MOORE Christopher – Le sot de l’ange

10/06/2009 8 commentaires

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Titre : Le sot de l’ange
Auteur : Christopher Moore
Plaisir de lecturecoeur notation Livre avec entrée au Panthéon

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C’est tout Pine Cove, petite bourgade de Californie, qui s’active pour les préparatifs de Noël. En ces quinze derniers jours avant la date, Pine Cove se dédie à une joie commune, par la générosité envers autrui. Cette année, c’est l’immonde agent immobilier, Dale Pearson, qui endossera le costume de Père Noël.

Lors d’une petite altercation entre Léna Marquez et lui, Dale Pearson reçoit un coup fatal de pelle de la part de son ex-épouse. Joshua Barker, 8 ans et déjà en retard pour rentrer à la maison, assiste aux faits et voit le Père Noël passer l’arme à gauche.

C’est alors que toute la ville s’en mêle et le tout dérape: Tucker Case qui passait dans le coin, aide Lena Marquez à cacher son crime et lui présente sa chauve-souris géante végétarienne. Théophile Crowe, shérif de Pine Cove à ses heures perdues doit enquêter sur l’affaire et simultanément surveiller sa femme Molly Michon, schizophrène de son état, se prenant toujours pour une guerrière du désert et ayant arrêté ses médicaments.  Quant à Joshua, conscient que la mort du Père Noël entraînera une absence de cadeaux, formule un vœu à l’adresse de Dieu afin de faire revenir à la vie, le Père Noël échu. Notre grand copain, Ange Gabriel, assoiffé de réussite dans le vœu humain, chercher à réussir le voeu formulé de la part enfant et passant dans le coin, se dit que finalement, les Cieux lui sourit. Cependant, il n’est pas aisé ni même donné à tout le monde de réanimer un mort sans aucune conséquence.

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)°º•. Là, vous avez compris, avec ce décor planté, cela relève d’une belle m*rde !
Ce livre est tout simplement poilant. On se retrouve en lecteur ricanant du génie de l’histoire. C’est une réussite totale, une merveille d’humour déjanté et saugrenu (et j’en arrêterai là pour les superlatifs).
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Voilà enfin un livre où on assiste à un véritable retournement ironique des contes de Noël.  Christopher MOORE brise les conventions de la merveilleuse nuit de Noël, il met à mal les clichés de cette période, et on adore ça ! Il se base énormément sur l’imagerie de Noël que nous avons tous et décline le tout grâce à un jonglage rire/horreur.
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L’auteur est un fou dangereux. Les règles du jeu sont simples: on éclate de rire… et on ne prend rien au sérieux. On se délecte du jeu de Moore qui met en place tous les petits éléments de sa version de conte de Noël. Sans oublier que le délire s’étend bien évidemment jusqu’au chapitrage du bouquin.
Le style est fluide et nous entraîne dans cette mouvance sans dessus dessous. L’action se divise en une multitude d’épisodes et on tourne les pages fébrilement pour savoir la suite, vite, toujours plus vite. Seulement 256 pages pour pénétrer dans cet univers frappadingue et très vite on referme le livre avec la 4e de couverture. Et là, la seule réflexion qui nous formulons, s’avère être un onomatopée: « waouh!« 

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Apparemment, il y aurait quelques incohérences de traduction effectuée par Luc Baranger; mais elles ne m’ont absolument pas sauté aux yeux. Le tout est tellement bien enlevé qu’on reste dans l’histoire, sans se préoccuper de tout cela.

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)°º•.  Les personnages du bouquin sont issus des autres tomes de Moore, que ce soit L’agneau, Le Lézard lubrique de Melancholy Cove ou La Vestale à paillettes d’Alualu. Pour la plupart, ce sont des personnages- archétypes. Alors en ‘ »vrai », cela donnerait des personnes atypiques mais épatantes. Mais « sans rire », Moore nous sert une belle brochette de tarés doublée d’une équipe de bras cassés. Non, franchement, rien que les personnages valent le déplacement.
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Commençons par Dale Pearson. Agent immobilier de Pine Cove et ex mari de Léna Marquez, sa dernière grande prestation sera de jouer le Père Noël qui retrouvera vite la terre. Léna Marquez défend la cause des plus démunis, par tous les moyens. Elle se retrouve vite dépassée et s’appuiera sur l’aide improbable que propose Tucker Case. Ce dernier est l’admirable possesseur d’une chauve souris géante, parlante et végétarienne.
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On trouvera également un couple mal assorti avec Théophile Crowe, flic looser, fumeur accroc à la marijuana et pourtant mari flegmatique de la célèbre Molly Michon. C’est ancienne starlette de série B se prend toujours pour l’amazone des terres inconnues, son dernier rôle. Cependant, cette ex Kendra n’a qu’une envie, tuer des mutants des sables.
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Bien sûr, on retrouvera Joshua Barker qui formule un vœu de retour à la vie et notre grand sot d’Archange Gabriel.

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)°º•. Biographie (présente sur la quatrième de couverture)
Né dans l’Ohio en 1957, Christopher Moore, qui aime l’océan, le polo à dos d’éléphant, les émissions télévisées sur les animaux et les crackers au fromage, a étudié l’anthropologie et la photographie au Brooks Institute of Photography de Santa Barbara — où il écrira son premier roman, Practical Demonkeeping, publié en 1993. Après avoir passé quelques années dans une forteresse perdue sur une île inaccessible du Pacifique, il s’est récemment établi en Californie. « Si jamais il y a un auteur plus drôle dans le coin, qu’il s’avance d’un pas. » Playboy

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)°º•. Extraits

¤ L’avertissement écrit par l’auteur :

Si vous comptez offrir ce livre à votre grand-mère ou à un gamin, sachez qu’il contient des jurons, de subtiles descriptions de cannibalisme, ainsi que des scènes de rapports sexuels entre des personnages dont l’âge moyen tourne autour de la quarantaine. À bon entendeur, salut !
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¤ Je trouve que les premières lignes du livre donnent le ton :

L’esprit de Noël s’immisça dans Pine Cove. Sournoisement. Comme un truc pitoyable. Sous la forme de guirlandes ou de rubans que l’on accroche à pendouiller, de cloches de traîneau, de lait de poule ‘ qui passe par-dessus bord, d’odeur entêtante de sapin et de menaces de sinistres réjouissances, telle la perspective de faire la bise, sous une boule de gui, naturellement à quelqu’un qui souffre d’un bouton de fièvre.
Avec ses édifices de pseudo-style Tudor (tous outrageusement retapés façon villégiature au charme désuet), ses loupiotes clignotantes dans les arbres bordant la rue Cypress, sa fausse neige dans les coins de chaque vitrine, ses Pères Noël miniatures, ses bougies géantes illuminées sous chaque réverbère, Pine Cove s’offrait en pâture aux troupeaux de touristes en provenance de Los Angeles, de San Francisco et de la Grande Vallée, tous contaminés par la fièvre acheteuse, et en quête d’une véritable émotion commerciale. Alors que Noël se profilait (plus que cinq jours à attendre), Pine Cove, véritable ville miniature de la côte californienne, où le nombre de galeries d’art supplantait celui des stations-service, et celui des officines de dégustation de vin le nombre de quincailleries, semblait aussi avenante qu’une Miss Beauté de comice agricole bourrée comme un coing. La fête de la Nativité arrivait, accompagnée cette année de l’Enfant roi, car l’une comme l’autre étaient grands, inévitables et miraculeux. À vrai dire, Pine Cove n’en espérait qu’un sur les deux.
Ce qui ne signifie pas que les habitants n’étaient pas pénétrés de l’esprit de Noël. Les deux semaines qui précédaient l’événement, ainsi que les deux semaines qui le suivaient, déversaient une sympathique avalanche sonnante et trébuchante dans les tiroirs-caisses de la ville, car depuis la fin de l’été les touristes se faisaient rares. Alors, chaque serveuse épousseta son bonnet de Père Noël, posa sur sa tête une paire de merrains de daim factices et s’assura d’avoir quatre stylos en état de marche dans la poche de son tablier. Les employés des hôtels se préparèrent à affronter le déferlement de réservations de dernière minute pendant que les femmes de ménage troquaient leurs habituels déodorants domestiques à la putride senteur de poudre pour bébés contre des bombes au parfum plus festif, mais plus putride encore, à l’odeur de sapin et de cannelle. À La Boutique de Pine Cove, sur la pile de sweaters ornés des affreux merrains de daim, on plaça un écriteau «Offre spéciale vacances» et on y inscrivit le prix… pour la dixième année consécutive.
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¤ Et le premier chapitre est disponible en lecture,  ici.

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CONEY Michael – Le chant de la Terre ~ La grande course de chars à voiles, tome 1

08/06/2009 12 commentaires

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Titre : La grande course de chars à voiles (Le chant de la Terre, tome 1)
Auteur : Michael Coney
Plaisir de lecture :  Livre à découvrir
Tome 2, tome 3, tome 4, tome 5

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« Le Chant de la Terre est supposé extrait d’un chant épique qui relate l’histoire de l’humanité, plus quelques autres, et qui a tant proliféré au fil des temps qu’il faudrait plus d’un siècle pour le réciter en entier. Nous ne disposons donc que de fragments en cinq volets, La Grande Course de chars à voiles, La Locomotive à vapeur céleste, Les Dieux du grand loin, Le Gnome et Le Roi de l’île au sceptre. »
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La grande course de chars à voiles nous propulse dans un monde où la technologie a été oubliée car elle a failli conclure sa fin. Sous les préceptes des grands Chihuahuas, les différentes peuplades nichées au cœur d’un Brésil méconnu, tentent de survivre à cette jungle.
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Les moyens de locomotion demeurent de grands chars à voiles qui se déplacent sur des rails de bois. Avec l’interdiction formelle d’utiliser des métaux, qui renfermeraient une certaine violence pour l’humanité, les chars à voiles restent lents et des transports instables. Chaque année se voit rythmée par la grande course de chars à voiles. Cette dernière bien qu’adulée, ne fait que mettre en exergue les tensions d’ores et déjà accumulées entre les deux peuples (Félinos et Vrais Humains) qui se partagent difficilement rails de bois & pays. Cependant, les exemples Chihuahuas prônant le respect des espèces, vont être très vite remis en cause…

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)°º•.  Ce livre pourrait même plaire à ceux-qui-aiment-la-fantasy-et-presque-rien-que-ça, genre moi. La preuve, cela m’a séduit !
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Par contre, comme tu vas lire sur le net partout, partout, l’avènement tant attendu de la libération de Starquin Le grand, mon enfant, il va te falloir attendre au moins la lecture du prochain tome pour ça. Parce que le coco, tu n’en apprends que le nom dans ce roman, et qu’en plus au début tu vas te demander si tu vas plutôt l’appeler Starqu’un ou plutôt Starqueen. Et puis, tu ne sais même pas si c’est un dieu ou un démon. Alors avant de le connaitre et ne serait-ce qu’imaginer sa libération, toi futur lecteur, tu vas commencer par apprécier les personnages de ton tome.
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Et oui, car la Grande Course de Chars à Voiles est une introduction à ce monde fantastique. Il aurait fallu plus d’un livre pour l’approcher, mais ici tu vas connaitre les diverses espèces, connaitre les déclinaisons de spécimens et bien sûr tous les sentiments qui régissent cet univers. Tu en auras à te mettre sous la dent, crois-moi !

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De plus, des flashback sont disponibles en rayon : et oui, si l’on veut comprendre la vie la vraie, des personnages, quelques flash back bien pensés te seront nécessaires.
Il est possible d’éprouver quelques difficultés à suivre les différentes actions. Ce n’est que par un saut de ligne qu’elles sont interrompues, et non pas par des « parties » distinctes. Bien sûr, elles existent avec un titre qui en dit un peu trop à mon goût mais elles ne débutent pas sur une nouvelle page, le texte est continu. Quelques mots espagnols sont présents ici ou là, mais faciles à interpréter. On rencontre également de l’italique qui a permis à l’auteur d’appuyer certains mots ou idées.

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Et comme un « bonus », tu peux même apprendre les « aléas ». Ce genre d’hypothèses de vie, où telle action aurait été préférée à une autre, ou le non choix entraîne également un destin différent. Ce sont les « aléapistes« , ces bifurcations permettent d’entrevoir ce que les personnages auraient pu devenir/faire. Elles sont suffisamment nombreuses pour nous rendre curieux, mais point trop pour ne pas nous noyer. Mais si tu connais Michael Coney, tu sais qu’il aime exploiter ce genre de principe narratif : la trame et les chemins « qui auraient pu ». Il est très intéressant de découvrir en soulevant ainsi le pan, les voies de vie de ces personnages qu’ils ont refusées, fermant définitivement des bouts de vie imparfaits.

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Voilà comment ce livre a pu me séduire. Les différents aspects que je n’apprécie pas dans la Science Fiction s’effacent pour laisser libre court à l’imagination : il « suffit » de suivre les aventures des uns et des autres, de comprendre la problématique d’un monde qui se cherche et qui se trouve être en proie à de plus grandes problèmes qu’il n’ose définir. La dimension des peuples est la plus importante du livre, mais également la plus élaborée et soignée. La capacité de Coney a nous faire entrer dans son monde est tout simplement phénoménale. J’ai su apprécier le principe narratif du « et si… » avec les aléas proposés. Bref, une très belle découverte !

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)°º•.  Au début, avant tout, a posteriori, dans un univers parallèle, maintenant (rayez la mention inutile), il existe l’Arc-en-ciel ; c’est un ordinateur géant inventé aux alentours du 52e millénaire. Son but est de chapeauter le tout.
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Il y a fort fort longtemps (an cyclique 143642), un institut scientifique a joué avec les gènes et a créé cinq espèces d’humains : les Vrais Humains (toi, moi, eux,…), les Humains Sauvages, les Néoténites, les Spécialistes (les Félinos, les Nou n’Ours, etc.) et les Cuidadors. Se greffent les Didon, les Loups du Malheur, et autres oiseaux. A force de vouloir faire une étude poussée d’un livre, on ne fait que dissuader les lecteurs potentiels, et croyez-moi, ce n’est guère mon envie.
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Notons quand même, la présence quasi inévitable de Karina. Croisement entre Vrai Humain et chat, est née la race des Félinos : souplesse, beauté, inclémence et férocité. Elle rencontrera une multitude de personnages tel le Capitaine Tonio, son fils Raoul, un Cornac et son baleinier…
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Ce roman est un véritable tapisserie où chaque fil représente un personnage : l’entremêlement de ces derniers crée une fresque abondante & intrigante. Les personnages se croisent et s’entrecroisent et nous proposent une véritable myriade des caractères.
Leur destin n’est pas scellé, mais leurs différents choix sont déjà dessinés : tout est sagement pondéré par les Exemples des Chihuahuas. Ces derniers pestent contre la technologie et imposent de grandes valeurs éthiques aux différents peuples. Cependant, l’équilibre n’est pas atteint et tout mouvement de la balance engendre une infinité d’enchaînements.

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)°º•. Biographie
Michael Coney, écrivain britannique né en 1932 s’est mis à sa quarantaine à écrire de la Science Fiction. Il a tout d’abord reçu le prix British Science-fiction en 1977 pour son roman « Brontomek ». Ce n’est que durant les années 1980, qu’il commence à écrire le grand cycle « Le Chant de la Terre »; cette œuvre originale et présentant une certaine sensibilité contemporaine a été récompensée en 1987 par le Prix Aurora.
Avant sa mort en 2005, Michael Coney a publié sur son site web plusieurs romans et des récits inédits pour en faire don à ses lecteurs.
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Notons enfin que la couverture des Éditions Laffont reprend le modèle d’anciennes collections basées sur un mélange de futurisme et de psychédélique. Par ailleurs, c’est aspect chromé qui en a fait sa renommée. Espérons que l’esthétique reprise pour ces éditions saura séduire les nostalgiques.
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La grande course de chars à voiles représente l’ouverture du cycle « Le Chant de la Terre ». Sont disponibles par la suite : la Locomotive à vapeur céleste, les Dieux du Grand-Loin, le Gnome,  le Roi de l’île au sceptre.

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Chatperlipotte (Katell) en parle aussi.

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Pic : Little sharpener par LinkyQ.

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SHEA Michael – La quête de Nifft-le-mince

18/05/2009 10 commentaires

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Titre : La quête de Nifft-le-mince
Auteur : Michael Shea
Plaisir de lecture :  Livre à regrets

Quatrième de couverture de l’éditeur :
« Au diable tout ça ! Allons-y au hasard! » Nifft le voleur et son comparse Barnar n’ont pas froid aux yeux.
Au fil de leurs hallucinantes pérégrinations, ils traverseront des marais putrides, rencontreront des géants, traverseront les Enfers et manqueront mourir d’innombrables façons. Drôles et grotesques, absolument tragiques et furieusement surréelles, les aventures de Nifft-le-Mince ne ressemblent à rien de connu. Récompensé par le World Fantasy Award à sa parution, ce roman est d’une audace et d’une imagination inouïes.

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Nifft-le-mince est le protagoniste mais ne semble pas particulièrement au centre de l’histoire. Je dirai même plus, il est éclipsé par les aventures : que ce soit pour la description des lieux, la rencontre avec des créatures ou même l’étrangeté des situations. Il est en duo avec Barnar, son comparse-de-(pas)-toujours.

L’écriture est satisfaisante, agréable et sans ambages. Cette suite d’aventures et autres péripéties ont eu des difficultés à me tenir en éveil. Il n’y a aucun lien les unes avec les autres… à mes yeux, il s’agit simplement d’une plate chronologie. Il y a très peu de retours en arrière (pour comprendre le pourquoi du comment), très peu de profondeur sur les sentiments des personnes ou même la façon dont ils évoluent. Certes, l’imaginaire est là, les situations rocambolesques, terrifiantes ou drôles se succèdent : mais le tout n’a pas pris chez moi, et je tournais les pages sans y entrer dedans.
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Récompense :  World Fantasy Award 1983
Livre abandonné à la page 175.

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A livre ouvert (Chimère),  Hugin & Munin l’ont davantage apprécié que moi.

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ROWLING J.K. – Les Contes de Beedle le Barde

16/05/2009 11 commentaires

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Titre : Les contes de Beedle le Barde
Auteur : J.K. Rowling
Plaisir de lecture Livre sympa peu s’en faut

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Peut-être avez-vous entendu parler des « Contes de Beedle le Barde »? Si vous êtes un(e) harrypottermaniac, vous savez que le tome 7 « Harry Potter et les reliques de la mort » en parle… y figurent non seulement ses références mais également un conte dans son intégralité, que, d’ailleurs Hermione lit. Si vous êtes quelqu’un avec les esgourdes ouvertes à tout piaulement, vous le savez aussi. Sinon, voici un livre de Rowling issu de son univers Harry Potter. Ça vous aide, bien, hein?
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Remontons en arrière, le 10 janvier, j’étais partie l’acheter. Oui, mesdames & messieurs, l’acheter ! Et quand j’ai lu les premières pages, alors que je m’étais expressément déplacée en pleines rues bondées de personne en quête de soldes, je l’ai reposé, oui, oui, car les premières pages de lecture m’avaient carrément déplu.
Au chaud à la maison, j’avais lu quelques critiques sur le net qui n’ont fait que me conforter dans mon idée. Donc, j’ai attendu, et attendu, et attendu, que la bibliothèque en achète quelques exemplaires et les relâche en prêts.

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)°º•. Un certain sorcier, inconnu au bataillon, Beedle le Barde, nous a fait la joie de nous transmettre ses contes. Issu du XVe siècle, il est fervent défenseur des Moldus (personnes n’ayant pas de pouvoirs) ou du moins ayant une grande sympathie pour eux; physiquement, il ressemble à Albus Dumbledore… avec une barbe blanche bien plus longue.
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Cinq petits contes sont proposés :

Le sorcier et la marmite sauteuse : à la mort de ses parents, un jeune sorcier compte bien faire comme il l’entend: condescendant à souhait, il rejette les voeux de son père quant à l’apport d’aide aux Moldus. Il ne se doute pas un seul instant, que son héritage, la marmite de son père, compte bien n’en faire qu’à sa tête, elle aussi…

La Fontaine de la Bonne Fortune : La fontaine de la Bonne Fortune est magique, protégée par de puissants charmes au cœur d’un jardin introuvable. Durant le jour le plus long de l’année, seule une personne, riche ou pauvre, vieille ou jeune, en dents cariées ou en genoux cagneux, est autorisée à se baigner dans ses eaux pour devenir riche à vie. Trois sorcières se lient d’amitié et font le serment de s’aider coûte que coûte; cela était sans compter l’invitation surprise d’une quatrième personne…

Le Cœur Velu du Sorcier : Beau, riche et surtout condescendant, voilà un tout jeune sorcier qui a su utiliser la magie pour s’éviter tout désagrément amoureux. Cependant, il surprend une conversation entre deux de ses gens qui le plaignent d’être sans femme alors que la vie lui sourit. Blessé par ces propos, il décide de chercher la femme parfaite qui surpassera toutes les autres. Au profit d’un banquet de séduction, il ne se doute pas que la réponse aux questionnements de la belle fille se fera à leurs propres dépens.

Babbitty Lapina et la souche qui gloussait : »N’est pas magicien qui veut » n’est certainement pas la pensée de ce monarque. Il décide d’engager un sorcier afin d’apprendre toutes les ficelles. Il est loin d’imaginer que ce dernier n’est autre qu’un charlatan, et qu’un digne représentant de la magie les surveille secrètement et prendra bientôt parti…

Le Conte des Trois Frères : Trois sorciers, au détour d’une rivière, arrivent à déjouer le plan machiavélique de la Mort et créent un pont pour l’enjamber. Vexée d’être privée de trois âmes, la Mort leur propose un cadeau à chacun. Cependant, n’est pas aussi si sage qui veut, face à la Mort…

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)°º•. Ce recueil pour enfants est à l’origine, réservé aux petits sorciers. Et heureusement (?), J.K. Rowling nous fait le grand honneur de le publier, pour nous, pauvres petits moldus sans pouvoir magique !
Qu’on se le dise, il n’y a pas besoin de pré-requis (sur l’univers d’Harry Potter) pour lire ce livre, ouf ! Néophyte, bienvenue !

Ce livre est un équivalent de nos contes (de fées) pour enfants: les histoires sont tour à tour touchantes et terrifiantes. Des contes frisant le ridicule-culcul-la-praline en côtoient d’autres, carrément morbides.
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Inhérent à tout conte, le mot d’ordre est de véhiculer des principes moraux. Même chez les sorciers, nous retrouverons l’idée du Bien: il ne s’agit pas d’avoir le plus de pouvoirs, mais de savoir les utiliser au mieux. En gros, la morale du BienBeauBon avant tout !
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Alors, oui, il y a des choses appréciables, à savoir qu’il est possible d’y trouver également les commentaires d’Albus Dumbledore (alors directeur de Poudlard, l’école de sorciers) écrits sur chacun des cinq petits contes. J’ai apprécié les petits détails dévoilés sur le monde d’Harry Potter. Ils se rattachent à cet univers, et il est plaisant de frôler (et seulement de frôler) de l’archi-bout de la pulpe du doigt, la bulle créée par Rowling. J’aime le plaisir ressenti lors de la lecture de ce « off » des petits contes : que ce soient les fausses références historiques ou bibliographiques. Par exemple, savoir que les trois sorts interdits l’ont été pour la première fois en 1717; lire un extrait de la version édulcorée de ces cinq petits contes écrits par Beatrix Boxam…

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Cependant, le sentiment le plus fort et qui reste après lecture, c’est qu’on reste sur sa faim. Clairement, ils ne valent pas nos bons vieux contes de Grimm, de Perreault ou d’Andersen: la mièvrerie est quasi-permanente, les contes se résument en une dizaine de pages (plus petits que des A5 avec des marges de 3cm). Sans oublier qu’on ne touche pas réellement la magie que distille Rowling dans les sept volumes de la vie d’Harry Potter. L’exaltation n’est pas au rendez-vous, on survole les pages, on soupire et on termine le livre en une heure top chrono.

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)°º•.  Ce petit livre tout en couverture bleutée et en relief, se compose d’environ 130 pages. Il est rangé dans un étui en carton… mais on emprunte à la bibliothèque ou non. Le carton a disparu, et c’en est pas bien grave !

Ces contes, au nombre de 7 exemplaires au monde, existent sous forme manuscrits (et non tapuscrits) et illustrés par Rowling. Si,si. Ils sont reliés et ornementés par des orfèvres d’Edimbourg. Il y a même eu un exemplaire mis aux enchères sur Amazon (tu trouveras de belles photos ici). Bref, soit tu payes 2,714 millions d’euros pour te payer les ornements en argent, soit tu te contentes d’une illustration de Rowling embellie par Jean Claude Gotting pour la modique somme de 12,90€.

Venons-en aux illustrations… j’vais peut-être paraitre pour une grosse saleté (ôuiii) mais je ne les trouve pas géniales. Même si elles sont signées Rowling herself, cela n’apporte aucune valeur ajoutée. (ni même me faire sauter au plafond, en passant).Oui c’est mignon. Mais sans plus… On peut s’essayer au dessin mais pas se faire prévaloir comme la plus grande artiste de tous les temps (Rowling ne l’a jamais fait, ses fans, si). Ils sont jolis, cela agrémente la lecture, mais elles ne cassent pas des briques.

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Bref, si vous souhaitez faire une bonne action (pas forcément trouver en ce recueil, LE livre que toute bibliothèque se doit d’avoir), vous pouvez acheter ce livre pour 12,90€. Ainsi, les fonds récoltés sont reversés à l’association caricative Children’s High Level Group, créée par Rowling et et la députée Emma Nicholson of Winterbourne. Elle a pour objectif d’améliorer les conditions de vie de jeunes en difficulté et faire entendre leur voix.

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Dans le chaudron :
¤ Harry Potter à l’école des sorciers, tome 1
¤ Harry Potter et la chambre des secrets, tome 2
¤ Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, tome 3
¤ Harry Potter et le coup de feu, tome 4
¤ Harry Potter et l’ordre du Phénix, tome 5
¤ Harry Potter et le prince de sang mêlé, tome 6
¤ Harry Potter et les reliques de la mort, tome 7

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Marque ta page (Pimpi) et Mon coin lecture (Karine) ont aussi parlé.

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VANDERMEER Jeff – La cité des saints et des fous

04/05/2009 12 commentaires

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Titre : La Cité des Saints et des Fous
Auteur : Jeff VanderMeer
Note :  Livre fantas… tique

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Ambregris est une ville mystérieuse qui se situe sur les côtes du fleuve Moss. Elle a pris naissance de par le sang de ses créateurs et abritera de curieux Chapeaux Gris. Contée par ses habitants – champigniens lugubres, artistes dévoués, politiciens perdus – Ambregris devient une ville d’une grande beauté froide. Sa raison d’exister est le culte du Calmar Royal qui peuple le fleuve Moss. Grâce à ce recueil, vous serez littéralement transporté au cœur de la cité d’Ambregris… de bien de curieuses façons…

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)°º•. Cette critique va paraître complètement absurde.
Il est très difficile de pouvoir en dire plus sans dévoiler l’intérêt de ces histoires sans en casser l’effet de surprise. Ce roman n’en est pas un : c’est, pour moi, un recueil de divers documents traitant d’Ambregris; la richesse provient des types de documents mis à disposition. Alors, certes, il part dans tous les sens, mais il n’en demeure pas moins compréhensible et cohérent ; mais comment expliquer ce phénomène ?
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Ce monde créé de toutes pièces (ou peut-être pas) par Jeff VanderMeer est un patchwork d’émotions :  fou, glacial, morbide, drôle, grotesque, déchirant… On trouve tour à tour, poésie & horreur.
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Au programme (Source : Le Cafard Cosmique)
• « Le Véritable Vandermeer » par Michael MOORCOCK, paratexte
• « Dradin amoureux »
• « Guide Hoegbotton de l’Ambregris des premiers temps par Duncan Hurle »
• « la Transformation de Martin Lac »
• « L’étrange cas de X »
• « Lettre du Dr.V. au Dr. Eron-Minaudery »
• « Notes de X »
• « La libération de Belacqua »
• « Le Calmar royal : brève monographie de Karl Manfou (complétée par quelques recherches de Candace Avalaarp, bibliothécaire) »
• « Histoire de la famille Hoegbotton par Orem Hoegbotton »
• « La Cage par Sirin »
• « Dans les heures après la mort par Nicolas Pretspor »
• « Notes adressées au Dr. Eron-Minaudery »
• « L’Homme qui n’avait pas d’yeux par X » [crypté]
• « Pretspor, Verden et L’Echange »
• « Apprendre à quitter la chair »
• « Glossaire d’Ambregris »

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Ces dépliants commerciaux et touristiques, précis d’histoire, rapports de contes et légendes et autres correspondances, permettent de toucher du doigt puis de s’ensevelir dans un monde imaginé : que de richesse et profondeur pour un ouvrage ! La définition des contours et du contenu de cette cité est tellement précise qu’elle en devient obsessionnelle. Tout, tout, tout, vous saurez tout sur Ambregris (et désolée pour l’emprunt vulgaire de la chanson).

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Véritable puzzle dont la construction mérite le détour : poésie, illustrations, glossaire (hilarant), monographie, essai scientifique (sur le calmar), bibliographie des livres parlant d’Ambregris, riche documentation appartenant à un interné, (X, qui n’est pas si inconnu que ça au bataillon).
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Les autres… traité philosophique, précis biologique sur les us & coutumes des calmars royaux, l’histoire d’Ambregris, correspondance, documentation commerciale sur les activités et services disponibles à Ambregris & courtes nouvelles et vies racontées des personnages, vous plongeront dans l’immensément abyssale Ambregris.

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Telle une boite à trésors aux multiples tiroirs, pour pourrez approcher la générosité de VanderMeer grâce à un mélange ahurissant à tous niveaux : tons, teintes, style d’écriture, observations, etc. Et vous comprendrez pourquoi c’est la fête au Calmar d’eau douce !

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)°º•. Alors oui, cela est chaotique mais certainement pas brouillon. Il faut prendre son temps pour le lire. C’est un livre mais pas un roman : il vaut mieux faire des trajets entre différents textes car il n’est pas une seule et unique histoire. Courageux est celui qui lira de la page 1 à la dernière ; je conseille fortement de l’attaquer comme un recueil de l’histoire d’Ambregris et de se laisser porter par ses envies.
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Jeff VanderMeer nous propose un réalisme magique offert sur un plateau d’argent. Il explore de nouveaux horizons et nous sert une multitude de détails, un enchevêtrement de vies, un papier de musique parfait. Sa précision en est foudroyante.
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Et même si on a l’impression que l’auteur se plie à des exercices de style (avec l’apparition de l’auteur dans ses propres nouvelles), il en convient qu’on aime se perdre dans ce livre. Il existe quelques longueurs dans les passages ressentis comme secondaires ; certains faits inventés peuvent ne pas plaire. Il faut alors aimer cette douce logique folle que VanderMeer nous dédie…
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Cet ouvrage est un compilé de petits « trucs littéraires », ce livre caméléon est tout simplement époustouflant. Bref, c’est le bouquin indispensable à avoir pour tout connaître d’Ambregris… ou presque.
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Petit aparté sur les notes de fin de page que je trouve ici, extraordinaires. Les discussions d’auteurs/lecteurs, les indices, les précisions historiques, le grandnimportequoi : c’est tout simplement délicieux de vivre une vie parallèle à ces lectures.

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)°º•. Les personnages issus d’Ambregris ont leurs vies imbriquées, ils se croisent, se connaissent, se suivent, s’indiffèrent ou s’interpellent. Les personnages sont pour la plupart fantasques et/ou perdus.
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Cette cité est le carrefour de ses habitants, on vit parmi eux : que ce soient les rebellions des habitants (Champigniens) , les drames dans les chaumières (Dradin, la Cage),les institutions en déroute (Hoegbotton), l’histoire ambiguë avec les animaux (Fête du Calmar) et la vie rocambolesque d’artistes désœuvrés (Guerre de la symphonie de Voss Bender), on est entraîné au fil des pages bien malgré nous.
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On y croisera entre autres…
Dradin l’Amoureux : un amoureux fou qui tentera tout, coûte que coûte, pour séduire une belle qu’il ne connaît que par son image furtive, qu’il observe du pied du bâtiment : horreur, bienvenue !

Martin Lac : peintre tourmenté de nature, il ne saura prendre position dans la Guerre de la symphonie de Voss Bender : sera-t-il rouge, sera-t-il vert, ou sa contribution dépassera-t-elle ces deux simples limites ?

Calmar Royal d’eau douce : au centre du livre et d’Ambregris, ce céphalopode décapode marin est l’emblème et la raison d’exister d’Ambregris. Ce Symbolisme fort en croyances et en valeurs… dépassera les contours du concept « abstrait ».

… et tant d’autres, qui n’attendent que vous, sans dessus dessous.

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En voilà, un livre complètement fou. Jeff VanderMeer nous propulse dans une cité inventée de toutes pièces : Ambregris, la belle. Vouée au culte du Calmar Royal d’eau douce, cette cité regorge de sombres épopées, de délicieuses entrevues et de passionnantes mais non moins horribles histoires. Partez à la conquête de cet ouvrage, recueil de nombreux et divers documents sur Ambregris, et suivez les Chapeaux gris.

Si ce livre a été un véritable délice à lire pour moi ; il se peut que son côté alibamqué et son atmosphère si particulière ne plaisent pas aux lecteurs avec qui je partage de nombreuses lectures d’ordinaire.

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)°º•. Alors certes, La Cité des Saints et des Fous est farfelu. Mais tellement bon… !
¤ Prix : du cafard cosmique, 2007
¤ Lecture:  du premier chapitre
¤ Traducteur : Gilles Goullet (travaux magnifiques et colossaux)
¤ Plaisirs du livre : enluminures, dessins, fresques, photos d’objets,…

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P.S. : Définition d’Ambre gris, locution signifiant : substance parfumée formée dans les intestins du cachalot.

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1. introduction à la monographie du Festival du Calmar Royal
2. extrait de « L’Homme qui n’avait pas d’yeux par X » [crypté]
3. Guerre: Hoegbotton vs Prepstor

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A livre ouvert (Chimère), Au bout de la corde (Le pendu), Journal semi-littéraire (Angua), Le bazar d’Urgonthe, Les lectures d’Elfelle ont aussi découvert Ambregris.

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CLARKE Susanna – Jonathan Strange & Mr Norrell

09/04/2009 34 commentaires

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Titre : Jonathan Strange & Mr Norrell
Auteur : Susanna Clarke
Plaisir de lecture Livre fantas… tique

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Dans une Angleterre meurtrie, en 1806, George III veille sur son peuple. La magie en ce territoire a disparu en même temps que le Roi Corbeau, il y a de ça, maintes années. Aux prises des guerres napoléoniennes,  les britanniques ne savent plus où donner de la tête ni à quel saint se vouer. Le gouvernement de Gladstone remet alors aux mains des magiciens, le sort de la nation.
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En ces temps mémoriaux, Mr Norrell travaille pour la restauration de la magie, et sera alors alerté et devra offrir ses services à son pays. Afin de s’établir en référence incontestée, Mr Norrell essaye tant bien que mal de s’incruster à la mondanité so british. Les personnes qui façonnent sa notoriété l’inciteront alors à prendre un apprenti. Jonathan Strange devra alors apprendre à composer avec un maître imbu de lui-même et individualiste pour s’instruire à la magie.
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Cependant, les élucubrations de Mr Norrell ne se dérouleront pas comme prévues, et Jonathan Strange se tournera vers les côtés sombres et profonds de la magie, se détournant petit à petit du monde couvé par l’hégémonie de son maître.

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)°º•. En ce livre, la magie est une science exacte. Elle devient alors un privilège réservé à une élite restreinte, soit… Mr Norrell seul en son nom. C’est ce qu’il nommera « la restauration de la magie anglaise ». Cette dernière est alors assujettie aux relations et à un certain lobbying.
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Ce livre s’inscrit avec beaucoup de détails précieux tant pour la description, les lieux géographiques ou même la chronologie : on bascule facilement dans une sommes de références et de précisions pseudo historiques. On rentre alors dans une Angleterre de rêve et de magie où l’Histoire est revisitée avec finesse et habilité.
Le livre se révèle de plus en plus noir, et le suspense grandit au fil des pages. Le roman est composé de trois volumes distincts, dont le suivant est plus fort que le volume précédent.
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L’histoire n’est pas linéaire, les débuts peuvent paraître longs (voire très longs pour certains lecteurs) mais la troisième partie est réellement salvatrice. D’autres stipuleront que la fin est bâclée mais ne serait-ce pas un sentiment de frustration ? Car la fin est tout… sauf comme on l’imagine.

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)°º•. Qu’ils soient principaux ou plus anonymes, tous les personnages sont façonnés avec grand soin, entre retenue et humour, « à l’anglaise ». Nous y retrouvons, également pour le côté historiques, des personnages célèbres, qui ont existé en chair et en os, comme Lord Wellington et Lord Byron. Le premier connu en tant que vainqueur de Napoléon à Waterloo, le second, illustre poète britannique en littérature romantique.
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Comme dit précédemment, la sempiternelle lenteur ressentie par de nombreux lecteurs est pour moi l’opportunité de développer et de camper les caractères des personnages et même plus : avancer avec eux en évaluant les modifications spécifiques à leur propre expérience. Pour une fois, que l’on n’accuse pas le contraire à un roman… ! L’humain serait-il alors toujours mécontent de ce qu’il possède ?
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Les deux personnages principaux, Strange et Norrell, vont tenter de rendre ses lettres de noblesse à cette science tombée en désuétude.
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Norrell est pour sa part, relativement fier et imbu de lui-même. On pourrait alors lui ajouter les défauts d’inhumain et d’individualiste. En tant qu’unique et officiel représentant de la magie moderne, il pense que la magie est une discipline spirituelle de chaque instant, inaccessible à à peu près tout le monde.
Il n’est pas inimaginable pour sa part, et même plus, il est nécessaire que l’apprentissage demande des années d’études. Par ailleurs, il ne verse pas dans les sortilèges « démonstratifs » jugés par lui-même comme de la poudre aux yeux. Il paraît relativement désoeuvré, et le fait qu’il soit coincé dans son monde d’érudit provoque davantage la pitié du solitaire de la part des lecteurs.
Portrait faussement craché d’un « terriblement intellectuel »,  le secret des livres est jalousement gardé. En attendant, la lecture du roman tend à lui trouver des excuses quant à l’invention de son monde nombriliste ; on notera d’ailleurs que la passion poussée aux extrêmes lui est aussi néfaste qu’à son environnement. Quelque peu bancal et mal conseillé, Norrell s’appesantira douloureusement à la suite des événements.

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Jonathan Strange est son miroir social : il est bien marié, très amoureux. Il se révèle comme aventurier, fantasque, curieux. En disciple intéressé, il supportera l’enseignement de son maître Norrell avec force. Cependant, il choisira sa propre voie avec en étendard, la démocratisation de la magie. Quitte à en délaisser sa femme.
Il supporte d’avantage l’expérience : guerre au Portugal, traversées de routes imaginaires,…). Il s’attaque directement à la conception norelliennes.

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Parallèlement, on fait la connaissance du Gentleman aux cheveux comme du duvet de chardon dont le caractère s’appuie sur son immense impétuosité. Ses objectifs vont à l’encontre des valeurs humaines et il n’hésitera pas à user et à abuser de ses savoirs pour mener à bien les destinées qu’il proclame (et sincèrement, il me fout la pétoche, lui). Les personnages dits secondaires offrent un panel de caractères, d’histoires et d’émotions propres à eux. C’est une véritable histoire chorale ou la vie de chacun se lie. Je me suis réellement attachée à certains et c’était un délice littéraire de suivre leurs pas de danse en fond de trame.

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)°º•. 10 ans. C’est le temps qu’il faudra à Susanna Clarke pour l’écriture, pour le peaufiner ce livre et nous le présenter.
Il est difficile de lui mettre une étiquette ou de ranger ce roman dans des cases prédéfinies de par les genres littéraires qu’il aborde. Certainement, une essence victorienne flotte sur cette histoire. Cependant, cette œuvre très XIXe siècle est quelque peu difficile à lire à cause des lenteurs de ce genre tant pour le rythme que pour le déroulement des actions.
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Les influences prêtées à Susanna Clarke s’appuierait sur des auteurs du XIXe siècle telle que Jane Austen (n’en ayant jamais lu, je ne confirmerai pas). Le quatrième de couverture, dans un objectif commercial selon moi, citera les noms de J.R.R. Tolkien et de Rowling – aucune comparaison n’est possible avec Harry Potter car il est plus sérieux et la noirceur y est omniprésente – ; mais aussi d’Ursula Le Guin, qui est, elle, un grand nom de la Fantasy. Et si mon observation est bonne, nous retrouvons une multitude de clins d’œil à Shakespeare et à ses œuvres dans les notes de bas de page.

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Ce monde fantastique repose sur des connaissances poussées du mélange de plusieurs univers magiques qui se lient et se délient au fil des pages.  Cependant, le tout reste rationnel, très ancré dans la réalité ; et le duel permanent des deux magiciens est finement ciselé, sophistiqué et même archaïque. L’auteur éveille notre curiosité de par une intrigue intéressante. D’accord, il demeure quelques longueurs à des moments clefs. On pourrait alors scinder son avis selon les trois parties que propose le livre : un début fastidieux, de longues pauses narratives mais une fin salutaire. Il faut prendre le temps de le lire, prendre le temps de rentrer dans l’histoire : le suspense, les rebondissements et actions ne sont pas présentes à toutes les pages : c’est un divertissement de qualité.
Il en convient tout de même, qu’on attend avec un zeste d’impatience (immense) l’arrivée de Jonathan Strange… qui mettra quelques cinquantaines de pages à se réaliser !

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Il arrive même à Susanna Clarke de s’adresser directement à ses lecteurs, chose surprenante mais non moins essentielle pour les inclure dans l’histoire. J’ai beaucoup apprécié les analyses pour définir les différences entre les livres de magie et les livres sur la magie. De petites précisions, des habilités sur le sujet agrémentent le texte.

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Le triptyque : Mr Norrell, Jonathan Strange et John Uskglass est de plus loin, le plus piquant et passionnant.
Nous remarquerons aussi une bipolarité permanente qui se définie très bien dans les personnages de Mr Norrell/ Jonathan Strange, comme de lumière symbole du présent/souvenirs du passé mais aussi, par la forme : des couverture de livres blanche/noire qui finalement, sous-tendra le triptyque.

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Enfin, et certainement en dernier mot, hormis le fait que Susanna Clarke nous police en nous éduquant que la magie ne s’apprend que par un travail long, dur et acharné ; elle s’investit sur le fondement que ce qu’il importe : c’est la vie.

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Susanna Clarke se fait alors connaître du grand public grâce à Jonathan Strange & Mr Norrell, et remporte les prix suivants :
– Prix Hugo du meilleur roman 2005
– Prix Locus du premier roman 2005
– World Fantasy Award 2005
– Prix BookSense du roman de l’année 2005
– Roman de l’année par le Time Magazine
– Prix des Lecteurs du Livre de Poche.

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Biographie selon www.livredepoche.com
Née en 1959 à Nottingham, Susanna Clarke a passé son enfance dans différentes villes d’Écosse et du nord de l’Angleterre. Après des études à Oxford, elle travaille un temps dans l’édition, puis part enseigner l’anglais à l’étranger, d’abord à Turin, ensuite à Bilbao. Elle revient en Angleterre en 1992. De 1993 à 2003, elle est directrice de la publication chez Simon & Schuster à Cambridge. Parallèlement, elle commence à publier des nouvelles. L’une d’elles, « Mr Simonelli or The Fairy Widower », est sélectionnée pour le World Fantasy Award en 2001. Mais c’est son premier roman, Jonathan Strange & Mr Norrell, paru en 2004, qui la fait connaître du grand public et lui vaut plusieurs prix.

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Enfers & Damnation : étant une véritable quiche en anglais, j’ai bien évidemment lue la version traduite. Aïe ! Préférez de loin la version originale car le budget alloué pour la traduction (par Isabelle D. Philippe) devait être restreint au vu des nombreuses coquilles inacceptables…

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Notes de bas de pages
Petit paragraphe qui vaut ce qu’il vaut : les notes de bas de pages.
J’ai régulièrement vu qu’elle agaçait un grand nombre des lecteurs dudit roman. Pour moi, elles ont été de véritables bouffées d’air. Elles sont fraîches et reposantes. Elles sont indéniablement des références qui propulsent le livre sous son côté « historique ». De petites histoires, des correspondances postales, quelques explications historiques véridiques, de références à des livres inexistants : bref, du petit plaisir qui, quelque fois, prend plusieurs pages voire même… 90% de la superficie d’un recto !

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)°º•. Comme la magie, le marketing est une véritable science concernant le roman Jonathan Strange & Mr Norrell.
Commençons par la couverture, sobre, frappée d’un logo de corbeau : elle ne passe pas inaperçue. Les packaging sont classieux et à éditions multiples : le livre se décline en noir (couverture noir mais aussi les tranches des pages) et en blanc ; une version rouge relancer l’impact quelques mois plus tard…

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Sa sortie est savamment organisée : une baguette de chef d’orchestre en est son symbole le plus fort. Le teasing s’organise plusieurs mois à l’avance :
¤ Acquis par les éditions Bloomsbury (qui signe le contrat du succès d’Harry Potter & Rowling), Seront disponibles 1500 épreuves du roman (au lieu d’une dizaine habituellement) enroulées dans du papier kraft et cachetées à la cire pour se faire promouvoir dans la sphère professionnelle. Certaines ont même été vendues via ebay au prix de 200$.
¤ Durant le Salon du livre à Londres : ils créent une ancienne gazette avec des extraits du livre
¤ Les sorties littéraires s’enchaînent : août 2004 en Grande-Bretagne, septembre aux Etats-Unis, puis en octobre, dans plusieurs pays en simultané.

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A l’heure actuelle, le livre s’est vendu à 2 millions de ventes…
Il ferait l’objet d’une adaptation par les studios New Line (qui ont été les créateurs de la saga « Le seigneur des anneaux ») par le scénariste de Christopher Hampton (connu pour les liaisons dangereuses).
A l’avenir, on parle également un deuxième tome, mais qu’en sera-t-il ?

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)°º•. Extraits :

¤ La veille du jour où Mr Norrell devait accomplir son acte de magie, il neigea sur York et, le lendemain main, la poussière et la boue de la cité avaient entièrement disparu sous une blanche immaculée. Les bruits de pas et de sabots étaient assourdis, et les voix des citoyens d’York altérées par un silence blanc qui étouffait les sons. Mr Norrell avait fixé une heure très matinale. Chacun dans sa maison, les magiciens d’York prenaient seuls les peut-déjeuner. Sans un mo, ils regardaient une servante servir leur café, rompre leurs pains au lait chauds, aller quérir le beurre. L’épouse, la sœur, la fille, la belle-fille ou la nièce qui accomplissaient ordinairement ces menues tâches n’étaient pas encore levées ; le plaisant papotage domestique féminin, que les messieurs de la société d’York affectaient tant de mépriser et qui, en vérité, formait un doux et gentil refrain dans la petite musique de leur vie quotidienne, était absent. Les salles à manger où ces messieurs étaient installés avaient changé par rapport à ce qu’elles étaient la veille. L’obscurité hivernale avait disparu, chassée par une formidable lumière – le soleil d’hiver réverbéré maintes fois par le sol enneigé. La nappe damassée blanche avait un éclat éblouissant, où dansaient les boutons de rose ornant les délicates tasses à café de la fille de maison. La cafetière d’argent de la nièce étincelait sous les rayons, les bergères souriantes en biscuit de la belle-fille s’étaient métamorphosées en anges flamboyants. La table paraissait dressée de couverts et de cristaux magiques.

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¤ Cependant, la peinture qui tira l’œil de Strange était une immense fresque murale s’étendant sur toute la longueur du mur nord. Au milieu, on voyait deux rois assis chacun sur un trone. De part et d’autre, debout ou à genoux, se pressaient chevaliers, dames, courtisans, pages, dieux et déesses. La partie gauche de la fresque était baignée de soleil. De ce côté-ci, le roi était un homme beau et robuste, présentant toute la vigueur de la jeunesse. Il portait une toge claire et avait les cheveux dorés et bouclés, le front ceint de lauriers et un sceptre à la main. Les figures des dieux qui l’entouraient étaient tous équipés de casques, de cuirasses, de lances et d’épées, l’artiste suggérant ainsi que ce monarque n’attirait dans son amitié que les plus guerriers des hommes et des divinités. Dans la partie droite du tableau, en revanche, la lumière devenait terne et crépusculaire, comme si le peintre avait voulu figurer un soir d’été. Des étoiles brillaient au-dessus des personnages et tout autour. De ce côté-là, le roi avait la peau pâle et les cheveux bruns. Il portait une toge noire, et sa physionomie était indéchiffrable. Couronné de sombres feuillages de lierre, il tenait en sa main gauche une fine baguette d’ivoire. Son entourage se composait de créatures surnaturelles : un phénix, une licorne, une mantichore, des faunes et satyres. On distinguait également quelques personnages mystérieux : une silhouette masculine en robe de moine avec le capuchon tiré sur le visage, une silhouette féminine enroulée dans une cape foncée et semée d’étoiles, le bras jeté en travers les yeux. Entre les deux trônes se dressait une jeune femme vêtue d’une tunique blanche flottane et coiffée d’un casque d’or. D’un geste protecteur le roi martial lui avait posé la main gauche sur l’épaule ; le roi ténébreux, lui, tendait la main droite vers elle, qui avait allongé la sienne, de sorte que les bous de leurs doigts se touchaient légèrement.
C’est l’œuvre d’Antonio Verrio, une gentilhomme italien, expliqua le valet. – Voici Edward III de l’Angleterre du Sad. – Il montra ensuite le roi de droite. – Et voilà le roi magicien de l’Angleterre du Nord, John Uskglass.

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¤ Cela étonnera mes lecteurs (car cela étonne tout le monde qu’un roi soit si peu maitre de son destin. Songez pourtant avec quelles alarmes la suspicion de démence est accueillie dans les familles privées. Songez alors combien ces alarmes sont bien plus grandes quand le patient est le roi de Grand-Bretagne ! SI vous ou moi devenions fou ce serait un malheur pour nous-mêmes, nos proches et notre famille. Mais quand un roi devient fou, c’es une calamité pour la nation entière.

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)°º•.

Fiche technique :
– 864 pages (de bonheur ?)
– Broché, 153 x240 mm (ça, ça veut dire que dans le métro, tu ne pourras point le balader, un sac à lui seul tu devras donner)
– Prix : 23€
– www.jonathanstrange.com

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En résumé :
Suppositoire soporifique :
– longueurs narratives
– début long, très long…
– écriture très XIXe siècle
– coquilles de la langue française (dans la traduction)
– fin salutaire
– imaginaire réaliste et rationnel
– 864 pages soporifiques

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Brillant chef-d’œuvre :
– personnages travaillés
– triptyque des personnages fabuleux
– bipolarité permanente
– références scientifiques et historiques très documentées
– fin salutaire
– imaginaire réaliste et rationnel
– (presque) 864 pages salvatrices

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Pics : #01 Moment privilégié ; #02 Version noire ; #03 Un extrait… ; #04 Oh une invasion des notes de « bas » de page ; #05 une note, page 1 et page 2 ; #06 page 3, la note continue et se la joue solo ; #07 Le chapitre qui anéantit tous les magiciens britanniques ; #08 Enfin l’arrivée de Strange !

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Mayday, 00170003985240 en détresse.

17/03/2009 7 commentaires

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Enfer et damnation !
(non, je ne suis toujours pas morte, je suis procrastinatrice extrême dans mes critiques)
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Le renouvellement des prêts via le oueb de la bibliothèque est H.S. !
Oui, parce que si vous êtes comme moi une cyber supra surfeuse de la mort qui tue, et que même si vous n’utilisez pas d’e-book, vous aimez pouvoir être connecté(e) en permanence à votre réseau de biblio.
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Hier, était annoncé sur le site qu’une « migration logicielle » devait être effectuée. Celle-ci empêchait l’accès au catalogue en ligne, et pire à son dossier personnel (qui permet, entre autres, le renouvellement des prêts à distance). Biiien.

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Sauf que toi, tu sais que cela ne va pas se dérouler correctement.
Et même si hier, à 16h10, ils annonçaient que tout était rentré dans l’ordre, c’est toi qui t’acharnes ce matin à rentrer ton numéro d’usager et ton NIP (code personnel) comme un(e) foldingue sur ton petit pécé (ou mac) chéri d’amour. Et que là, le site, il te dit que NON, aujourd’hui il ne t’aime pas plus qu’hier et qu’il ne veut rien savoir.

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Le renouvellement à distance, c’est un peu comme respirer: c’est vital pour moi.
Et comme je sais que mes codes d’accès sont les bons, je me dis que le service ne fonctionne plus.
Et bien sûr, en téléphonant et en faisant ma fumiste pour ne pas me déplacer, le serveur vocal m’indique gentiment que « ce poste ne répond pas ».: et j’fais comment, moi, madame, pour te joindre, hein?! Je ne suis qu’une pauvre lectrice désœuvrée qui aimerait ne plus l’être.
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En gros, cela tombe très mal, car justement, mon prêt se termine le 18 mars (comme de par hasard…). Et pas question, d’aller flirter avec tous les mouftons, le nez plein de morve, le mercredi après-midi…! La décision : c’est aujourd’hui ou rien.

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Bilan, armée de mes 6 gros pavés, il va falloir que je retourne à cette satanée bibliothèque pour renouveler le prêt !
Certes, j’y déposerai allègrement les deux livres terminés, mais pire que tout, je vais aller à la bibliothèque SANS en emprunter d’autres. Je vous le dis, ce sont les prémices de la mort de la blogosphère littéraire (comment ça j’y vais un peu fort?)
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Si vous n’avez pas de nouvelle de moi d’ici quelques jours, il y a fort à parier que je serai morte sous des pages et des pages, asphyxiée dans les transports en commun (et les changements). D’ici là, prenez soin de vous.
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P.S.: si je meurs, je ne lègue à PERSONNE ma bibliothèque personnelle, non mais.

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Edit : finalement, j’ai insisté et une personne a fini par décrocher…
Renouvellement total des bouquins effectué par téléphone, sans souci.
On m’indique cependant, qu’aucun problème n’a été signalé sur le site; conclusion: j’ai la poisse.

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