sa douceur. Mais attention, les personnages ne sont pas ce qu’ils prétendent être !
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Les objectifs des personnages restent difficilement cernables lors des premiers chapitre, mais au moins, on commence à parcourir le « nouveau » monde. Pour moi, et non des moindres, le mystère qui règne autour du marché flottant et de son prochain établissement géographique reste un de plus grands moments de plaisir… et de questionnement. Une fois, juste une fois, j’aurai aimé y mettre les pieds.
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Finalement, l’En-Bas de Londres est mis en devant de scène. C’est une sorte de reflet de Londres. La géographie des lieux est époustouflante et les ambiances sombres et marginales nous séduisent ! J’aime cette invitation au voyage, les trouvailles brillantes de Gaiman qui nous donnent tant envie. La crédibilité prend tout son sens quand on se dit que finalement, ce Londres-ci est la porte d’à côté. On se délecte d’un monde que l’on découvre… et dont on a toujours eu envie qu’il existe !
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Les détails pour les sentiments, les réactions et même les décors donnent un aspect « cohérent » à l’histoire : « botte au bout carré » « poche revolver d’un immense manteau noir de dandy, ni réellement redingote, ni vraiment trench-coat ». Parallèlement, l’absurdité est aussi omniprésente : que ce soit la femme sur le trottoir venue de nulle part, la demoiselle qui parle aux animaux, son volatilisation lors de la visite des messieurs Croup & Vandemar, son nom « Porte », surfer au-dessus de Londres, acheter des cauchemars frais, vendre une formule magique pour consulter la carte des métros… bref, Richard en prend plein les mirettes : et nous aussi.
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Le style de Gaiman est vivifiant et prenant. Que ce soit les passages en italiques pour les flash-back très proches et les pensées des gens ou pour l’utilisation de l’humour cynique, ce livre se pose là. De l’urban fantasy comme on l’aime. Un livre fantastique qu’on ne peut lâcher… et qui je pense, on n’oublie pas !

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Humour cynique, ambiances sombres, Londres marginal. Voici le cocktail explosif que nous propose Gaiman. Un univers qu’on rêve tous d’en fouler le sol, qui se trouve à la porte d’à côté. Mystère, labyrinthes et incroyables rencontres attendent de pied ferme notre personnage Richard Mayhew… et les lecteurs. Les personnages hauts en couleurs valent le détour, le Londres peint est subtil et donne envie. Une histoire fantastique à lire de toute urgence.

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)°º•.  Gaiman, Neil de son petit prénom n’est plus à connaitre, tout le monde a déjà entendu parler de lui – du moins, j’ose espérer –. C’est un auteur britannique vivant aux USA et qui a fait son petit trou dans les rideaux du devant de la scène de la littérature fantastique (reprenons notre souffle). Comics, romans et nouvelles, Neil Gaiman a plus d’un tour dans son sac.
Son site/blog, son twitter.

Pour MON exemplaire (lorsque ce livre était encore en rupture de stock), je ne remercierai jamais assez Vert

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)°º•. Extraits

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On ne fait pas une omelette sans tuer quelques personnes.

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L’eau du récipient chauffait à gros bouillons. Richard contempla l’eau qui s’agitait et l’épaisse vapeur qui montait, se demandant ce qu’ils allaient en faire. Son imagination lui fournit une foule de réponses, dont la plupart lui auraient infligé une douleur inconcevable, et dont aucune ne se révéla correcte.
On versa l’eau bouillante dans un pot, auquel le frère Fuligineux ajouta trois cuillerées de feuilles séchées et broyées. Le liquide qui en résultat fut versé directement du pot dans trois tasses de porcelaine, à travers une passoire. L’abbé leva sa tête d’aveugle, huma l’atmosphère et sourit :
_ La première partie de l’Epreuve de la Clé, dit-il, est une bonne petite tasse de thé. Vous prenez du sucre ?
_ Non, merci, répondit Richard, sur ses gardes.
Le frère Fuligineux ajouta un peu de lait dans le thé et passa une tasse et une soucoupe à Richard.
_ Il est empoisonné ? S’enquit celui-ci.
L’abbé parut presque choqué.
_ Grand Dieu, non.
Richard but le thé, qui avait grosso modo le goût habituel du thé.
_ Mais ça fait vraiment partie de l’épreuve ?
Le frère Fuligineux prit la main de l’abbé et y plaça une tasse de thé.
_ C’est une façon de parler, dit l’abbé. Nous aimons toujours offrir une tasse de thé aux candidats, avant de commencer. Cela fait partie de l’épreuve pour nous. Pas pour vous. (Il bu un peu de son propre thé, et un sourire béat se répandit sur son antique visage.) Un thé plutôt savoureux, tout bien considéré.
Richard posa sa tasse, quasiment intacte.
_ Alors, demanda-t-il, verriez-vous un inconvénient à ce que nous passions tout de suite à l’épreuve ?

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Tout le monde achetait. Tout le monde vendait. Richard écouta les cris du marché en commençant à déambuler dans la foule.
_ Ils sont beaux, ils sont frais, mes rêves. Cauchemars, cauchemars, première qualité ! Venez acheter mes beaux cauchemars.
_ Aux armes ! Armez-vous ! Défendez votre cave, votre caverne ou votre terrier ! Vous voulez leur taper dessus ? On a ce qu’il faut. Allez, ma belle, approchez, venez par ici…
_ Cochonneries ! Beugla une vieille obèse dans l’oreille de Richard quand il passa devant son étal malodorant. Détritus ! poursuivit-elle. Ordures ! Déchets ! Fange ! Immondices ! Servez-vous ! Tout est cassé et abîmé ! Saloperies, saletés et vieux tas de merde. Allez, allez, faites-vous plaisir.
Un homme en armure battait un petit tambour, chantait en même temps :
_ Objets perdus ! Approchez, approchez ! Voyez vous-mêmes. Objets perdus. Rien de trouvé ici, tout est garanti perdu.

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Un vieux téléphone reposait dans un coin de la pièce. Un vieux téléphone en deux éléments, inutilisé par l’hôpital depuis les années vingt, en bois et Bakélite. M. Croup saisit le combiné par lequel se terminait un long cordon gainé de tissu et parla dans le microphone fixé sur la base.
_ Croup et Vandemar, annonça-t-il d’une voix suave, Maison de Tradition. Obstacles oblitérés, nuisances éradiquées, amputation des membres gênants et dentisterie à l’ancienne.

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Le blog d’Yspaddaden, Les chroniques d’Isil, Les lectures de Xapur, LupaMon coin lecture (Karine), Nevertwhere, Tortoise’s Times Tree ont aussi a-do-ré.

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ROTHFUSS Patrick – Chronique du tueur de roi ~ Le nom du vent, tome 1

17/09/2009 52 commentaires

P.

Titre : Le nom du vent (Chronique du tueur de roi, première journée)
Auteur : Patrick Rothfuss
Plaisir de lecture : coeur notationLivre avec entrée au Panthéon
Lire les premières pages
Tome 2

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L’histoire commence à la « Pierre Levée ». Cette auberge appartient à un très discret Kote. Ce lieu, comme beaucoup d’autres, possède tous les atours d’un cadre où naissent les légendes. Par la suite, elles sont modifiées puis embellies. Mais si finalement, le héros qui connait ses balbutiements du bout des lèvres des habitués de l’endroit, n’était autre que le tavernier lui-même? Kote n’est pas ce qu’il prétend être même si la flamme au fond des ses yeux, s’est éteinte. Serait-il « un grand magicien, un voleur accompli, un musicien professionnel et également un infâme assassin » ?

Chroniqueur, scribe de métier s’est arrêté à la Pierre Levée. Sans aucun doute, il reconnait en ce Cheveux Roux Feu, un illustre héros dont le monde connait ses légendes. Derrière l’œil vitreux de Kote, il y découvre l’Homme.

Un pacte est scellé. Contre la volonté de Chroniqueur d’écrire sa biographie en un jour, Kote force l’ultimatum. Trois jours ou rien.

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)°º•. Et de ses premiers mots, Kvothe nous apparait. Nous le suivons dès ses premiers pas où il voyage avec la troupe des Edema Ruh (comédiens itinérants de la Cour). Ces artistes sont des amoureux des mots, pas des arracheurs de dents et ramasseurs de petites monnaies. C’est de vert et de gris, qu’ils voyagent sous la bannière du seigneur GreyFallow pour jouer leurs arts.
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Kvothe raconte alors sa vie. La vraie, pas celle des légendes.  Pas de lyrisme, pas d’emphases épiques et autres figures de style. Kvothe nous emmène dans son récit sans fioriture. Nous partageons ses premiers instants à l’enfance, puis à l’adolescence et observons les évolutions de cet homme. On suit ce croquant dans son quotidien, dans ses péripéties. Et s’ouvrent à nous, des pages d’aventures et d’émerveillements.

Ce roman est celui d’apprentissage. Les rebondissements sont nombreux, nous n’assistons pas à du « fantasy moyen ». La richesse de cette chronique est de connaitre ce qui fait l’homme: la rudesse, les souvenirs, les coups, les émotions.

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Malgré ses dons et ses facilités, Kvothe se révèle être un être normal : il doit apprendre à se débrouiller dans la vie malgré les catastrophes et les drames. On le suit avec les caractéristiques qui font de Kvothe un personnage tellement vivant ! Emotions, faiblesses, qualités, schéma de réflexion, fonctionnement de vie. L’homme est humble, il conte et raconte sa vie: ses déboires et ses succès teintés. On le suit dans la ville de Tarbean où il apprend l’école de la vie. Puis, on marche dans ses menus pas pour récolter de l’argent. Il doit faire face à ses ennemis, aux adorateurs du Dieu Tehlu. Et puis, un rêve. Celui d’intégrer l’université de magie: l’Arcanicum. Plein de courage et d’audace, ce n’est pas l’entretien verbal qui lui causera le plus de soucis.
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On y découvrira que sa quête n’est pas celle d’un objet crucial mais bien celle de l’argent. Comme vous et moi, il a besoin de la monnaie céald pour vivre. Et les temps ne sont pas faciles pour un Kothe perdu et solitaire… Son obsession pour les Chandrians nous enverra sur des chemins torturés. Les nombreux revers de la fortune et du succès feront prendre à Kvothe le sens des réalités et le feront se questionner sur ses besoins profonds.
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Bien évidemment, au programme, nous aurons le droit à : l’humour, l’amour, la beauté, le courage, le désespoir, la violence, la musique, la beauté et la magie. Les rencontres forgeront Kvothe, vous y découvrirez…  « Skarpi le conteur, Abenthy l’arcaniste, Lorren le maitre archiviste et ses pairs; Kilvin artificier, Arwyl médecin, Elxa Dal sympathiste et Elodin, le maitre nommeur; celui qui connait le nom de toutes choses ; les sept mots qui rendent une femme amoureuse de vous, la magie du tonnerre et du feu, celle de Taborlin le grand ».

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Dans ce livre,il y a… des filles. Denna, une princesse en détresse, sauvageonne et indépendante. Auri, une offrante de rêves en bouteilles et de poussière de nuages en sel, la simplicité à l’état pur. Il y aussi la grande réchappée Fela qui n’a d’yeux que pour Kvothe. Il y a des hommes, des vrais. En passant de Kewel à Simmon, les amis fidèles. D’Ambrose jeune coq noble à Abenthy, l’érudit. Il y a bien entendu Kote, les Edema Ruh, ces artistes ambulants. Bast, l’apprenti de Kvothe et Chroniqueur, personnage du présent.
Et nous n’avons d’yeux que pour l’Arcanicum, la prestigieuse école de magie.
Et puis, il y a Kote, l’ombre de Kvothe. Et Kvothe, le héros de tous les temps.

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La simplicité des personnages avec leurs qualités et leurs défauts est appréciable. Nous n’avons aucun stéréotype et tous sont attachants. Nous sommes happés par ces personnages, par l’aventure, par le rythme. L’histoire sonne
juste car nous suivons le personnage de Kvothe jusqu’au bout : la tendresse, la joie mais aussi la pitié.

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)°º•. C’est court, c’est concis, c’est offert par Bragelonne :
Patrick Rothfuss vit dans le Wisconsin, où il enseigne à l’université. À ses heures perdues, il tient une chronique satirique dans un hebdomadaire, pratique la désobéissance civile et tâte de l’alchimie. Il aime les mots, rit souvent et refuse de danser. Le Nom du Vent est son premier roman.
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Bragelonne a fait de la publicité à coups, non pas de pelle, mais de bulldozer ?
Et bien, oui. Et il mérite tout le buzz que l’on fait autour de lui.
On le compare avec les maitres américains de la fantasy? Ok.
Mais sincèrement, Rothfuss qui s’avère un grand inconnu pour moi est une superbe surprise. C’est un doux poète dont le style mérite sa renommée. Ce premier roman mérite les éloges reçues.
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Et je vais vous dire pourquoi :

Le roman de Rothfuss nous propose une densité de l’imaginaire à couper le souffle. Sa très belle plume se révèle fluide et rapide. C’est la métaphore des poupées gigognes russes. Les émotions sont écrites avec une justesse confondante. L’univers est cohérent, il est fouillé et complet. Les concepts de sympathisme et d’arcanisme (respectivement, tours de passe-passe faciles et véritable magie) développés sont prodigieux. Ce livre permet de réconcilier avec « l’essence » de la fantasy, les liens sont puissants entre traditions et merveilleux.
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Le récit est captivant du début à la fin, cette histoire cuisinée aux petits oignons vous donne envie de lire, avec la bave en coin de bouche.
L’écriture est très vivante car elle n’est pas encombrée de longues descriptions; elle s’avère rehaussée par des dialogues tantôt enlevés, tantôt piquants, drôles ou intelligents.

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L’histoire développée à la première personne est un choix dangereux mais judicieux ici car ce mode colle parfaitement au récit et à l’ambiance voulue. Cette chronique peut sembler tour à tour familière et étrangère de par la proximité ressentie avec le personnage principal. Le récit de vie est entrecoupé d’interludes: ces moments du présent où nous revenons à la taverne pour que les personnages posent les questions… qui nous viennent à la bouche. Les formes d’organisation sociales sont harmonieuses et réalistes. Tout ceci donne un poids supplémentaire au roman de Rothfuss.

Nous sommes emportés dans un autre monde : l’écriture nous transporte, les émotions nous touchent. Cette initiation d’un héros se fait, sans orc, sans elfe et sans quête cruciale d’un objet magique. La pauvreté est un thème très peu développé dans les récits de fantasy:  la quête de l’argent se révèle pour Kvothe, cruciale, pour payer logis, nourriture et frais d’études.

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)°º•. J’ajouterai qu’il n’a rien à redire à la traduction de Colette Carrière et que les titres des chapitres ne révèlent rien… ils ne sont compréhensibles qu’après lecture dudit chapitre. Et ça, j’apprécie !
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Mais, le problème avec ce livre, c’est que même si la fin n’est pas brutale on reste quand même sur sa faim. On a la sensation de manque. Et on attend le prochain tome avec impatience. Pas de bol, parce qu’il n’est pas du tout prêt. Le premier jet manuscrit du tome 2 est tout juste terminé. La sortie du prochain tome ne sera pas avant automne 2010 (nous informe Pat du blog Fantasy Hotlist, qui a diné avec Patrick Rothfuss).
Ce dernier est certain de ce qui se joue avec ses Chroniques et peaufine son roman. Il explique même son retard ici. Alors imaginez, si la date de la VO n’est pas fixée, je vous laisse libre choix quant à fixer celle de la version française… Si vous attaquez ce premier tome, vous êtes prévenus : mordez-vous les doigts forts et jusqu’au sang pour attendre le tome 2 VF (sorti le 24 août 2012)

Et pour tous ceux qui s’apprêteraient à me parler de comparaison avec Harry Potter… Clic, bande d’ingrats.

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Et si c’était réellement LE roman fantasy de l’année ?

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Dans le chaudron :
¤ La peur du sage, tome 2

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Elemnium (Dehlya), Le Troquet du Nain (Cœur de Chêne) se sont aussi donnés rendez-vous à Shuden, le 35e du mois.
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Pics : #01 Couverture de Marc Simonetti, #02 Kvothe par GunnerRomantic.

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