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Archive for the ‘GAIMAN Neil’ Category

GAIMAN Neil – L’océan au bout du chemin

18 octobre 2016 31 commentaires

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Couverture de L ocean au bout du chemin de Neil GaimanTitre : L’océan au bout du chemin
Auteur : Neil Gaiman
Plaisir de lecture : etoile 2 Livre à regrets
Lire les premières pages
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À l’occasion d’un enterrement, un quadragénaire revient sur les terres de son enfance. La plongée dans ses souvenirs de 7 ans est immédiate et caractérisée par un événement marquant : l’arrivée de sa détestable gouvernante.

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J’aimais les mythes. Ce n’étaient ni des histoires pour adultes, ni des histoires pour enfants. Elles étaient mieux que ça. Elles étaient, simplement.

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Fan art pour l'ocean du bout du chemin de Neil GaimanCe conte fantastique s’avère pour adultes : Neil Gaiman montre ô combien l’émerveillement de l’enfance fait face au désenchantement du monde des adultes. Il évoque aussi les grandes peurs de la période de l’âge tendre – qui peuvent se muer en traumatismes – et la distorsion de la mémoire et des souvenirs. Le tout où réalité et fiction se mêlent, ici, près de la mare. Lire la suite…

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GAIMAN Neil – Stardust

30 avril 2013 51 commentaires

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Stardust Neil GaimanTitre : Stardust
Auteur : Neil GAIMAN
Plaisir de lectureetoile 3 Livre sympa peu s’en faut

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Il existe un petit muret dans la ville de Wall qui s’ouvre sur une prairie : un pays féérique. Le passage y est interdit sauf une fois tous les neuf ans, sur une foire des plus magiques. Dustan Thorn part y faire un tour et fricotter. Un bébé nait de son union : Tristran. Il grandit à Wall et tout amoureux, il fait une promesse absurde à sa Victoria : récupérer l’étoile qu’ils ont vu tomber. Mais il n’est pas le seul à être attiré par cet astre en perdition.

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)°º•. Si Tristran Thorn se révèle le personnage principal de cette histoire, les personnages dits « secondaires » ont tout aussi d’importance. On y retrouve certaines figures-personnalités assez classiques de la fantasy. Nous croisons bien évidemment le petit peuple : licorne, sorcières, fées, nain, pirates. J’ai particulièrement aimé les sept frères à la conquête du bijou pour régner sur Stormhold. .

Bien qu’ils soient tous aussi sympathiques les uns que les autres, ils n’ont pas tiré la corde de l’empathie chez moi. Il m’est agréable de suivre leurs aventures mais d’un œil lointain et non pas grâce à une proximité ressentie.

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Stardust)°º•. Ce livre est un conte de fée et il commence en bonne et due forme par « il était une fois ». Gaiman prend au pied de la lettre : en fantasy, tout est possible. L’histoire est poétique, remplie de magie. L’auteur suit un fil rouge : la quête de Tristran mais plusieurs bifurcations entrent en jeu. L’univers est campé malgré les divers sentiers empruntés. .

La visualisation est réelle : la lune mère, les arbres qui parlent, les différentes peuplades. La géographie des lieux est également bien réussie ; je pense notamment au nom des monts. Les références sont nombreuses et j’avoue que sans les notes, je n’aurai absolument pas percutées de moi-même car il s’agit avant tout de la culture britannique. La trame de l’histoire est assez originale dans le désir de récupérer une étoile tombée personnifiée. La conclusion s’avère pourtant douce-amère. .

Je ne me suis pas réellement ennuyée, ni même l’ai trouvé inintéressant mais j’ai eu du mal à adhérer au roman. A mes yeux, il manque une deuxième vitesse à ce véhicule, une carence en matière de punch. Ceci dit, ce livre plaira à un public plus jeune (celui qu’il vise) et devrait même s’apprécier en lecture à voix haute. .

De l’adaptation cinématographique de Matthew Vaughn, je n’en avais que des souvenirs diffus – et la mémorable scène avec De Niro – mais de sentiment général assez agréable. Je l’ai donc revisualisée pour en conclure que je l’ai trouvée plus réussie que le livre, mea culpa.  Sans aucun doute car il y a plus d’actions que pour le format papier.

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« Stardust » s’avère un livre jeunesse parfait pour que le jeune public fasse ses premiers pas en fantasy ; l’histoire est bien ficelée et les émerveillera. Bien qu’il séduira aussi le public adulte, on peut se faire piéger par une certaine lenteur et les personnages bien que sympathiques n’arriveront pas à décrocher notre cœur de manière irrémédiable.

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Dans le chaudron :

Odd et les géants de glace
CoralineNeverwhere : qui n’est pas un livre jeunesse mais mon coup de cœur Gaiman
Peter pan de J.M. BarrieLe secret du quai 13 d’Eva Ibbotson

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Souvenir de lecture : oui, oui. Dans mon livre, il s’appelle bien Tristran et non Tristan.

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Defi valeriacr0Challenge Jeunesse YACe livre était le choix d’avril pour le Valériacr0. Valériane l’avait choisi car la féérie est sympa quand il fait froid, car il y a des fées dans le dedans et parce qu’elle voulait aussi avoir mon avis sur ce livre qu’elle avait déjà lu. Il figure aussi à ma liste du challenge jeunesse – young adult.

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Book en stock (Dup), Bulle de livre (Snow), Chaplum, Clair obscur (Endea), Le boudoir de Méloë, Les lectures de Cachou, Lilyn Kirjahylly (Miss Spooky Muffin), Lis tes ratures (Lyra Sullyvan), Livr0ns-n0us, Mes lectures de l’imaginaire (Olya), Mon coin lecture (Karine), Parchments of Sha’ (Shaya), Petites madeleines (Faelys), Sous le feuillage (Lael) ont aussi rencontré Yvaine.

CITRIQ

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Pic : Warmp-up par Aerion-the-Faithful. .

Rond de Sorcière #16

4 décembre 2011 14 commentaires

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Le Rond de Sorcière est une nouvelle forme d’avis sur mes lectures : mensuellement, je vous ferai découvrir toutes les livres lus. Je me suis rendue compte qu’il m’était impossible de tout chroniquer et j’avais une frustration certaine de ne pas vous parler des petits trésors que je découvre. Un Rond de Sorcière, c’est une sorte de compromis entre ma bonne conscience livresque et moi.

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Hop, le mois d’octobre 2011, oui, vous avez bien lu octobre. J’ai juste un peu de retard. En même temps, vaut mieux lire qu’écrire ? dixit la procrastinatrice en chef que je suis. Il y a du bon ce mois-ci, des livres qui auraient dû être bons, qu’on m’avait conseillés  et pour lesquels je suis restée à côté.  On notera le succès des choix de livres en bibliothèque qui m’étaient inconnus au bataillon (Le secret du quai 13 et Adieu Berlin)

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Science-Fiction, Fantasy & Fantastique
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Joueur_ 1 – Douglas COUPLAND
Plaisir de lecture Livre à découvrir
La Chronique complète est à lire ICI.
Coupland ne s’embarrasse pas des décors ni même d’explications ; il repose son histoire dans le vif de l’action, dans l’interaction de ses personnages.
Le but est de nous faire passer un bon moment et de poser le cerveau avec cette courte comédie dramatique. Même s’il manque un petit quelque chose, ce petit théâtre de fin du monde nous est sympathique.
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Odd et les géants de glace – Neil GAIMAN
Plaisir de lecture Livre sympa peu s’en faut
Ce livre est sorti dans le cadre du World Book Day en 2008 et vendu pour la somme symbolique de 1£. Ce court conte met en scène Odd, un jeune hétros qui va réussir toutes les épreuves initiatiques qu’on lui impose. Apprentissage, confiance en soi et la morale “à plusieurs nous sommes plus forts que seul” complètent le scénario parfait pour le jeune lectorat. Malgré un texte un poil incisif mais un récit rondement mené, les plus vieux s’ennuieront ; on a une légère impression de bâclage. Aussitôt lu, aussitôt oublié.
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Le secret du quai 13 – Eva IBBOTSON
Plaisir de lecture Livre à découvrir
Le seul détail qui vous fera irrémédiablement penser à la saga Harry Potter sont les scènes au quai de King’s Cross. Bien que la majorité de la trame se devine, c’est avec beaucoup de simplicité et de magie qu’Ibbotson nous emmène dans sa petite histoire. On ne peut que se prendre d’amitié avec ces personnages aux bras cassés qui vont devoir retrouver le prince. On fond également devant les faiseurs de brume, dont chacun aimerait en avoir un à la maison. Les méchants y sont très méchants, l’équipe est rigolote, quelques situations cocasses et des sentiments enflammés ponctuent le tout. On y retrouve plein de créatures féériques (et un peu moins féériques). Une lecture conseillée aux 9-12 ans.
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Mal-Morts – Jean Marc LIGNY
Plaisir de lecture Livre à découvrir
La chronique complète est à découvrir ICI.
L’empathie éprouvée pour notre héroïne Elodie est le sentiment central du lecteur. Comment ne pas être intrigué par ces fantômes, ces « mal-morts » ? L’atmosphère rendue par Ligny est bien rendue, l’utilisation du fantastique est judicieuse. L’écriture fluide et accessible entraine cependant l’histoire dans les clichés. L’horreur côtoie la guimauve et c’est à ce moment-là que j’ai un peu décroché du roman. Le départ était prometteur mais l’intrigue retombe comme un vieux soufflé.
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Le Trône de Fer (Le Trône de Fer, tome 1) – G.R.R. MARTIN
Plaisir de lecture Livre fantas… tique
La chronique complète est à lire ICI.
Cycle Le trône de fer.
Si vous n’êtes pas encore tentés par l’aventure pour lire cette saga, je ne peux plus rien pour vous. Je n’ai plus d’argument à vous proposer puisque je vous assure que la personnalité des personnages est finement travaillée, complexe et réfléchie ; on s’attache à quelques uns d’entre eux et qu’on prend plaisir à en détester d’autres. Puisque je vous soutiens que cette société médiévale est réaliste et que même si vous n’aimez pas le genre, vous ne pourrez qu’accrocher à cette série où les éléments de fantasy sont discrets. Puisque je vous affirme que l’histoire est prenante, malgré une traduction française peu appréciée, les rouages sont superbes et la narration selon le point de vue des personnages est originale. Non, sincèrement, je ne peux plus rien pour vous.

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Kalix, la loup-garou solitaire – Martin MILLAR
Plaisir de lecture Livre sympa peu s’en faut
Ce roman n’aura pas su me convaincre. Bien que l’auteur s’amuse d’un mythe, les ficelles sont trop visibles, surtout quand on connaît la structure de « Les petites fées de New York » ; il manque un peu d’humour aussi. Ses héroïnes sont toutes très belles et ont une place de premier choix. Malheureusement, je n’accroche pas assez aux personnages, aucun coup de cœur. La profondeur du récit est absente, la psychologie des personnages plutôt superficielle. Il n’y a pas assez de peps dans l’histoire bien qu’elle soit parfaitement construite. Je suis définitivement restée à côté du livre.
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Album SFFF
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Le petit bois du dimanche soir – Estelle BILLON-SPAGNOL & Xavier COLLETTE
Plaisir de lecture Livre fantas… tique
La chronique complète est à découvrir ICI.
Cet album au petit format est un voyage entre onirisme et réalité. Les illustrations pleines de couleurs servent un texte de toute sensibilité. Il va sans dire que l’histoire contée présente une bulle de positivisme, parfaite dans ce que je cherchais sans le savoir. A mettre entre toutes les mains.
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Roman
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Adieu Berlin – Waldtraut LEWIN
Plaisir de lecture Livre à découvrir
Le récit est très dynamique, bien dosé. Je m’en suis presque rongé les sangs pour savoir si le personnage principal allait s’en sortir. C’est un livre estampillé « jeunesse », mais il n’en a que l’appellation. Le fait que l’histoire se passe en 1940 ne pouvait également que me plaire. Bien que le roman ne soit pas aussi « fort » que certains livres que je qualifie de coups de cœur (assassins, croisades abracadabrantes et autres personnages fantasy), le simple fait que la période de seconde guerre mondiale ait existé (et donc que des gens ont réellement pu vivre ce que vit Rita) contrairement à une plausible période post apocalyptique (du type avec plein de zombies), suffit à donner du plomb à l’histoire. C’est le genre de livre où une fois terminé, on a juste envie de souffler et même juste de regarder le ciel bleu.

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Album
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La mélodie des tuyaux – Benjamin LACOMBE
Plaisir de lecture : Livre sympa peu s’en faut
No me siento feliiiiz
Ni me salen las palabraaas
Que siento por tiiii
Es algo tan especiaaaal ♬ ♪
Je n’ai pas lu de chronique sur cet album, je m’attendais à encore « plus », des chansons aux sonorités andalouses mais aussi quelque chose d’assez original… avec des tuyaux et autres objets de plomberie. Bien sûr, c’est un très bel album, davantage qu’un livre grâce au récit conté par Olivia de Ruiz. Mais je m’attendais à un univers musical plus fort qu’un simple environnement sonore et davantage de chansons. Il n’en reste pas moins que le trait de Lacombe est toujours un délice.

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GAIMAN Neil – Des choses fragiles

4 mai 2010 26 commentaires

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Des choses fragiles GaimanTitre : Des choses fragiles – Nouvelles et merveilles
Auteur : Neil GAIMAN
Plaisir de lecture : etoile 3 Livre sympa peu s’en faut

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Avec ce recueil de nouvelles et autres merveilles, Neil Gaiman met l’accent sur les idées. Ces petites choses fragiles, quelques fois minuscules, quelques fois tarabiscotées, peuvent être mises sur papier pour répondre généralement à une demande. Neil Gaiman a voulu leur donne un foyer intemporel au sein de cet ouvrage.

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)°º•. Ces 31 nouvelles et poèmes sont toutes aussi différents les uns que les autres. Ils ont été écrits dans un cadre limité car Neil Gaiman ne les invente que sur commande. Les thématiques généralement en sont précises et sont écrites en vue de figurer dans des revues, dans des anthologies, pour ses enfants ou pour des événements. C’est sans aucun doute la richesse de ce recueil car l’hétérogénéité est de mise et est une agréable surprise pour le lecteur.

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Le côté bordélique présenté par l’auteur est sympa : il organise ses nouvelles selon ses propres envies et il ne tient qu’à nous de lire ce livre comme il nous chante : il n’y a pas d’obligation de lire les nouvelles les unes à la suite des autres, mais est privilégiée la pioche. La lecture de cette mosaïque est facilitée par la présence d’une introduction rédigée par Neil Gaiman qui permet, en outre d’expliquer la genèse de chaque récit.

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Des choses fragiles 01Neil Gaiman propose ici plusieurs univers, merveilleux et horreur s’y côtoie. Il est quelque fois, difficile de s’introduire dans un monde si singulier. J’avoue que les nouvelles lugubres n’ont pas eu mes préférences et à l’inverse, certaines ont simplement retenu mon attention dont notamment ‘la présidence d’Octobre’, ‘l’heure de la fermeture’ et ‘le jour de l’arrivée des soucoupes’. La seule nouvelle qui est un véritable coup de cœur pour moi s’avère être ‘le cartographe’ qui se situe en réalité dans l’introduction ! L’intérêt de bouquin se trouvera pour moi, dans l’interview de l’auteur présentée en annexe. Le reste m’aura quelque peu ennuyée et j’ai déjà oublié certains récits. Pour le coup, avec ce livre, je reste sur ma faim.
De Gaiman, je sais apprécier ses romans, mais en tant que nouvelliste, je passe allègrement mon chemin. Au vu des gratifications littéraires reçues, il va s’en dire que je ne suis pas faite pour ce « genre ».
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Neil Gaiman se plait à être nouvelliste car cela lui permet d’offrir un support à certaines de ses idées. Il y a des thématiques qu’il ne souhaite pas aborder sous la forme de roman. Il indique qu’il préfère passer quelques heures, un week-end ou une semaine sur une thématique d’horreur pour une nouvelle plutôt que 18 à 24 mois pour un roman.
Notons par ailleurs que les nouvelles et autres récits ont reçu de belles récompenses :
– Prix Hugo de la meilleure nouvelle en 2004.
– Prix Locus de la meilleure nouvelle en 2003, 2004 et 2005 !

Mention spéciale à la couverture, qui vraiment, traduit fort bien le contenu…

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)°º•. Gaiman, Neil de son petit prénom n’est plus à connaitre, tout le monde a déjà entendu parler de lui – du moins, j’ose espérer –. C’est un auteur britannique vivant aux USA et qui a fait son petit trou dans les rideaux du devant de la scène de la littérature fantastique (reprenons notre souffle). Comics, romans et nouvelles, Neil Gaiman a plus d’un tour dans son sac.
Son site/blog, son twitter.

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Dans le chaudron :
¤ Coraline,
¤ De bons présages,
¤ Neverwhere.
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Au fil de mes lectures (La liseuse) et Raison & Sentiments (Matilda) en parlent aussi.
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CITRIQ

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GAIMAN Neil – Neverwhere

25 septembre 2009 35 commentaires

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Titre
: Neverwhere
Auteur : Neil GAIMAN
Plaisir de lecture Livre avec entrée au Panthéon

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Le visage crasseux s’adoucit.
_ Tiens, mon pauvre, dit-elle en fourrant une pièce de cinquante pence au creux de la main de Richard. Alors, ça fait combien de temps que t’es à la rue ?
_ Je ne suis pas à la rue, répondit Richard avec embarras en s’efforçant de restituer la pièce à la vieille. Je vous en prie – reprenez votre argent. Je vais très bien. Je suis simplement sorti prendre l’air. Je pars demain pour Londres, expliqua-t-il.
Elle lui jeta un coup d’œil soupçonneux, avant de récupérer ses cinquante pence qu’elle fit disparaître sous les strates de manteaux et de châles qui l’emmitouflaient.
_ J’y ai été, à Londres, lui confia-t-elle. Et j’m’y suis mariée, à Londres. Mais c’était un sale type. Ma m’man m’avait prévenue, de pas me marier à l’extérieur. Mais j’étais jeune et j’étais belle, on le dirait pas maintenant, et j’ai écouté que mon cœur.
_ Je n’en doute pas, répondit Richard, gêné.
La certitude qu’il allait vomir commençait peu à peu à s’estomper.
_ Ca m’a fait une belle jambe. J’y ai été, à la rue. Alors, je sais comment c’est, poursuivit la vieille. C’est pour ça que j’ai cru que z’étiez. Et z’allez faire quoi, à Londres ?
_ J’ai trouvé du travail, lui répondit-il fièrement.
_ Dans quoi ?
_ Euh, les placements financiers…
_ J’étais danseuse, fit la vieille.
Et elle se déplaça en titubant sur le trottoir, tout en se fredonnant une mélodie indistincte. Puis elle se mit à tanguer d’un bord sur l’autre comme une toupie en fin de course, avant de s’immobiliser face à Richard.
_ Donnez vot’main, lui ordonna-t-elle. J’vais vous dire la bonne aventure.
Il fit ce qu’on lui demandait. Elle posa la main du jeune homme dans sa vieille paume et la serra fermement, avant de cligner plusieurs fois des yeux, tel un hibou qui vient de gober une souris et ressent les premières atteintes de l’indigestion.
_ Z’avez un long chemin à faire, dit-elle, surprise.
_ Jusqu’à Londres.
_ Non, pas seulement. (La vieille observa un silence.) Pas un Londres que je connais, en tout cas.
A ce moment, la pluie se mit à tomber doucement.
_ Pardon, dit-elle. Ca commence par des portes.
_ Des portes ?
Elle hocha la tête. La pluie redoubla, tambourinant sur les toits et l’asphalte de la rue.
_ J’me méfierais des portes, à vot’ place.

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Voilà, c’est ce passage qui m’a charmé. Je crois que je l’aurai trouvé sur le net, je n’aurai même pas lu le quatrième de couverture.
Une rencontre qui n’avait pas lieu d’être, deux mondes différents, une rencontre hors limite du temps, « intemporelle ». Mais exactement, le ton et l’ambiance du livre: magique !

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)°º•. Richard Mayhew est un homme heureux. Enfin, presque. Coincé entre les visites de musées, Jessica et ses trolls, il est persuadé de l’être. Il ne semble pas éprouver de difficultés à vivre un quotidien qui ne lui ressemble pas. Convaincu d’avoir une vie à chérir, il s’enfonce dans des habitudes qui ne sont pas les siennes, empruntées.
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Un soir, sur le chemin d’un restaurant, Richard et Jessica tombent sur une femme ensanglantée. L’une la traite d’alcool et veut poursuivre son chemin, l’autre ne décolle pas ses yeux. Il faut la sauver, elle est sacrément amochée. Richard se trouve alors en compagnie d’une demoiselle fragile à soigner, en l’absence d’une compagne vexée et furieuse. La demoiselle repêchée dort d’un sommeil profond quand deux inconnus Messieurs Croup & Vandemar sonnent à sa porte.
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Tout s’enchaine : il leur ouvre mais, les yeux écarquillés, il ne voit plus la demoiselle endormie. Quelques minutes plus tard, il constate qu’elle parle aux animaux. Une fois sur pied, elle se volatilise.
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Abasourdi et se sentant complètement à côté de ses pompes, il tente de reprendre sa vie. Sauf qu’… il est devenu invisible au monde. A son monde… Et le voilà projeté dans un Londres d’En-Bas avec ses rencontres, ses vices, ses ruelles labyrinthiques et ses faits magiques complètement irréalistes. Bienvenue à London Underground !

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)°º•.  Parlons tout d’abord des personnages. Ils sont sinistres, horripilants, magouilleurs, roublards, dandy, fragiles, frêles, discrets, sombres et énergiques. Et pourtant, difficile d’en croire à des archétypes. Ils sont tous hauts en couleurs, on les imagine très bien grâce au style de Gaiman qui favorise cette « réalité » visuelle qui nous vient en lisant le livre. Qu’il soit Marquis de Carabas, Old Bailey, Chasseur, Porte, Vandemar, Croup ou encore Islington, on s’y attache énormément ou moins, selon leurs traits de caractères… particuliers. J’avoue avoir une préférence pour la jeune demoiselle Porte ainsi que pour Lamia Velours… sans aucun doute, c’est leur portrait qui m’a séduit : l’un avec une certaine fragilité, des vêtements en superposition, un côté très « petit peuple », de l’autre, les yeux mangeant le visage, le côté doux, le gris, le violet et sa douceur. Mais attention, les personnages ne sont pas ce qu’ils prétendent être !
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Les objectifs des personnages restent difficilement cernables lors des premiers chapitre, mais au moins, on commence à parcourir le « nouveau » monde. Pour moi, et non des moindres, le mystère qui règne autour du marché flottant et de son prochain établissement géographique reste un de plus grands moments de plaisir… et de questionnement. Une fois, juste une fois, j’aurai aimé y mettre les pieds.
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Finalement, l’En-Bas de Londres est mis en devant de scène. C’est une sorte de reflet de Londres. La géographie des lieux est époustouflante et les ambiances sombres et marginales nous séduisent ! J’aime cette invitation au voyage, les trouvailles brillantes de Gaiman qui nous donnent tant envie. La crédibilité prend tout son sens quand on se dit que finalement, ce Londres-ci est la porte d’à côté. On se délecte d’un monde que l’on découvre… et dont on a toujours eu envie qu’il existe !
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Les détails pour les sentiments, les réactions et même les décors donnent un aspect « cohérent » à l’histoire : « botte au bout carré » « poche revolver d’un immense manteau noir de dandy, ni réellement redingote, ni vraiment trench-coat ». Parallèlement, l’absurdité est aussi omniprésente : que ce soit la femme sur le trottoir venue de nulle part, la demoiselle qui parle aux animaux, son volatilisation lors de la visite des messieurs Croup & Vandemar, son nom « Porte », surfer au-dessus de Londres, acheter des cauchemars frais, vendre une formule magique pour consulter la carte des métros… bref, Richard en prend plein les mirettes : et nous aussi.
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Le style de Gaiman est vivifiant et prenant. Que ce soit les passages en italiques pour les flash-back très proches et les pensées des gens ou pour l’utilisation de l’humour cynique, ce livre se pose là. De l’urban fantasy comme on l’aime. Un livre fantastique qu’on ne peut lâcher… et qui je pense, on n’oublie pas !

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Humour cynique, ambiances sombres, Londres marginal. Voici le cocktail explosif que nous propose Gaiman. Un univers qu’on rêve tous d’en fouler le sol, qui se trouve à la porte d’à côté. Mystère, labyrinthes et incroyables rencontres attendent de pied ferme notre personnage Richard Mayhew… et les lecteurs. Les personnages hauts en couleurs valent le détour, le Londres peint est subtil et donne envie. Une histoire fantastique à lire de toute urgence.

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)°º•.  Gaiman, Neil de son petit prénom n’est plus à connaitre, tout le monde a déjà entendu parler de lui – du moins, j’ose espérer –. C’est un auteur britannique vivant aux USA et qui a fait son petit trou dans les rideaux du devant de la scène de la littérature fantastique (reprenons notre souffle). Comics, romans et nouvelles, Neil Gaiman a plus d’un tour dans son sac.
Son site/blog, son twitter.

Pour MON exemplaire (lorsque ce livre était encore en rupture de stock), je ne remercierai jamais assez Vert

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)°º•. Extraits

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On ne fait pas une omelette sans tuer quelques personnes.

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L’eau du récipient chauffait à gros bouillons. Richard contempla l’eau qui s’agitait et l’épaisse vapeur qui montait, se demandant ce qu’ils allaient en faire. Son imagination lui fournit une foule de réponses, dont la plupart lui auraient infligé une douleur inconcevable, et dont aucune ne se révéla correcte.
On versa l’eau bouillante dans un pot, auquel le frère Fuligineux ajouta trois cuillerées de feuilles séchées et broyées. Le liquide qui en résultat fut versé directement du pot dans trois tasses de porcelaine, à travers une passoire. L’abbé leva sa tête d’aveugle, huma l’atmosphère et sourit :
_ La première partie de l’Epreuve de la Clé, dit-il, est une bonne petite tasse de thé. Vous prenez du sucre ?
_ Non, merci, répondit Richard, sur ses gardes.
Le frère Fuligineux ajouta un peu de lait dans le thé et passa une tasse et une soucoupe à Richard.
_ Il est empoisonné ? S’enquit celui-ci.
L’abbé parut presque choqué.
_ Grand Dieu, non.
Richard but le thé, qui avait grosso modo le goût habituel du thé.
_ Mais ça fait vraiment partie de l’épreuve ?
Le frère Fuligineux prit la main de l’abbé et y plaça une tasse de thé.
_ C’est une façon de parler, dit l’abbé. Nous aimons toujours offrir une tasse de thé aux candidats, avant de commencer. Cela fait partie de l’épreuve pour nous. Pas pour vous. (Il bu un peu de son propre thé, et un sourire béat se répandit sur son antique visage.) Un thé plutôt savoureux, tout bien considéré.
Richard posa sa tasse, quasiment intacte.
_ Alors, demanda-t-il, verriez-vous un inconvénient à ce que nous passions tout de suite à l’épreuve ?

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Tout le monde achetait. Tout le monde vendait. Richard écouta les cris du marché en commençant à déambuler dans la foule.
_ Ils sont beaux, ils sont frais, mes rêves. Cauchemars, cauchemars, première qualité ! Venez acheter mes beaux cauchemars.
_ Aux armes ! Armez-vous ! Défendez votre cave, votre caverne ou votre terrier ! Vous voulez leur taper dessus ? On a ce qu’il faut. Allez, ma belle, approchez, venez par ici…
_ Cochonneries ! Beugla une vieille obèse dans l’oreille de Richard quand il passa devant son étal malodorant. Détritus ! poursuivit-elle. Ordures ! Déchets ! Fange ! Immondices ! Servez-vous ! Tout est cassé et abîmé ! Saloperies, saletés et vieux tas de merde. Allez, allez, faites-vous plaisir.
Un homme en armure battait un petit tambour, chantait en même temps :
_ Objets perdus ! Approchez, approchez ! Voyez vous-mêmes. Objets perdus. Rien de trouvé ici, tout est garanti perdu.

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Un vieux téléphone reposait dans un coin de la pièce. Un vieux téléphone en deux éléments, inutilisé par l’hôpital depuis les années vingt, en bois et Bakélite. M. Croup saisit le combiné par lequel se terminait un long cordon gainé de tissu et parla dans le microphone fixé sur la base.
_ Croup et Vandemar, annonça-t-il d’une voix suave, Maison de Tradition. Obstacles oblitérés, nuisances éradiquées, amputation des membres gênants et dentisterie à l’ancienne.

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Le blog d’Yspaddaden, Les chroniques d’Isil, Les lectures de Xapur, Mes lectures de l’imaginaire (Olya), Mon coin lecture (Karine), Nevertwhere, Tortoise’s Times Tree ont aussi a-do-ré.

CITRIQ

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GAIMAN Neil – Coraline

22 janvier 2009 12 commentaires

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Titre : Coraline
Auteur : Neil GAIMAN
Plaisir de lecture :  Livre à découvrir
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Coraline Jones est une petite fille et surtout une grande exploratrice qui vient de déménager. Alors qu’elle s’ennuie, un jour de fortes pluies, elle s’introduit par la petite porte condamnée du grand salon. La curiosité la poussera à découvrir un monde parallèle où l’attendent joyeusement ses autres parents… Pourtant un chat noir la met en garde, elle est en danger.

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Voici un livre d’enfants réussi… On reconnait sa réussite dans le simple fait qu’il ne plait pas qu’aux enfants (ou alors aux petits et grands). Je partage l’avis de beaucoup de lecteurs quant au fait que l’histoire nous emmène toujours plus profondément dans l’horreur et nous attendons le dénouement comme si Coraline faisait un mauvais rêve. C’est de par la peur, qu’on apprécie tant ce livre, au cours duquel les événements deviennent de pire en pire. J’ai découvert véritablement Gaiman avec « De bons présages« , et c’est un véritable plaisir de retrouver sa plume seule avec « Coraline »

Ce livre est adapté cinématographiquement et sort le 15 avril juin 2009 en Europe…
Le site officiel : clic
Le livre est disponible en lecture gratuite et en VO : ici

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PRATCHETT Terry & GAIMAN Neil – De bons présages

13 janvier 2009 32 commentaires

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Titre : De bons présages
Auteurs : Terry PRATCHETT & Neil GAIMAN
Plaisir de lecturecoeur notation Livre avec entrée au Panthéon
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Ca y est, l’apocalypse est pour dans 11 ans ! Diable et Dieu se sont mis d’accord pour se mettre dessus, et accessoirement anéantir la Terre. En attendant, leur fidèle serviteur, Aziraphale amateur de vieux bouquins en morceaux pour l’un et Rampa, amoureux de grosses cylindrées et des lunettes de soleil pour l’autre ; doivent veiller au bon déroulement des événements et provoquer la Fin des Temps. C’est qui n’est pas de tout repos, quand on les sait amis et quand on sait que 7 jours avant l’échéance, ils se sont trompés sur l’identité de l’Antéchrist.

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Les références sont nombreuses, littéraires, cinématographiques et c’est sans conteste sous une plume unie qu’ils font et défont la vie des seconde-mains et des divinités par l’humour et l’ironie. Désopilant à souhait, les deux compères se font la guerre le jour, et s’envoient des bières la nuit. Des personnages hauts en couleur font leur apparition et leur rencontre est pour le moins… spectaculaire. Voilà un duo qui fonctionne très bien et qui est un pur délice pour les lecteurs. Hilarité permanente !

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